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L’échec du Miami Heat : constat et projections, comment refaire vivre la Heat Culture en 2022 ?

Miami Culture

Le Heat va devoir faire de meilleurs choix pour repartir vers les sommets.

Source : Montage Trashtalk

Flashback de la bulle : le Heat, fort de ses prestations XXL, se hisse en Finales NBA et ne lâche rien face aux Lakers. Après une défaite 4-2 face à la nouvelle maison de LeBron James, Miami voit les choses en grand : populaire, performant et pas encore à 100% de son potentiel, la franchise floridienne se met à rêver et fait des plans sur la comète. Au cœur de cette réussite, plusieurs acteurs sont à énumérer, mais tous contribuent à une sorte de pouvoir mystique présent depuis de nombreuses années à Vice City : la Heat Culture. Une défense solide combinée à un jeu collectif et rude, et une direction toujours dans les bons coups. Voilà la recette du duo Pat Riley – Erik Spoelstra. Pourtant, une petite année plus tard, ces projections ont l’air bien lointaines. Comment le Heat a pu atteindre le statut de darling parfaite à celui de déception de la Conférence Est ?

Oui, car Miami est passé par de nombreuses émotions au cours de cette dernière quinzaine : la double victoire face aux Celtics, synonyme d’accession directe aux Playoffs. Puis cette défaite face à des Bucks déjà assurés de leur podium à l’Est : mettant Jimmy Butler au repos, Spoelstra a fait peut-être le pire calcul de son année. Car cette tâche au tableau condamne Miami à affronter… les Bucks, futurs bourreaux. Pourtant, de nombreux observateurs s’accordent pour dire que la série sera serrée. Les pronos en six ou sept matchs pleuvent et cette confrontation est l’une des plus « hypante » du premier tour. Le premier match ne fait qu’augmenter les attentes autour du duel : un match d’une intensité rare, celle d’une rivalité grandissante entre les deux formations. Les Bucks empochent la victoire dans les ultimes secondes du match grâce à un game winner de Khris Middleton. Un tournant. Après ce Game 1, jamais le Heat n’a été en position de prendre un match. Perdus en défense, apathiques en attaque, la formation d’Erik Spoelstra bégaie et ne trouve aucune solution face à la solidité et la combativité de Milwaukee. Pourtant, cette hargne est habituellement au cœur du système de Miami et le Heat manque rarement de répondant dans les grands rendez-vous.

Depuis maintenant de nombreuses années, Miami a fait de l’American Airlines Arena une forteresse difficilement franchissable. Sa défense, bien souvent axée autour d’un vrai bon big man, protège correctement la raquette et les extérieurs sont investis pour ne pas laisser de paniers faciles à l’adversaire. Cela s’est matérialisé historiquement avec Alonzo Mourning, et récemment avec Bam Adebayo. Cette défense résulte d’une préparation physique exemplaire, de la réunion de joueurs avec des qualités athlétiques au-dessus de la moyenne et d’une rigueur acquise année après année par le label Riley-Spo. Pat Riley a beau avoir été le coach du Showtime à Los Angeles, la culture qu’il a transmise au Heat se rapproche plus de celle des Knicks des années 1990. L’intégration de role players érigés en modèle sur la côte floridienne est une composante essentielle de la réussite de la franchise : « l’esprit col bleu ». Le parfait exemple de cette réussite est la carrière d’Udonis Haslem, joueur non drafté, mais toujours présent à 41 ans sur le banc du Heat. Sur le plan offensif, les clés du camion ont souvent été dans les mains d’un extérieur dominant : Tim Hardaway, Dwyane Wade, LeBron James et aujourd’hui Jimmy Butler. Ce dernier symbolise parfaitement la Heat Culture. Avec son côté dur, bosseur et leader, il fait ressentir cet esprit guerrier qui caractérise l’équipe, tout en combinant scoring, playmaking et défense. Depuis son arrivée au milieu des années 1990, Pat Riley a posé pierre par pierre des conditions sine qua none pour que chaque membre de l’Institution rentre dans un plan de jeu. La transmission de flambeau en 2008 avec son ex-assistant Erik Spoelstra – formé au Heat – n’a pas changé le cap pris par Miami, au contraire.

