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Mais qui est Stephen A Smith ? Profil d’une légende NBA… qui n’a jamais joué en NBA

Stephen A Smith

Homme de spectacle.

Source image : YouTube

Trois crans au-dessus d’un Daniel Riolo, Stephen A. Smith redonne ses lettres de noblesse au métier de « polémiste ». Il est le visage d’une NBA qui s’offusque, se marre, se scandalise, disjoncte, tout en gardant intact son standing d’ancien insider. Il a connu le papier, l’information brute et sans relief, pour être aujourd’hui considéré comme le n°1 du divertissement sportif à la télévision américaine.

Nul besoin de faire crisser ses chaussures soi-même, il suffit d’en connaître le bruit. L’adage est de nous, créé sur mesure pour introduire le parcours d’un autodidacte qui a fait son trou là où rien ne l’y prédestinait. Un pur produit du Queens (mythique quartier new-yorkais) dont le père tenait une quincaillerie. Une quincaillerie est un type de commerce de détail, destiné au professionnel ou au particulier, vendant principalement des outils, des fournitures et matériel de bricolage (visserie, serrurerie…), ou des ustensiles ménagers. On appelle « quincaillier » le responsable de ce commerce. Fermé ce petit aparté qui n’était pas franchement utile, Stephen A. Smith est scolarisé au lycée Thomas Edison – toujours dans le Queens – et obtient son diplôme en 86. C’est là qu’intervient la seule trace basketballistique de son parcours d’étudiant : il décroche une bourse sportive à la Winston-Salem State University (NCAA II). Pour l’anecdote très personnelle qui n’a pas grand-chose à faire dans ce papier, l’un des anciens coéquipiers du rédacteur joue aujourd’hui avec les Rams de WSSU. Pas vraiment un giga crack, mais le talent pour évoluer en N2/N1 sur la durée. Ça vous fixe un peu le curseur.

Vous connaissez Clarence Gaines ? Entraîneur de légende, intronisé au Hall of Fame, vainqueur d’un titre de NCAA II en 67 avec Earl “The Pearl” Monroe dans son effectif, la ponctuation parfaite d’une saison en… 31-1. La Winston-Salem State University devient alors la première école à prédominance noire à remporter un titre NCAA (rien que celui de sa propre division était déjà un record). Mais son profil de Hall of Famer ne retient pas que l’aspect basket : « Le basket-ball universitaire ne trouvera peut-être jamais un entraîneur plus attentif, sensible et dévoué que Clarence “Big House” Gaines ». Ce n’est qu’en toute fin de route que Stephen A. Smith a croisé le  chemin du quasi septuagénaire. L’entraîneur est vieillissant et son état de santé inquiète son meneur. « Coach, j’ai peur. Je ne vais pas vous laisser mourir sur la ligne de touche ». À l’époque, il profite même de son statut de rédacteur dans le média universitaire The News Argus pour pousser Clarence Gaines vers la retraite. Un article paru en 2017 dans The Undefeated (aujourd’hui Andscape) creuse en profondeur cette histoire.

« Le premier coup d’éclat de Stephen A. Smith au journal a eu lieu après qu’il ait demandé à Gaines de prendre sa retraite. De plus en plus préoccupé par l’état de santé de Gaines – Smith se souvient que le légendaire entraîneur souffrait de petites attaques cérébrales pendant les matchs – il se rappelle l’avoir confronté dans son bureau. Il lui a dit que s’il ne prenait pas sa retraite, il écrirait un article suggérant que Gaines devrait se retirer. Gaines a insulté Smith et l’a viré du bureau. »

–  William C. Rhoden de The Undefeated

C’est lors de sa propre intronisation au Hall of Fame de la CIAA en 2017 que Stephen A. Smith rend hommage à son ancien coach, décédé en 2005 des suites de complications d’un accident vasculaire cérébral. En dépit de sa tentative ratée d’envoyer « Big House » à la retraite, le consultant se souvient, les yeux brillants, d’une relation intime dans le plus pur des sens. « Je n’appellerai jamais Clarence ‘Big House’ Gaines un ami. C’était un père. Il est la chose la plus proche d’un père que j’ai eue. Nous étions très proches. Je l’admirais, je le vénérais, je l’idolâtrais ». Après avoir demandé le départ à la retraite de son entraîneur, l’étudiant-joueur Stephen A. Smith s’est retrouvé au milieu d’une bourrasque de copinages. Tu t’attaques en interne à Genesio sur sa période OL, bah c’est le même résultat. Certains membres du corps enseignant et le chancelier de l’école ont demandé à ce que Smith soit expulsé de la l’Université, mais – scénario loufoque – c’est Clarence Gaines qui a lui-même pris la défense de son étudiant : « Laissez-le tranquille ». Et pourtant, la faute à une tendinite chronique et une fissure de la rotule, Stephen A. Smith ne représentait pas un grand atout sportif pour la Winston-Salem State University. Ce n’était donc pas la protection d’un coach, mais bien celle d’un deuxième daron.

« D’après ce qu’on m’a dit, il a dit au chancelier et à d’autres personnes qu’il ne fallait pas me toucher. Que je ne devais pas être dérangé » – Stephen A. Smith

C’est la festoche chez les Smith : en 91, Stephen A. est diplômé de la Winston-Salem State University en communication de masse (tandis que Clarence Gaines est toujours entraîneur et ne quittera son poste qu’en 93). Le « mortarboard » sur le dessus du crâne, Stephen A. Smith lance sa carrière de journaliste dans la presse écrite locale avec de premières piges pour le Winston-Salem Journal – suite logique de l’université – et le Greensboro News and Record, deux périodiques qui ne couvrent qu’une petite partie du Nord de l’État de Caroline du Nord (beaucoup de Nord, attention à ne pas perdre le Nord du coup lol). Il franchit ensuite un immense cap en rédigeant pour le New York Daily News, avant de définitivement s’engager sur la voie NBA dans les colonnes du Philadelphia Inquirer. Ça c’est pour le côté gratte-gratte, et parallèlement à cela en 2005, Stephen A. Smith se lance dans la radio. Une petite émission très “cocooning” sur l’antenne de WEPN, dont la deuxième heure est diffusée sur… ESPN Radio. Giga boum à l’antenne nationale, mais l’émission prend fin en avril 2008 quand Stephen A. Smith tente de se focaliser sur une carrière téloche.

