Hall of Fame NBA

Tim Hardaway au Hall of Fame : zoom sur le parcours d’un manieur de ballon hors pair, détenteur d’un crossover létal

Tim Hardaway

Yes ! Yes ! Yes ! In your face !

Source image : YouTube

Si Kareem Abdul-Jabbar a son “Skyhook”, Hakeem Olajuwon son “Dream Shake” et George Gervin son “Finger Roll”, Tim Hardaway lui, a le “Killer Crossover”. Geste emblématique d’un basketteur haut en couleur, ce mouvement représente parfaitement le joueur qu’était le meneur des Warriors et du Heat. Ce dernier a électrisé les foules et va enfin connaître l’accomplissement ultime pour un basketteur : l’intronisation au Hall of Fame de Springfield. 

Le meneur ne sera pas seul à avoir l’immense honneur d’enfiler la veste orange puisque Manu Ginobili, Swin Cash ou encore George Karl font également partie de la classe 2022 du Hall of Fame. Pour son intronisation, Timy a souhaité être accompagné de personnes qui ont été importantes durant sa carrière : Chris Mullin, Mitch Richmond, Yolanda Griffith, Isiah Thomas et Nate Archibald, bref c’est tout un cortège. Du beau monde pour une belle carrière, sur laquelle il est désormais temps de se pencher.

Tim Hardaway naît en 1966 et grandit dans les rues de Chicago. Forcément, ça vous forge un caractère et le gamin de l’Illinois ne se gêne pas pour le montrer sur les playgrounds de la ville, qu’il écume pendant des heures. Papa y est une légende et Timy compte bien suivre ses traces. Du haut de son mètre 83, le garçon n’est pas très grand mais compense pas une vitesse d’exécution incroyable. D’ailleurs, sa petite taille lui vaudra le surnom de “Bug”. Élevé dans un climat de violence à Chicago, Tim compense les manques par le basket, sport dans lequel il dispose d’un talent certain. Ce talent justement, le meneur l’exporte sur le circuit universitaire, sous les couleurs d’UTEP au Texas. Bon, inutile de vous préciser que le bonhomme performe bien comme il faut, et en profite également pour perfectionner son crossover qu’il tient de Pearl Washington, joueur pour le Syracuse Orange à l’époque. Ah non non, Timy ne l’a pas inventé hein, il a seulement vu un autre gars le faire à la télé, et s’est dit “tiens, et si je l’améliorais pour collectionner les chevilles ?” C’est donc ça, la naissance du “Killer Crossover”. Bref, pour sa quatrième et dernière année de fac, Tim envoie du bois et boucle la saison avec 22 pions, 4 rebonds et 5 passes. Le bonhomme finit également par dépasser Nate Archibald et devient le meilleur scoreur de l’histoire des Miners. Vous l’aurez compris, ce n’est franchement pas tout mal et les dirigeants des Warriors ne s’y trompent pas en décidant de sélectionner le meneur avec le 14e choix de la Draft 1989.

Du côté de Golden State, mister Hardaway retrouve un petit duo de joueurs bien sympathiques : l’arrière Mitch Richmond et l’ailier Chris Mullin. Nos trois larrons attaquent donc la saison 1989-90 avec l’ambition de tout casser mais… se font vite exploser et terminent avec un bilan assez cracra de 37 victoires pour 45 défaites. Allez, disons que la deuxième saison sera la bonne et sous la houlette de Don Nelson, les Warriors brillent de mille feux, en attaque en tout cas. Le trio des Guerriers est juste injouable, l’histoire est en marche. Porté par son Big Three, Golden State score à gogo et se hisse même au second rang des équipes les plus prolifiques de la Ligue cette saison-là. La défense ? Rien à carrer, les mecs ont quasiment le pire defensive rating mais visiblement ce n’est pas un souci, du moins pas pour le moment. Individuellement et pour ce qui n’est que sa deuxième saison en NBA, Tim Hardaway casse la baraque. Deuxième dans la course au Rookie de l’Année la saison précédente (seulement battu par David Robinson), “Bug” compte bien prendre sa revanche en empochant cette fois le titre de MIP. Bon, c’est raté, mais le bonhomme tourne quand même à 23 points et quasiment 10 passes, de quoi décrocher un ticket pour son premier All-Star Game.

