Los Angeles Clippers

Enquête sur le Batum Battalion : « Ce fan club s’adresse à toute personne qui comprend à quel point Nicolas Batum est un grand joueur »

Nicolas Batum

Nicolas guidant le peuple.

Source image : lolwtferic sur Reddit

C’est un grand délire. Un grand délire, poussé si loin par ses créateurs qu’il en découle aujourd’hui une incroyable communauté de fidèles acquis à la cause de Nicolas Batum. À Los Angeles, sur Twitter, en France ou dans les tribunes du Staples Center, le « Batum Battalion » déferle et emporte avec lui toutes les nouvelles groupies de l’ailier français. Enquête aux origines de ce fanclub qui empêche la FFL de dormir.

« Mon dieu, il est vraiment cuit Nico ».

Janvier 2020, les projos de l’Accor Hotel Arena éclairent une silhouette en apparence déphasée. À 31 ans, Nicolas Batum contraste avec le logo brodé sur son propre maillot. L’impression d’un pingouin dans une piscine d’eau chaude. Cette première édition du Paris Game était pour lui une occasion en or de se relancer, au pire de s’offrir une belle respiration, devant un public qu’il affectionne et qui l’affectionne. Dans ce contexte, on s’attendait de sa part à une prestation a minima plus grassouillette qu’à l’accoutumée, dans la vibe d’une dizaine de points agréés par six ou sept assists. Mais 48 minutes de joutes après l’entre-deux, sa feuille de match n’affiche que 5 points à 1/8 au tir, 6 rebonds et 5 passes. L’envie d’analyser nous passe. S’il y a du bon à retenir de cette performance, cela ne suffit plus à faire comme si la situation de Nico à Charlotte était pérenne. Il faut briser le tabou. Son rôle inexistant au sein de ces Hornets, couplé aux critiques facilitées par son salaire à plus de 20 millions de dollars la saison, font que le capitaine des Bleus doit changer d’air. Primo, pour relancer une carrière sportive au point mort. Deuzio, s’il veut remettre du respect sur son nom, entaché beaucoup trop facilement par ceux qui ne l’ont connu qu’en difficulté. Des ignorants qui ne savent rien du jeune Batman des années Portland, mais des ignorants auxquels on a de plus en plus de mal à en vouloir. Car ils n’ont pas créé la plaie. Eux, ne font qu’appuyer dessus.

Le 2 décembre 2020, à l’aube d’un début de saison retardé à cause d’un virus dont vous avez probablement ouï dire, les Clippers officialisent l’arrivée de Nicolas Batum. La fin du feuilleton de l’automne. Dans les têtes, tout s’inverse. On ne parle plus de Nicolas Batum en boulet financier, mais plutôt comme d’un role player qui ne sera payé que trois bâtonnets de surimi par les Clippers. L’indésirable est alors devenu objet de convoitise. Dans un entretien accordé au journal Le Parisien, Nico s’est même dit surpris de l’intérêt que lui ont porté les franchises NBA.

« Je me suis rendu compte que ma cote était encore très, très élevée. On a décidé de parler avec six équipes, alors que la liste était bien plus longue ».

On sort de l’illusion donnée par des années de galère à Charlotte, sans pour autant aborder le nouvel exercice avec un lot de certitudes. C’est de cette manière que Charles Mockler, co-animateur du podcast Locked On Clippers, présente les choses à TrashTalk.

« Will Updyke et moi-même animons un podcast appelé « Locked On Clippers ». Nous étions sur un autre podcast avant le début de la saison 2020-21 et discutions de l’efficacité de Batum pour les Clippers, puisqu’à l’époque il avait eu une vie difficile à Charlotte et tellement de mauvais moments que sa venue était un vrai point d’interrogation […]

Will s’est mis à dire qu’il allait devenir une légende des Clippers et nous en avons tous ri, puis nous avons demandé sur Twitter quel surnom devrait être donné à cette idée folle et Joseph Raya-Ward [un autre journaliste des Clippers, ndlr] a proposé le Batum Battalion. C’est resté. »

Le premier match de Nicolas Batum sous ses nouvelles couleurs ? Une victoire face au voisin Lakers, avec 3 points, 6 rebonds, 6 assists et 2 interceptions dans son bagage. Criant de dévotion et d’altruisme, le Français s’est déjà mis pas mal de fans dans la poche. Trois jours plus tard, il monte en puissance avec 13 points à 5/8 au tir, 10 rebonds, 4 assists, 1 interception et 1 block à Denver. C’est dans la foulée de ce second succès qu’apparaît pour la première fois le terme « Batum Battalion » sur Twitter. Sans le savoir, Joseph Raya-Ward vient de donner naissance à l’une des plus importantes congrégations sportives de notre siècle. Les sénateurs pro-Lakers demandent sa dissolution. À contresens, l’engouement populaire confère à Nicolas Batum un caractère presque « divin ». Il est l’élu. Celui qui doit amener l’équilibre entre Kawhi Leonard et Paul George.