Mais malheureusement pour le Heat, aucune de ces qualités ne ressort vraiment face aux Bucks et en attaque, comme en défense, l’équipe ne parvient pas à imposer son jeu. Les matchs 2, 3 et 4 de la série sont les parfaites illustrations de cette perdition sur le parquet. Lors du Game 2, le Heat concèdera même le deuxième record de points encaissés par une équipe sur une mi-temps de Playoffs (78). Impuissants face aux incursions de Giannis Antetokounmpo et sonnés par la réussite au tir de Bryn Forbes, Miami est à terre. Mais aucune réaction ne se fait voir lors du Game 3 et le Heat se fait prendre à son propre jeu. L’intensité, la défense et l’esprit conquérant sont des facteurs permettant la victoire de Milwaukee, anéantissant tout sursaut floridien.

Pourtant, un an plus tôt, ce sont bien les Bucks qui ont été surclassés dans la bulle d’Orlando. Jouant avec certitude et rigueur, Miami n’avait pas laissé l’occasion à Milwaukee de se faire marcher sur les pieds. Qu’est ce qui a changé depuis ? Le casting premièrement. Le départ de Jae Crowder a considérablement affaibli la défense et le spacing du Heat. Moe Harkless et Avery Bradley remplaceront numériquement le 3-and-D, mais le cinq de départ manque de muscle et de shoot. Le second point qui caractérise habituellement la Culture Heat, c’est cette capacité à recruter intelligemment. L’été 2020 n’est pas franchement réussi à South Beach, mais Pat Riley reste serein et annonce plus ou moins la couleur : le Heat garde son cap pour la Free Agency 2021 qui s’annonce alors palpitante, avec en ligne de mire Giannis à attirer. Et en interne, tout le monde s’accorde sur les mêmes violons : le plan A est de faire venir le Grec sur les terres de Dwyane Wade, tout en sécurisant Bam Adebayo. Pourtant, quelques occasions se présentent à la sortie de l’été. Un coup de tonnerre gronde sur la Ligue : James Harden demande son transfert de Houston pour rejoindre un contender. Miami ressort alors comme un candidat sérieux pour l’acquisition du Barbu mais Pat Riley ne cédera jamais au gros package demandé par les Rockets, un package incluant notamment Tyler Herro, Duncan Robinson et des choix de draft. Tyler reste alors d’une saison rookie honnête, et d’une campagne de Playoffs très prometteuse, sa hype grandit à vitesse grand V : son nom devient un tube interprété par Jack Harlow et telle une rockstar, il fera le tour des plateaux de GQ, New Era et SLAM. Herro devient largement le petit chouchou des fans du Heat. Au final, Miami ne veut pas casser la dynamique de 2020.  Certains tauliers comme Haslem diront qu’Harden n’était pas fait pour jouer à Miami, est-ce pour le nombre de strip-clubs présents dans la ville du vice ou pour son manque de combativité en possession défensive ? Il serait plus probable que la Heat Culture soit le centre de la question et celle-ci pourrait devenir un What-If traité un lundi. Car Philadelphie, Brooklyn et Milwaukee se renforcent dans le même temps.

En dehors de cette belle occasion ratée par la direction de Miami, on peut ressortir d’autres fails : Harkless ne s’adapte pas en ailier-fort titulaire de Spoelstra, Bradley – en concurrence avec Dragic, Herro, Robinson et Kendrick Nunn, ne parvient pas à trouver sa place dans le collectif car trop souvent inquiété par des blessures, le rookie Precious Achiuwa n’est pas à blâmer, mais il n’est pas encore prêt à devenir un vrai membre de la rotation quand ça compte. P.J. Tucker, principal joueur laissé orphelin par Harden, est disponible pour un transfert et dans un rôle similaire à celui de Crowder 2020, Tucker pourrait tenir la route. Mais Miami rate encore l’occasion de se rattraper de son marché estival low-cost. Et niveau 3-and-D, le Heat préfère se reporter sur le Crowder de Wish : Trevor Ariza, absent des terrains depuis un an. On peut noter aussi l’arrivée de Nemanja Bjelica, venu simplement pour remplacer numériquement le départ de Kelly Olynyk, transféré à Houston afin de récupérer Victor Oladipo à la trade deadline. Vic arrive pour la fin de saison et convient, sur le papier, à cette fameuse Heat Culture. Son arrivée aurait permis d’avoir un poste 2 solide, avec les qualités offensives et défensives recherchées par Miami. Mais trop souvent inquiété par les blessures, Oladipo ne jouera presque pas en cette fin de saison. Le Heat paie peut-être ses paris « petit bras » pour rester dans le cap, alors que Jrue Holiday présentait aussi une opportunité de choix et que l’occasion perdue aurait pu être rattrapée par l’acquisition de Kyle Lowry, dans les rumeurs à la deadline. 