Joueur spectaculaire, Tim fait lever les foules de toutes les salles. Passeur très sérieux, slasher complet, trashtalker comme on les aime – monsieur s’est quand même permis de lâcher un bon gros “in your face” à Charles Barkley – mais surtout roi du un contre un, le meneur se démarque désormais par un move qui lui est propre : une feinte de départ main gauche avant de plonger main droite d’un dribble croisé. Toute la Ligue connaît ce geste, mais impossible de le stopper tant Timy l’exécute avec rapidité. Ça y est, le “Killer Crossover”, aussi appelé UTEP 2-Step est entré dans la culture NBA. Ce dribble, Hardaway compte bien le mettre à profit pour tenter de faire chuter les Spurs, alors deuxièmes de la Conférence Ouest, et premiers adversaires des Warriors en Playoffs. Seulement septièmes en fin de saison, les chances de victoire des Guerriers sont minces mais qu’importe, ils joueront avec le cœur. Et porté par son trio Tim, Mitch et Chris, Golden State réalise un upset monumental, s’offrant la tête des Spurs en seulement quatre matchs (3-1). La hype autour de cette équipe devient alors immense, et le Big Three californien a désormais un surnom tout trouvé : le “Run TMC”, en référence au groupe de hip-hop au nom quasi-similaire, “le Run DMC”. Portés par leur trio d’extérieurs et leur jeu rapide, les Warriors se prennent à rêver grand, mais redescendent très vite sur Terre, battus en cinq matchs par les Lakers d’un certain Magic Johnson. Suite à cette défaite, Golden State décide d’envoyer Mitch Richmond chez les Kings en échange de Billy Owens. Le Run TMC se termine aussi vite qu’il a commencé.

La saison suivante, “Bug” continue de cartonner offensivement et décroche sa deuxième étoile. Titulaire au All-Game de 1992, Tim préfère finalement s’éclipser pour laisser sa place à Magic Johnson, revenu sur les parquets après avoir annoncé sa retraite en raison de sa séropositivité. Le geste est beau et l’histoire aussi puisque Magic sera finalement élu MVP de l’évènement. Avec Golden State, Hardaway est encore excellent mais les Warriors se font malgré tout sortir dès le premier tour des Playoffs. La suite sera d’ailleurs tout aussi galère car l’équipe manquera la postseason en 1993, et son meneur sera sans cesse embêté par ses genoux. Une saison blanche entre 1993 et 1994, puis un exercice 1994-95 compliqué et on dit Tim cramé pour le basket. Le meneur est encore meurtri par le poids des blessures et ça se sent. La saison suivante, “Bug” craque et demande carrément son transfert. Requête acceptée par les Warriors, qui l’envoient du côté de Miami. En Floride, le “Killer Crossover” découvre une culture tout autre, tellement caractéristique à la franchise de Pat Riley. Cette nouvelle aventure sonne comme une renaissance pour le gamin de Chicago, qui ressuscite aux côtés d’Alonzo Mourning. Après une saison d’adaptation, Hardaway semble avoir retrouvé les jambes de ses débuts. Le bonhomme gambade et emmène carrément Miami jusqu’en Finale de Conférence durant la saison 1996-97. Bon, tomber face à Michael Jordan en Playoffs en général ça ne pardonne pas, et la franchise floridienne se fait très vite écarter par Sa Majesté et son armada (4-1). Qu’importe, l’essentiel est ailleurs et Tim brûle de nouveau de cette envie de jouer. D’ailleurs, il retrouvera même le All-Star Game cette saison-là et la suivante, portant son total de sélections au match des étoiles à cinq. Preuve supplémentaire s’il en faut que le meneur va mieux, “Killer Crossover” est carrément dans la course au MVP 1997, finissant quatrième à l’issue des votes. Bref, tout roule pour Timy, qui s’éclate sous les palmiers.