Et avec le Philadelphia Inquirer, on en est où ? Un franc-parler trop.. trop, et des opinions politiques en marge de celles revendiquées à Philly : Stephen A. Smith est prié de prendre la porte du magasin (de la rédaction quoi). C’est là qu’émerge la personnalité du bonhomme, capable de souhaiter publiquement le renvoi d’un coach légendaire en poste depuis 50 ans, tout ça parce que ses convictions personnelles valent pour lui bien mieux que la raison. Selon sa façon d’agir, il ne doit pas vraiment faire la différence entre la raison et l’expression de ses convictions. C’est d’ailleurs ce franc-parler qui le lie d’amitié avec Allen Iverson, dont on ne soupçonne pas d’affection particulière pour les journalistes réservés, rigides, sans vagues. Et dans le journalisme, le réseau paie : en 2009, Stephen A. Smith annonce la (courte) retraite d’Allen Iverson sur Fox Sports Radio et via la publication d’un communiqué sur son blog : « J‘aimerais annoncer mon intention de me retirer, même si je suis convaincu que je peux encore concourir au plus haut niveau », y écrit The Answer.

La téloche ? C’est là que l’expérience Stephen A. Smith prend une dimension nationale/internationale. Son émission Quite Frankly with Stephen A. Smith lancée en 2005 s’éteint deux ans plus tard. Tranquille, il a pu y faire une démonstration de sa personnalité haute en couleurs. Il passera finalement par toutes les émissions sportives d’ESPN (pas toute mais un paquet), s’embrouillera pendant des négociations avec la chaîne, la quittera, reviendra, puis y popularisera son personnage qui n’en est pas vraiment un. La rubrique Embrace Debate de l’émission First Take est un succès. Elle l’oppose à Skip Bayless, commentateur de longue date et hater revendiqué de LeBron James, proposant ainsi les débats les plus « PMU » de la programmation ricaine. On vous conseille la séquence à partir de 2 minutes. Bayless y affirme que Kyrie Irving aurait dû être MVP des Finales 2016. Un bonbon.

Objet de « meme » donc, mais objet d’espoir. Outre cette personnalité qui se scandalise d’un rien et peut à tout moment, en pleine antenne nationale, soumettre l’idée que les femmes peuvent elles-mêmes provoquer la violence domestique de leurs maris (propos qui ne lui ont valu qu’une semaine de suspension par ESPN, c’est dire sa valeur pour la chaîne), Stephen A. Smith se revendique comme la preuve vivante du rêve américain.

« Pour les Jay-Z, Lebrons, Shaqs, et les autres, je ne les considère pas comme le rêve américain. Je me considère comme le rêve américain. Ils sont le fantasme de l’Amérique. Il y en aura un sur un billion, si ce n’est plus pour devenir comme eux. Mais tu peux devenir Stephen. A. »

Une montagne russe humaine ce type. Fin 2019, Smith a signé un contrat avec ESPN qui lui rapporterait environ 8 millions de dollars par an sur cinq ans. Il s’est par la suite plaint d’être « sous-payé » à cause de sa couleur de peau. « Nous sommes toujours noirs dans ce pays. Nous n’avons pas toujours confiance en ce pays en termes de méritocratie. Nous savons qu’en fin de compte, tout comme les femmes sont sous-payées par rapport à leurs homologues masculins, les Noirs sont sous-payés par rapport à leurs homologues blancs ». Une sortie qui a provoqué un gros taulé compte tenu du salaire personnel du consultant. Un taulé rapidement effacé sous couvert de : « Ça va, c’est Stephen A. Smith ». C’est là que réside sa puissance médiatique. Intouchable peu importe ses propos. Il peut se lever le matin et décider de ce qu’il va raconter le soir, quel que soit le lien avec le basket (le plus souvent il n’y en a pas), cela devant l’une des plus grosses audiences de la télévision américaine. Par exemple ? Un hommage touchant à sa mère décédée, avant de trois jours plus tard, se pointer sur le plateau de First Take déguisé en cow-boy pour expliquer en quoi le Far West est plus à l’Est qu’à l’Ouest (il n’a jamais dit ça mais c’est l’idée). Personnage authentique. Personnage troublant. Personnage controversé. Personnage de télé.

1 Comment

1 Comment

  1. JordanInFlight

    30 novembre 2022 à 22 h 24 min at 22 h 24 min

    Stephen A. Smith, c’est au basket ce que Pascal Praud était au foot : un gars qui s’exprime beaucoup plus que ce que son niveau de compétence sur le sujet traité ne devrait l’y autoriser (bon, pour Praud ça marche avec n’importe quel sujet), mais qui arrive à masquer son incompétence par son côté théâtral et qui accepte de laisser voir son inculture crasse pour le business.

    Ce n’est pas de l’analyse que son employeur attend de lui, mais de la punchline, un passage au zapping et l’impossibilité pour les spectateur d’aller voir ailleurs car toujours à l’affut de “quelle connerie va-t-il dire aujourd’hui?”.

    C’est bien simple, si Stephen A. était français, il serait un régulier des émissions d’Hanouna.

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