Quand on dézoome un peu, la saison de Miami est mi-figue mi-raisin. On ne s’attendait pas à un départ canon des Floridiens, la pause entre les Finales NBA et la reprise a en effet été de courte durée. De plus, les absences de Butler – entre autres – en début de saison se sont fait ressentir. Miami a pu être totalement dépourvu de joueurs de son cinq de départ pour cause de blessures et COVID, démarrant en janvier des rencontres avec Gabe Vincent, KZ Okpala ou Precious Achiuwa. Cependant, Miami ne peut pas se cacher uniquement derrière ces excuses. Défensivement, les faiblesses sur les lignes extérieures sont trop évidentes et peu importe la rotation, Nunn, Robinson et Herro sont souvent visés. L’arrivée d’Oladipo était prévue pour combler ces lacunes défensives, mais sans succès. Si Duncan Robinson reste dans ses standards de tir habituels et donne de l’air lorsqu’il a la main chaude, que Nunn – dans la continuité de sa saison rookie – apporte de la percussion et du scoring, Herro fait lui une saison… moyenne. Vu ce qu’il avait pu montrer en Playoffs, la Heat Nation en attendait beaucoup mais The Boy Wonder s’est plus distingué par ses exploits hors terrain que sur les parquets. Certes, il a dû s’adapter à des changements de rôle mais il n’a tout simplement pas répondu aux attentes. Adebayo a lui porté à bout de bras la franchise lors de l’absence de Butler en début de saison et son investissement en régulière a été exemplaire. Pas loin du top 3 au DPOY, le pivot floridien continue de progresser et sa franchise compte sur lui plus que jamais dans les années à venir. Jimmy Butler lui, avec ses blessures et le COVID, a mis du temps à lancer la machine. Pas All-Star cette année mais terriblement présent pour redresser le classement de son équipe dans le sprint final, Buckets a fait le taf. Difficile donc de le blâmer, même s’il n’aura finalement jamais sonné la révolte contre les Bucks. Son leadership a été mis à mal sur cette série du premier tour. A lui de passer à autre chose et relancer correctement la machine à la rentrée 2021 pour emmener son équipe vers de nouveaux sommets. Même constat pour Bam qui, malgré une bonne régulière, s’est totalement éclipsé lors du Jour J.

La Heat Culture a quelque peu été mise à mal cette saison et notamment en Playoffs, mais il faut savoir relativiser. Certes, cette année est une déception quand on sait que les Hawks se taperont Philadelphie en demi-finale de Conférence Est. Miami semblait assez armé pour faire partie du Top 4. Certes, certains paris ont totalement foiré et ont fait perdre l’image idéalisée d’une intégration dans le collectif de Spo’. Ok, la Free Agency n’est pas aussi belle que prévue et Giannis restera finalement chez les Daims. Mais tout n’est pas perdu, loin de là. L’assise Riley – Spoelstra est toujours présente, et malgré quelques sorties de route cette saison, nul ne peut dire que le monstre à deux têtes est dépassé. Miami a tout de même montré que son ossature tenait la route et la fin de saison régulière au quasi-complet a été une franche réussite, notamment lors du run pour accrocher le Top 6 de l’Est. Et à vouloir faire trop attention au cap, Miami ne s’est pas mis dans le rouge. Riley a de la flexibilité avec les team options sur Dragic et Iguodala. Théoriquement, il peut libérer 34 millions pour n’avoir que Butler, Adebayo, Herro, Achiuwa et Okpala sous contrat garanti. Il peut aussi activer ces options et utiliser les salaires comme monnaie d’échange. Si les targets de Free Agency ne sont pas exceptionnels (il y aura tout de même Kyle Lowry, DeMar DeRozan et potentiellement Kawhi Leonard…) et que Miami sera dépourvu de picks de draft en 2021, y’a peut-être des choses à faire. Il faudra surveiller également le dossier Duncan Robinson, agent libre restrictif et membre important du collectif. Tout ça pour dire que l’été pourrait être animé à South Beach. On n’exclut pas que Pat Riley AKA David Copperfield sorte une nouvelle fois un tour de son chapeau. On se rappelle notamment de ce sign-and-trade complètement inattendu pour faire venir Butler en 2019. Rebelote en 2021 ?

Après quelques erreurs de casting et une saison compliquée qui s’est terminée par un violent sweep, le Heat va peut-être devoir faire machine arrière et revoir quelques ambitions à la baisse pour ne pas cramer tous ses jetons sur un coup de poker idiot. Quelque part, Miami se retrouve un peu entre deux eaux et aura des décisions importantes à prendre pour espérer retrouver les sommets.

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