Knicks

Linsanity – 10 ans plus tard : le 14 février 2012, les Dinos ont tous disparu, l’astéroïde s’appelait Jeremy Lin

Jeremy Lin

« Sors sur le 17 Claude, c’est un shooter ! »

Dix ans, déjà. Cela fait dix ans que la tempête est passée. Cela fait dix ans que l’indécence a laissé place aux souvenirs. Que garde-t-on de la folie Linsanity ? Que garde-t-on de cette brève période passée à écarquiller les yeux devant la révélation d’un sans-grade venu d’Harvard ? Pour célébrer la plus courte et intense des culminances en NBA, plongeons tête la première dans la pensine, direction le monde de Jeremy Lin. Cinquième épisode, les Raptors ont dégusté.

Écrit précédent : « Linsanity – 10 ans plus tard : quant vint la folie médiatique »

Dit sommet de Linsanity, le match à 38 points sur les Lakers de Kobe n’est pourtant pas celui que les gens retiennent. La perf’ fut historique, bien évidemment, mais une autre image monopolise davantage les mémoires. Le 14 février 2012, sous la pleine lumière d’un Air Canada Centre bouillant, Jeremy Lin a posé la dernière pierre d’un édifice qui repose désormais dans les bouquins d’histoire. Une pression assommante sur ses épaules, toutes les caméras du monde braquées sur sa personne, l’Américo-Taiwanais n’a pas tremblé.

Combien y a-t-il de lettres dans « sirop d’érable » ? Douze, soit trois de moins que dans « Jeremy Lin ». Et comment le meneur des Knicks a-t-il called the game face aux Raptors ? Avec un 3-points. Beaucoup diront que cette logique est foireuse, d’autres sauront que les chiffres n’écoutent que le destin. Le 14 février 2012, les chiffres n’ont écouté que le destin. Quelle nuit infinie ce fut. Recontextualisons. En pleine bourre, Jeremy Lin déplace ses Knicks à Toronto où ils espèrent décrocher une sixième victoire consécutive. L’enjeu est finalement tout autre. Bien sûr, l’escouade de Mike D’Antoni vise les Playoffs et le succès en est la condition sine qua non. Mais est-ce vraiment pour cette dynamique collective qu’à chaque match des New-Yorkais, depuis maintenant plus d’une semaine, toute la planète orange se donne rendez-vous ? Comme des millions de fans NBA, nous avons appris à connaître Jeremy Lin. Chacun est conscient que ce qu’il est en train de réaliser n’a pas de précédent. Après un déplacement victorieux dans le Minnesota, l’américo-taiwanais est au sommet de son art. Et qu’est-ce qui suit un sommet ? Une descente. Toutefois, dans la culture taiwanaise, il existe un point plus culminant que le sommet. Son nom est le Valhalla. Un soir de février 2012, alors que la pression aurait dû engendrer un relâchement, Jeremy Lin a défait la logique. Sur un tir qu’aucun qualificatif ne mérite de qualifier, le meneur des Knicks est monté au Valhalla.

Si le sold out était un délit, Jeremy Lin terminerait sa vie derrière les barreaux. Pour ce déplacement en terre nordiste, sous les projos du Air Canada Centre, la communauté asiatique de Toronto s’est littéralement ruée sur les billets. Grand bien lui en a pris. Sur le parquet de Jose Calderon – c’est dire le niveau des Raptors édition 2011-12 – Jeremy Lin a une fois encore sorti un match plein. Le déroulé de la rencontre ne fut pas passionnant, mais l’ancien d’Harvard s’est pensé propriétaire du 4ème quart-temps, une valeur pourtant immatérielle. Un peu comme le gars qui a essayé de choper les droits d’auteur sur la minute de silence, un génie comme il en faudrait plus. Mais Jeremy Lin a réussi son coup, lui. Sur les 27 points lâchés par le meneur des Knicks ce soir-là, l’homme providentiel en a réservé 12 au money time, dont cet ultime tir dégainé dans l’axe sur la truffe de Jose Calderon. Le score affiche 87 partout, le chrono ne compte plus qu’une vingtaine de secondes. La possession était pourtant mal embarquée, avec une bonne déconnante d’Iman Shumpert échouée contre le plexi, mais le rebond offensif de Tyson Chandler est venu apporter un grand calme à l’offensive new-yorkaise. La gonfle revient dans les mains de Jeremy Lin. Que va-t-il faire, filer au lay-up ? Tenter de servir son intérieur sur pick-and-roll ? Créer un décalage comme il le fait si bien depuis 10 jours ? Il a plus de 10 secondes pour faire un choix mais attend le quasi buzzer pour poser ses premiers dribbles, puis dégainer. C’est dedans.

Quelle magnifique conclusion. Quel sommet. Vécu par un spectateur, le moment est difficile à décrire : l’excitation déborde, l’utopie a franchi la barrière du réel. Chacun avait imaginé et souhaité ce scénario. Mais à ce moment précis, à la suite de 5 matchs déjà fous, de la part d’un gars encore inconnu il y a 10 jours, visage d’une communauté sous-représentée en NBA, l’euphorie domine tout autre sentiment. Dans la salle, on compte bien plus de bras levés que de visages défaits, symbole d’un phénomène qui s’échappe des murs du Garden. Sans Carmelo Anthony, Jeremy Lin a montré qu’il était parfaitement possible de répondre à la pression par un autre moyen qu’une performance juste « propre ». Un paradoxe, ce match marquant le dernier fait d’arme de Linsanity. La pression le rattrapera finalement. Il y a eu d’autres nuits, bien sûr – comme ces 28 points et 14 assists lâchés face aux Mavericks 4 jours plus tard – mais l’enfant de Palo Alto ne retrouvera jamais la régularité affichée en ce début de mois de février 2012. Rien ne lui résistait, pas même des Raptors pourtant au courant de son excellente forme. Il fallait bien plus qu’une stratégie défensive. Se dire « prêt » à l’affronter ne suffisait pas.

Et dire que sept ans plus tard, il remportera son premier titre avec les Raptors. Bien qu’il n’ait pas beaucoup joué sous la tunique canadienne, Jeremy Lin n’a souffert d’aucune rancune de la part du public de la Scotiabank Arena, qui n’a su que respecter ce qu’avait réalisé l’Américo-Taiwanais dans sa période Knicks. Aussi, le Valhalla est bien le paradis des Vikings, nous l’utilisons simplement à des fins rédactionnelles et par manque d’imagination.

« Chaque chose en son temps, tout vient à point à qui steak attendre » disait Confucius lorsqu’il bossait encore à Buffalo Grill. Un nouvel écrit de « Linsanity – 10 ans plus tard » arrive sous peu, pour continuer de célébrer l’une des plus belles mise en lumière que la NBA ait connu.

Source texte : basketball reference / New York Post / YouTube / ESPN / Bleacher Report

Cliquez pour commenter

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



To Top