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Hall of Fame 2021 : Ben Wallace, le flow de ce siècle et l’art de l’ombre, pour un hommage chez les plus grands

Ben Wallace HOF

Oublié de la draft, membre du Hall of Fame.

Source : AMANN pour TrashTalk

« Le paradoxe de l’artiste, c’est donner le meilleur de soi-même tout en croyant ne rien savoir faire ». Touffe la plus iconique du Michigan, Ben Wallace ne croyait pas savoir faire grand chose, mais chaque soir, l’intérieur donnait tout comme s’il devait être intronisé au Hall of Fame. Ce soir ? Eh bien, la brute la plus épaisse du début des années 2000 va être intronisée au Hall of Fame. Plus c’est gros, plus ça passe.

Just a kid from White Hall, et c’est déjà énorme. Le sauvage Ben Wallace, c’est avant tout un gamin au mental indéfectible et qui portait ses rêves plus haut que tout parasite voulant l’en éloigner. Comment ça il ne peut pas percer dans les raquettes NBA en mesurant seulement 2m03 ? Son exemple était alors Michou, figure de la nuit parisienne décédée en janvier 2020. Lui avait réussi à s’imposer dans le monde du cabaret francilien sans pour autant mesurer 1m90 et avoir une gueule d’ange. Oui, Ben Wallace se souvient de ces soirées de la Saint-Sylvestre passées à écouter Patrick Sébastien et ses amis donner du crédit aux contorsionnistes et autres artistes épatants. Son plus grand rêve était et restera de se payer une place au plus Grand Cabaret du Monde, rien que pour entamer le Kankan avec Patoche. Comment ça on a tout inventé ? Possible, mais l’idée est là, Ben Wallace croyait dur comme fer en son potentiel et c’est en 1996 qu’il a directement intégré le roster des Bullets de Washington, sans passer par la case draft. Les scouts se foutaient littéralement d’un intérieur aussi court sur pattes et dont les seules qualités étaient celles d’un mec lambda qui pousse à la salle : une défense au thorax, des coudes qui se baladent et une sympathie pour le jeu aérien. Aussi timides qu’une ancienne bonne sœur qui voit le loup, ses deux premières saisons dans la capitale ne font pas forcément écho de son potentiel, et les yeux des viandards sont davantage rivés sur un certain Shaquille O’Neal qui pose ses pêches dans les raquettes californiennes. Mais Ben Wallace, jaloux, a lui aussi envie de pousser Chris Dudley dans les caméras et se focalise sur ce qu’il sait bien faire, pour savoir comment très bien le faire. Son troisième exercice à Washington est meilleur et le crépu gagne en crédibilité auprès de sa franchise qui lui file 26 minutes de jeu par soir, puis l’envoie à Orlando afin de récupérer Isaac Austin : un move catégorisé comme secret Défense et dont la simple allusion à celui-ci vous coûte sept nuits dans une cellule de la capitale entre trois Apaches et Sim Bhullar, qui s’est barré du restau sans payer les ribs.

« Beaucoup de gens m’ont dit que je ne pourrai pas le faire (jouer en NBA, ndlr) à cause de ma taille. J’étais déterminé à leur prouver qu’ils avaient tort. » – Ben Wallace

D’abord érudits dans ce qui deviendra leur malheur, les businessmen d’Orlando vont eux aussi se séparer de Ben Wallace après seulement une saison, mais cette-fois pour rameuter Grant Hill en Floride. Notre intronisé fait donc ses valises direction Detroit et ses mécanos pleins de cambouis sur les mains. Il faut attendre peu pour que la Pistons Nation ne rebaptise le colosse du blaze de « Big Ben ». Ses 115 kilos bien ciselés au service du collectif, il lâche un premier match sous ses nouvelles couleurs à 9 points, 12 rebonds, 4 assists et 1 contre face aux Raptors. Puis, fin novembre, Benny envoie 2 points et 23 rebonds contre les New Jersey Nets, une performance sur le thème de la grinta où chaque poubelle récupérée offrait à ses extérieurs, soit une opportunité de fuser en contre, soit une chance de se rattraper. La chanson dure six saisons consécutives lors desquelles ce grand malade va toper 4 trophées de Defensive Player of the Year. Mais un exercice reste plus particulièrement dans l’histoire, une aventure qui va changer à jamais le respect imposé lorsque l’on entend le nom de Ben Wallace, c’est celui de 2003-04 à l’issue duquel les Pistons seront sacrés champions NBA. Lors de cette campagne, il fut le joueur ayant gobé le plus de rebonds offensifs et défensifs de toute la Ligue, un haut fait louangé par tous les observateurs reconnaissant le taf de l’ombre comme importantissime. Un autre atout du bestiau est sa solidité sur, et en dehors du terrain. En six ans passés dans le Michigan, Big Ben n’a manqué que 22 rencontres soit environ le nombre de matchs loupés par Kawhi Leonard sur une demi-saison. Un homme, un vrai.

Il n’arrivait même pas à se payer ESPN étant petit, ce soir, Ben Wallace va réciter son discours à l’antenne. Bon, en fait on n’en sait rien, ça se trouve il avait Bein, RMC, Eurosport et même Equidia, c’est juste pour donner un peu de croquant à la story quoi. Est donc honorée l’histoire d’une silhouette éternellement ombragée, pourtant passée sous les projecteurs. Il n’a jamais dépassé les 23 points sur une seule rencontre mais s’en contrefout totalement, prônant haut et fort qu’à chacun ses codes, tant que le résultat est bon. Il n’a pas été drafté l’année où des types qui s’appellent Moochie Norris, Priest Lauderdale et Ryan Minor l’ont été. Il a littéralement scotché au sol Shaquille O’Neal en 2006, restant comme l’un des seuls pivots à lui avoir donné du fil à retordre. Parfois afro parfois en tresses, sa coupe est devenue légende, à tel point que beaucoup de superstitieux – ou non – on fait un lien entre cette dernière et ses performances sur le parquet. Il a « fait les trucs que la plupart des autres gars ne voulaient pas faire », et il a adoré ça. Mieux que le simple souvenir, il fut l’incarnation des Bad Boys nouvelle génération au sein d’un roster affamé de ballons fuyants (poke Chauncey Billups). Que l’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas parce que c’était une époque différente que même Frank Hassell ou Alexandre Chassang auraient réussi à enquiller les double-doubles dans la raquette du Michigan. L’unicité qui émane du profil de Ben Wallace est fascinante, décrédibilisant l’excuse d’une mauvaise performance et des standards parfois imposés par la NBA. Ce soir, c’est ta soirée, tu te tiendras devant une centaine de personnes dont certaines t’ont forcément tourné le dos en 96. Fais-leur face, dis leur à quel point tu remercies le court échantillon d’éducateurs qui ont cru en toi. Regarde-les et savoure, apprécie la victoire de toute une vie.

« Nous sommes tous des défenseurs sous-estimés dans cette équipe. »  – Ben Wallace, à propos des Pistons en 2004

Sa silhouette est probablement l’une des plus insolites qui va grimper sur cette estrade, Ben Wallace s’apprête à entrer au Hall of Fame. Morale de l’histoire, il vaut mieux exceller dans un domaine que de se dire polyvalent. Jouer correctement du saxo, être bon en judo et savoir un peu aller dans l’espace, valent moins que prendre des gros rebonds et défendre comme un caramel. Mange-ça, Thomas Pesquet.

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