One-on-One

Andrew Bogut ou le parcours d’une brute intelligente : 118 kilos sur la balance et au moins autant de QI basket

Andrew Bogut

Ce regard n’est pas seulement celui d’un mec qui mange des enfants au petit-déjeuner et qui se brosse les dents avec des troncs d’arbre.

Source image : NBA League Pass

Ne jamais se fier aux apparences. On a beau le savoir, quand on se retrouve nez à nez avec une armoire australienne de 2m13 pour 118kg, ce que notre intuition pressent, après avoir ordonné une fuite imminente pour sauver sa peau, ce n’est pas forcément l’intelligence du bonhomme. Pourtant, parmi les cerveaux des raquettes qui se sont présentés sur les parquets NBA, on retrouve Andrew Bogut, 34 ans aujourd’hui, mais toujours la même dégaine de bûcheron renfrogné. Pour l’occasion, revenons sur le destin du pivot australien n°1 de la Draft 2005. 

Ah l’année 2005… Ce temps béni où la France entière hésitait entre du Chimène Badi, du Amel Bent ou du Tragédie, où on se baladait Sony Ericsson à la ceinture et où Youtube faisait ses premiers pas. Ce temps majestueux où le match 7 des Finales NBA, opposant les Spurs de Duncan aux Pistons des Wallace, voyait les Texans s’imposer 74 – 81… Non non, pas à la mi-temps, on parle bien du score final. Et donc ce temps si lointain où le premier choix de draft des Milwaukee Bucks était un grand et volumineux pivot australien au style capillaire douteux (comme beaucoup de gens en 2005 hein), notre bon Andrew Bogut, notamment devant un jeune meneur américain choisi en quatrième position ce soir-là, un certain Chris Paul. Et attention spoiler, ce n’est pas le seul titre que l’un détient et l’autre non… Suivez mon regard vers le palmarès vierge. Bref.

Posé comme ça, on a l’impression qu’Andrew Bogut sort un peu de nulle part et que le choix des Bucks était un immense pari. Pas tellement en fait. Avant de rejoindre une université américaine, Andrew Bogut avait déjà fait un petit coucou à nos amis ricains lors du Championnat du Monde Junior 2003, au détour d’une rencontre entre les jeunes pousses de Team USA et celles de l’Australie : victoire des kangourous 106 – 85 avec 22 points, 18 rebonds et 5 passes d’Andrew. Le petit coucou de la main s’est rapidement transformé en tatane dans la gueule. Médaille d’or pour les jaunes et verts, titre de MVP du tournoi pour Andrew Bogut : c’est la valise bien pleine qu’il débarque ainsi à l’Université de Utah pour démarrer ses années universitaires. Il y reste deux ans en signant une très lourde dernière année 2004-05 sur le plan statistique. 20,4 points, 12,2 rebonds et 2,3 assists, voilà de quoi choper au passage, mine de rien, le  Naismith College Player of the Year. Effectivement, on peut comprendre que les Milwaukee Bucks aient grillé leur premier choix sur ce type-là.

Bon, c’est gentil de faire du baby-sitting en jouant au basket avec des enfants à la fac (quoi, ils avaient son âge ?), mais désormais, Andrew Bogut a 21 ans : il a le droit de se faire des virées nocturnes à Las Vegas et de casser des bouches en NBA. Vote à main levé : à votre avis, qu’a-t-il choisi ? La majorité a raison, Andrew est entré dans la Ligue avec l’intention de s’imposer. Une première saison qui n’affole pas les statistiques, mais lui ouvre néanmoins les portes de la All-Rookie First Team aux côtés d’un Chris Paul fraîchement couronné ROY, de Channing Frye et  de Deron Williams. Année après année, tomar après tomar et contre après contre, Andrew Bogut se fait une place dans la Ligue, malgré quelques blessures, en tant que joueur physique, un peu lent certes (bougez-les, vous, les 118kg !), mais qui compense encore avec l’énergie de la jeunesse et la lecture de jeu. Il a aussi bien compris qu’en NBA, contrairement au basket FIBA, il ne serait jamais vraiment considéré comme un attaquant et qu’il fallait donc qu’il soit performant en défense pour s’implanter dans une franchise. Par conséquent, ses moyennes augmentent jusqu’à la saison 2009-10, certainement sa meilleure statistiquement : 15,9 points, 10,2 rebonds et 2,5 blocks qui le classent deuxième meilleur contreur et dans la All-NBA Third Team accompagné de Tim Duncan et Pau Gasol notamment.