En fait, les ennuis n’arrivent vraiment qu’à partir de l’exercice 1998-99, durant lequel Tim Bug est rattrapé par les blessures et le poids des années. À 32 ans, ses stats sont en déclin et le gus signe ses derniers exploits, en devenant notamment le meilleur passeur de l’histoire du Heat. Son record tiendra un petit moment, jusqu’à ce qu’un arrière flanqué du numéro 3 et franchement pas mauvais au basket-ball ne vienne s’en emparer. Bref, l’exercice suivant est encore une galère pour le numéro 10 qui loupe 30 matchs au total, toujours gêné par son pied et ses genoux. Seul rayon de soleil dans la tempête, un passage avec Team USA pour les Jeux Olympiques de Sydney. Toutefois, le meneur performe peu, et c’est davantage Jason Kidd et Gary Payton qui font le café. M’enfin bon, toujours est-il que cette équipe de grands malades remporte l’or face à la France en finale, ce qui permet d’ajouter une belle ligne en plus sur le CV. Revenu de son aventure olympique, Timy dispute une demi-saison sous le maillot du Heat avant d’être encore échangé, cette fois du côté de Dallas.

Ce nouveau trade signe tout simplement le début de la fin de l’histoire en NBA pour Tim Hardaway en tant que joueur. Chez les Mavs, “Killer Crossover” ne brille pas, pas plus qu’à Denver où il sera envoyé la saison suivante. Pire encore, le meneur pète les plombs et se fait par exemple suspendre deux matchs pour avoir jeté un moniteur télé sur le parquet. Son passage chez les Nuggets aurait dû être le dernier mais après une pige en tant que consultant sur ESPN, le bougre rechausse les sneakers pour une dernière danse avec Indiana. C’est qu’il aime profondément la balle orange, l’ami Tim. Finalement, cette expérience sera bel et bien la dernière dans la carrière d’un joueur génial. Quintuple All-Star, médaillé d’or aux JO de 2000, cinq fois membre d’une All-NBA Team et honoré par Miami via le retrait de son numéro 10, Tim Hardaway laisse une belle empreinte dans la Grande Ligue. Le meneur aura également élevé le un contre un au rang d’art avec son “Killer Crossover”. Parfois victime de son caractère trop impulsif, Tim aura défrayé la chronique plus d’une fois, notamment en 2007 en raison de son aversion avouée contre l’homosexualité et qui ne l’a pas aidé au moment de se faire une place au Hall of Fame. Bon, depuis le garçon a quand même réfléchi et s’est repenti, puisque “Bug” lutte aujourd’hui ouvertement pour soutenir la cause homosexuelle. En parallèle, le “Killer Crossover” n’a jamais vraiment lâché la balle orange. Son fiston Tim Hardaway Jr. que vous connaissez probablement, trace lui aussi son petit bout de chemin en NBA. La route est encore longue avant d’atteindre la greatness de papa, mais THJ s’est déjà bâti une solide réputation dans la Grande Ligue. Papounet de son côté continue d’écumer les parquets chaque soir, désormais en qualité d’assistant chez les Pistons.

Treize années de carrière (17 points, 8 passes et pas loin des 2 interceptions de moyenne), plus de 850 matchs et un joueur que la NBA ne pourra pas oublier, voilà ce qui ouvre enfin les portes du Hall of Fame à Tim Hardaway. Avec son style unique et ses cross légendaires, “Bug” va désormais inscrire son nom aux côtés des plus grandes légendes all-time. Le “Killer Crossover” va briller pour l’éternité.  

Sources texte : NBA / Basket-ball Reference / The Athletic 

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