La WNBA face à la menace imminente d’un lockout : tout ce qu’il faut savoir
Le 10 mars 2026 à 14:01 par Jules Bousquet

Voilà maintenant deux ans que la WNBA est en pleine explosion. Après l’arrivée « effet dynamite » de Caitlin Clark sur la planète basket, la ligue américaine a complétement changé de look. Menées par leur syndicat (WNBPA) présidé par Nneka Ogwumike, les joueuses font désormais face à un tournant historique. Nouvelle convention collective, salaires jugés trop bas, ligues rivales, menaces de lockout : on vous explique tout… et facile en plus !
L’historique
Pour commencer, de qui parle-t-on ? La WNBA est la sœur jumelle de la NBA, pour les super stars féminines. Créée en 1996, cette ligue a très longtemps vécu dans l’ombre de son homologue masculine. Jusqu’à ce qu’une révolution débarque sous le nom de Caitlin Clark. Draftée en 2024 par le Indiana Fever, son arrivée change la donne. Son impact médiatique est tel qu’on parle d’un véritable “Caitlin Clark Effect”. Et c’est là qu’il faut remonter pour comprendre les tensions actuelles.
Les chiffres de 2024 parlent d’eux-mêmes :
- Saison 2024 : saison régulière la plus regardée depuis 24 ans ;
- Les matchs du Fever : 1,18 million de téléspectateurs en moyenne ;
- Les autres matchs : 394 000 en moyenne ;
- 19 des 22 matchs à plus d’un million de viewers impliquaient Indiana.
Et cette saison 2024 (on rappel, qu’à l’inverse d’une saison NBA, la saison WNBA se déroule habituellement de mai à octobre) a marqué le début d’une évolution en flèche. Record historique d’affluence en 2025 avec plus de 2,5 millions de spectateurs au 20 août, des audiences en hausse de 21% (malgré les blessures de Caitlin Clark sur sa deuxième saison) et les matchs hors Fever en hausse de 37% par rapport à 2024.
« She is the most influential women’s athlete of all-time. … Who was watching women’s basketball? … And then we get this girl who’s like Steph Curry everybody watching! »
LeSean McCoy on Caitlin Clark.
(via @speakeasytlkshw)pic.twitter.com/y0eWEHGuKl
— ClutchPoints (@ClutchPoints) March 4, 2026
« C’est l’athlète féminine la plus influente de tous les temps. Qui regardait le basket féminin ? Personne. Et puis, d’un coup, cette fille arrive, et tout le monde regarde ! »
Autrement dit, la WNBA ne dépend plus uniquement d’une star, même si Clark reste la locomotive. La ligue peut aussi compter sur une génération exceptionnelle : Angel Reese, Cameron Brink, A’ja Wilson, Napheesa Collier ou encore Sabrina Ionescu.
Le vrai sujet : l’argent et la nouvelle convention collective (CBA)
Tout cet engouement engendre, forcément et légitimement, des prétentions salariales plus hautes, entre autres. Et avec la fin de l’ancienne convention collective au terme de la saison 2025, les négociations autour du statut des joueuses et de ce que peut, ou veut, proposer la ligue sont devenues tendues… très tendues même.
Pour avoir une idée un peu plus claire, l’ancien CBA proposait :
- Un supermax à environ 249 000 $ la saison ;
- Un salaire minimum à 66 000 $ la saison en 2025 ;
- Un salary cap global à environ 1,5 million $ pour les franchises.
Aujourd’hui, les joueuses, menées par la présidente de leur syndicat Nneka Ogwumike (joueuse des Seattle Storm), veulent un accord honnête et à la hauteur de leur nouveau statut.
On vous résume justement les principales demandes du syndicat dans leur dernière proposition faite à la WNBA :
- 26% des revenus bruts (après avoir réduit une demande initiale de 31%) ;
- Un salary cap à 9,5 millions $ pour la première année ;
- Des logements mis à la disposition des joueuses.
Et en réponse à une demande jugée « surréaliste » par la ligue, cette dernière propose des conditions bien différentes affirmant que ce que demande les joueuses entraîneraient des pertes de centaines de millions de dollars pour les franchises.
Dans les grandes lignes, la ligue propose :
- 70% des revenus nets (soit environ 15% des revenus bruts, contre les 26% demandés) ;
- Un salary cap à 5,65 millions $ contre les 9,5 millions demandés ;
- Un supermax à 1,3 million $ en 2026 ;
- Un salaire moyen à 540 000 $ en 2026, projeté à 780 000 $ en 2031 ;
- Des logements proposés uniquement aux rookies et aux joueuses qui touchent le salaire minimum (dans sa proposition, le syndicat demande qu’un hébergement soit proposé à toutes les joueuses sur les premières années du CBA avant d’arrêter de fournir un logement aux joueuses touchant au moins 75% d’un contrat maximum).
Le vrai point de blocage aujourd’hui concerne surtout le partage des revenus. La ligue se montre prête à augmenter les salaires et le salary cap progressivement, mais reste réticente à accorder une part plus importante des revenus globaux aux joueuses.
Un nouveau facteur majeur : les ligues rivales
La situation devient bien plus électrique avec l’arrivée de nouvelles ligues prêtes à bousculer l’ordre établi et à concurrencer la WNBA.
Project B, la nouvelle ligue aux moyens financiers impressionnants, met sur la table beaucoup d’argent pour les joueuses et un calendrier compatible avec la WNBA (la première saison est programmée de novembre 2026 à avril 2027).