Une saison qui tourne court en avril, lors d’un match contre les Suns. Une action assez classique, le rebond défensif est capté par les Bucks, Andrew a tout vu avant tout le monde, comme d’hab’, et demande déjà le ballon de l’autre côté pour deux points faciles. Le cuir lui parvient et il s’élève pour dunker, mais Amare Stoudemire, dans un mauvais réflexe ou un agression volontaire, pousse juste assez l’Australien pour ce dernier ne puisse rester accroché au cercle. Chute violente, coude disloqué et, plus généralement, bras complètement flingué. Mais pas de soucis pour le pivot : un peu de repos durant l’été et il revient pour une saison 2010-11 qu’il termine en scorant moins, mais en étant encore plus actif au rebond et au contre (meilleur contreur de NBA cette année-là). Amare, tu ne savais pas ? Comme un boomerang, quand tu lances un australien, il revient très vite.

Ceci dit, il y a autre chose qui revient vite : la poisse. Fin janvier 2012, Andrew Bogut se blesse gravement à la cheville gauche et c’est déjà la fin de sa saison. Un grand mal pour un bien, puisqu’à cause de cette blessure, il est tradé quelques mois plus tard aux Golden State Warriors. Désormais âgé de 28 ans, Bogut débarque dans une équipe jeune et talentueuse : Stephen Curry a 24 mais n’en fait encore que 12, Draymond Green et Klay Thompson n’ont que 22 ans et Harrison Barnes n’est même pas encore majeur aux States. Dès lors, sa mission est claire : fort de ses huit années dans la grande Ligue et des expérience qu’il a traversé, il faut amener des bases, de la rigueur et du sérieux, accompagner ces futurs grands. Autrement dit, il faut principalement de la protection de raquette, du rebond et de la défense, ce qu’il s’attachera à fournir sur ces quatre années à Golden State avec 8,2 rebonds et 1,7 contre par match en 23 minutes de moyenne. Et dans l’aspect mentor ? Laissons Draymond Green, DPOY 2017 et trois fois NBA All-Defensive Team, parler de son maître dans une interview pour ABC et ESPN :

« Il m’a montré l’une des choses les plus importantes possibles, il m’a montré comment défendre au poste. Je ne l’oublierai jamais. Mon premier jour à Golden State il m’a appris les choses que je pouvais faire en NBA et pas à l’université. Ensuite, tout au long de ma première année il m’a appris à me positionner et ce genre de trucs. Je ne serais pas la moitié du défenseur que je suis actuellement sans Andrew Bogut. Il m’a tellement appris sur la défense que je lui dois tout mon succès de ce côté du terrain. »

Vous avez bien entendu, c’est à Andrew Bogut que l’on doit la naissance d’un monstre défensif comme Draymond. On prend deux secondes pour dire merci, et on y retourne. Au-delà du rôle de vétéran, Andrew est un élément précieux pour ce collectif qui passe une grande partie de son temps à un mètre derrière la ligne à trois-points, si ce n’est plus, pour envoyer des dizaines de bombes du parking par soir. Il fait le ménage dans la raquette, il dissuade sous le cercle et bâche ceux qui osent s’y aventurer. Alors oui, il n’a pas des jambes de feu, il ne va pas assommer un spectateur au balcon avec un contre ou encore écraser le plexiglass sur un retour défensif en trombe. Mais tout de même, sa dureté facilite le jeu d’une équipe qui lui a assigné ce rôle. Si bien qu’il est un élément essentiel du titre de 2015 et qu’il manquera terriblement dans les Finales perdues de 2016, absent pour blessure, encore. L’aventure Warriors se termine sur cette défaite en finale : Andrew Bogut est tradé à Dallas avec un Mars et trois cacahuètes contre des Nachos presque périmés. Pas le choix, il a passé la trentaine, enclin à de nombreuses blessures et son contrat de 11 millions pèse lourd. Dallas refile la patate chaude à Philly qui s’empresse de le couper. Après un passage éclair d’une minute sous le maillot de Cleveland, le temps de repartir à l’infirmerie, il signe aux Lakers avant de repartir en Australie pour s’occuper de sa femme enceinte. Aux dernières nouvelles, Andrew Bogut viserait un dernier défi en NBA, lui qui se prépare à la free agency 2019, encore elle. On l’espère en tout cas, car on refuse que l’histoire de l’Australien s’arrête ainsi…

Voilà, si on avait terminé ainsi, on se serait fait engueuler. Pourquoi ? Pour avoir dépeint un Andrew Bogut défensif, rugueux, physique. Bien sûr qu’il est tout cela. Mais est-il plus besogneux que talentueux ? Est-il plus rude physiquement que fin techniquement ? Ses contres autoritaires sont-ils plus épatants que ses passes lumineuses ? Là, il y a au moins débat. Alors qu’est-ce qui nous induit en erreur si l’on regarde l’historique d’Andrew Bogut ? Probablement la NBA elle-même, car sa carrière dans la grande Ligue reflète bien plus la vision qu’avaient les ricains du joueur que ses réelles capacités. Et ses stats ne révèlent que le rôle que l’on a voulu lui attribuer. Or Andrew Bogut n’est pas qu’un éboueur qui empile les rebonds et les contres. Et ce ne sont pas les Bleus qui vont dire le contraire après s’être pris 18 points, 4 rebonds et 5 passes, à 9 sur 10 au tir, en 23 minutes. Et c’était pas en amical hein, mais aux Jeux Olympiques de Rio en 2016. Et notre raquette, c’était pas des gars ramassés au pif non plus, mais Rudy Gobert, Boris Diaw et Joffrey Lauvergne.

Aux Golden State Warriors également, on a pu voir le QI basket offensif d’Andrew Bogut. Trop rarement diront les gourmands. Dans une équipe qui libérait des espaces aussi rapidement qu’elle y plongeait, le pivot au nez fin s’est fait plaisir sur des remontées de balle pour distiller les bonnes passes en transition. Il s’est régalé à venir poser un écran, récupérer le cuir en tête de raquette, puis attendre qu’un des ses petits copains plonge ou coupe ligne de fond pour leur offrir ses plus beaux caviars servis sur un plateau. Et puis alors, habile le serveur : passes dans le dos (qu’il est le seul à pouvoir contourner aussi vite), passes aveugles, avec ou sans rebond, entre les jambes de l’adversaire ou non, la panoplie est immense. Dans une équipe de shooteurs fous avec un jeu basé sur le mouvement de balle, quand même le pivot est capable de trouver admirablement le joueur libre ou le décalage… Au fait, qui était le pivot titulaire de l’équipe qui a rendu un bilan de 73 – 9 ?

Andrew Bogut fait partie de ces joueurs trop souvent sous-estimés qu’il convient de remettre en lumière. L’Australien n’a pas encore totalement dit adieu à la NBA et on espère qu’une franchise trouvera de la place dans son roster pour un vétéran, de 34 ans aujourd’hui. On ne peut pas croire qu’un joueur avec ce QI basket ne serve à aucune équipe : il guide les jeunes, il fait le taff sous les cercles et bien plus encore…

4 Commentaires

4 Comments

  1. Martin

    28 novembre 2018 à 11 h 52 min at 11 h 52 min

    « Au-delà du rôle de vétéran, Andrew est un élément précieux pour ce collectif qui passe une grande partie de son temps à un mètre derrière la ligne à trois-points, si ce n’est plus, pour envoyer des dizaines de bombes du parking par soir. »

    25 shoots en carrière le père Bogut, il y a un léger souci avec la phrase, ou alors je n’ai rien compris et je peux aller me coucher !

    • Martin

      28 novembre 2018 à 11 h 53 min at 11 h 53 min

      25 shoots tenté à trois-points*

    • Minet

      28 novembre 2018 à 13 h 20 min at 13 h 20 min

      C’est le collectif de GS qui passe une grande partie de son temps derrière la ligne à 3pts.

      • Martin

        28 novembre 2018 à 16 h 04 min at 16 h 04 min

        Merci et mea culpa ! Lmec pas réveillé à 11h52 du matin, ça la fout mal.

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