Caitlin Clark pourrait même recevoir une offre dépassant les 50 millions de dollars. Mais la superstar d’Indiana a, par le passé, montré son attachement à la WNBA en ayant déjà refusée une offre de 5 millions de dollars de la BIG3 League d’Ice Cube.
« Nneka Ogwumike, présidente du syndicat des joueuses de la WNBA (WNBPA), a signé avec Project B… Les joueuses de Project B recevront un salaire non divulgué ainsi qu’une part du capital de la ligue. Les responsables de Project B ont également indiqué que les 66 joueuses réparties dans six équipes gagneront des salaires plus élevés que ceux actuellement proposés en WNBA, alors que le risque d’un potentiel lockout plane toujours sur la ligue. »
Nneka Ogwumike, the WNBPA president, has signed with Project B, a new women’s professional basketball league set to launch in November 2026.
Project B players will receive an undisclosed salary plus an equity stake in the league. Project B league officials have stated the 66… pic.twitter.com/986zF2dDFf
— Yahoo Sports (@YahooSports) November 5, 2025
Reste une bataille à distance avec Unrivaled, l’autre ligue concurrente, dont les dates (janvier-mars) se superposeront à celles de Project B et qui promet elle aussi des salaires élevés. Fondée notamment par Napheesa Collier en 2024, Unrivaled propose un modèle plus rémunérateur et rencontre un grand succès aux États-Unis.
« La deuxième saison de Unrivaled s’est terminée avec le sacre du Mist, et six joueuses se partageant une prime de 600 000 dollars. Mais l’histoire la plus marquante est peut-être la croissance fulgurante de la ligue : des équipes d’expansion en préparation, une demi-finale à guichets fermés au Barclays Center [salle des Nets, ndlr], une étape de tournée à Philadelphia, et des revenus qui devraient passer de 27 millions à 45 millions de dollars. »
Unrivaled’s second season ended with the Mist taking the championship & six players splitting a $600K purse 🏀
But the bigger story may be the league’s rapid growth: expansion teams, a sold-out Barclays Center semifinal, a tour stop in Philadelphia, and revenue projected to jump… pic.twitter.com/ppX9FTfHou
— Sports Business Journal (@SBJ) March 5, 2026
Grossièrement, plus il y a d’options, plus le pouvoir de négociation des joueuses augmente. Et ça, ça change complètement le game.
Les négociations aujourd’hui
Nous sommes aujourd’hui le 10 mars, la date limite fixée pour tenter de trouver un accord entre la ligue et le syndicat des joueuses. À l’heure actuelle, aucun accord n’a encore été trouvé, et l’annonce d’un lockout pourrait tomber à tout moment.
Pour l’instant, le syndicat des joueuses a autorisé ses dirigeantes à déclencher une grève si nécessaire, tandis que les propriétaires pourraient également décider de verrouiller la ligue via un lockout pour empêcher une grève.
Les deux camps continuent de négocier, mais le désaccord reste profond, notamment sur la question du partage des revenus. Les joueuses réclament une part plus importante des revenus globaux de la ligue, tandis que la WNBA privilégie une hausse progressive du salary cap plutôt qu’un système de partage des revenus plus important.
With the impending March 10th deadline, @alexaphilippou shares updates on the WNBA CBA negotiations 👀 pic.twitter.com/r4SiyynT84
— SportsCenter (@SportsCenter) March 9, 2026
À quoi s’attendre ?
La menace d’un lockout n’a jamais été aussi réelle. Si aucun accord n’est trouvé dans les prochaines heures, la saison pourrait être repoussée, le temps que les deux camps continuent à négocier. Un lockout ne signifierait pas forcément l’annulation immédiate de la saison, mais créerait une pression énorme sur les deux parties.
Pourquoi ce moment est historique ?
Jamais la WNBA n’a eu autant d’audience, attiré autant de sponsors, connu autant de stars, généré autant d’intérêt médiatique… Et trois vérités s’imposent : premièrement, la valeur des joueuses a explosé, ensuite on sait que la concurrence change totalement le rapport de force et, surtout, la croissance semble durable à tous les points de vue.
Pour résumer, trois solutions sont donc possibles :
- Un accord est obtenu (vu l’avancée, cela relèverait d’un miracle), la saison démarre comme prévu le 8 mai et les deux parties sont satisfaites des évolutions de la nouvelle convention collective.
- Pas d’accord (chemin le plus probable) et c’est le lockout. La pression augmentera, mais ce sera la possibilité pour les joueuses d’obtenir encore un meilleur accord.
- Dernière solution, l’abandon de la WNBA et encore plus de départs vers Project B ou Unrivaled. Ce serait la catastrophe pour la WNBA et on entrerait alors dans l’inconnue.
Ce qui se joue aujourd’hui n’est donc pas seulement une négociation salariale, c’est une redéfinition du modèle économique du basket féminin professionnel qui se dessine. La WNBA est à la fois plus forte que jamais, plus attractive que jamais mais aussi plus exposée que jamais et à l’aube d’un des dénouements les plus importants de son histoire.
La prochaine annonce pourrait tomber à tout moment. Et à quelques semaines du début de la pré-saison, les deux parties doivent non seulement conclure un CBA, mais aussi organiser une double draft d’expansion pour le Toronto Tempo et le Portland Fire, gérer ce qui s’annonce comme la plus grosse free agency de l’histoire de la ligue, et tenir la draft universitaire annuelle… Facile, non ?
D’ici là, on sort les popcorns parce que, vous l’aurez compris, c’est le moment de monter dans le wagon WNBA.