Joseph Raya-Ward

Chaque interception, chaque contre, chaque 3-points dans le corner du Français est accueilli comme un cadeau du ciel. Payé moins de trois millions de dollars la saison par les Clippers, Nicolas Batum est perçu comme l’un – si ce n’est le – des joueurs les plus rentables de NBA. On lui retrouve cette fonction de « glue guy », qui permet d’en dire énormément en ne disant presque rien. Sur sa première saison, il dispute 67 matchs dont 38 en tant que titulaire, pour des moyennes de 8,1 points à 46% au tir dont 40% du parking, 4,7 rebonds, 2,2 assists et 1 interception en 27,4 minutes de jeu. C’est clean. Si clean que Tyronn Lue en fait son homme à tout faire. Et quand on dit « tout faire », c’est vraiment « tout faire ». En demi-finale de conférence des Playoffs 2021 face au Jazz, Nico est missionné en défense sur… Rudy Gobert. Pardon ? On se dit alors deux choses : tout d’abord le small ball n’a absolument aucune limite, et ensuite… Nico va se faire froisser au poste. Spoiler, une seule de nos deux pensées est sortie vérifiée de cette série. Le small ball n’a effectivement aucune limite. Pour ce qui est de Nico, l’ailier-pivot (wtf) des Clippers a cloué Ivica Zubac sur le banc. Sa ligne statistique laissée sur cette série justifie à elle seule l’existence du Batum Battalion : 10,3 points à 21/40 au tir dont 16/31 à 3-points, 5,8 rebonds, 2,2 assists et 2,2 interceptions en 33 minutes de moyenne. Nico restera à jamais celui qui a limité Rudy Gobert à 12,5 points de moyenne contre un cinq majeur sans pivot.

Comme David Guetta, Marion Cotillard, les Daft Punk, Gérard Depardieu et Christine and the Queens, Nicolas Batum fait désormais partie de ces Français qui ont gagné le respect à l’étranger. Sauf qu’à notre connaissance, ni David Guetta, ni Marion Cotillard, ni Christine and the Queens, ni Gérard Depardieu et ni les Daft Punk n’ont de bataillon à leur nom. Et ça, ça vaut toutes les carrières du monde.

« Qui fait partie du Batum Battalion ? Toutes les personnes qui comprennent à quel point Nicolas Batum est un grand joueur. Je serais bien en peine de trouver un seul fan des Clippers qui n’apprécie pas Nic, ce qu’il apporte à cette équipe sur le terrain et en dehors. » – Charles Mockler, co-animateur du podcast Locked On Clippers

Quand on évoque le Batum Battalion, on visualise logiquement le visage de Nico. Il est la figure n°1 de cette belle idée devenue un beau mouvement, même si quelque chose nous pousse à croire que cette grande famille n’aurait jamais vu le jour s’il avait atterri ailleurs qu’à Los Angeles. Par « quelque chose », on entend le seuil de créativité atteint par les fans des Clippers. Le podcast Locked on Clippers est par exemple à l’initiative d’un concours de dessin en rapport avec le Batum Battalion. Son vainqueur, Eddie Mauldin, raconte.

« La première fois que j’ai entendu le terme « Batum Battalion », c’était dans le podcast Locked on Clippers animé par Charles Mockler et William Updyke. Ils organisaient un concours pour dessiner un t-shirt pour le Battalion, et en tant que grand fan des Clippers, je savais que je devais participer […]

J’ai dessiné le portrait en une seule nuit, j’ai fini par gagner le concours et, avant même que je m’en rende compte, l’annonceur Brian Sieman criait « Batum Battalion assemble » pendant les matchs. Le Batum Battalion des réseaux sociaux est rapidement devenu une réalité. »

Et douze jours plus tard…

Juste ICI un lien vers un thread Twitter à dérouler : tous les dessins du concours y sont exposés, avec pas mal de pépites. Où peut-on se procurer les t-shirts officiels avec le dessin d’Eddie Mauldin ? Ils ont été distribués gratuitement en nombre limité par les gars de Locked on Clippers, sous la justice d’un tirage au sort. D’autres produits ultra personnalisés sont dispos un peu partout même si, aussi grande soit votre foi en Nicolas Batum, vous n’atteindrez probablement jamais le niveau d’un certain… Clipper Spencer. C’est Eddie Mauldin, lors de notre échange, qui nous a glissé son nom : « C’est vraiment plus qu’une simple tendance. Des fans comme Clipper Spencer qui portent l’uniforme complet du Battalion lors des matchs ont fait du Battalion ce qu’il est aujourd’hui ». Nous parler de ce bonhomme, c’était comme jeter un caillou dans la mare. On est donc naturellement parti discuter avec ce fameux Clipper Spencer, décrit comme l’un des plus grands fanatiques – en son sens le plus positif – du Batum Battalion.

Entretien avec Clipper Spencer

Comment ton aventure avec le Batum Battalion a-t-elle commencée ?

Mon type de joueur préféré a toujours été les « Glue Guys » comme Nicolas Batum, qui rassemblent l’équipe et font que tout le reste fonctionne. Alors quand Charles [Mockler, ndlr], Will [Updyke, ndlr] et Joseph [Raya-Wardont, ndlr] ont créé le Batum Battalion, j’ai tout de suite adhéré au projet. Nico Batum a rejoint les Clippers juste après notre plus mauvaise période et a apporté tout ce qui nous manquait. Sa légende n’a cessé de grandir auprès des fans des Clippers. Quand ils ont fait le concours de t-shirts, j’étais à fond dans le Batum Battalion, j’ai soumis un tas d’affreux dessins qui étaient pires que ceux d’Eddie [Mauldin, ndlr] parce que j’étais trop excité. Mais quand ils ont distribué des t-shirts, je n’en ai pas eu, alors j’ai su que je devais exprimer ma dévotion au Batum Battalion d’une autre manière.

Et donc, tu as… ?

Je savais que je ne pouvais pas créer mon propre t-shirt à cause de mes dessins ratés, mais j’ai réalisé que je pouvais peut-être créer une tenue de cosplay complète. J’ai trouvé le design, et j’ai commencé à travailler sur la tenue. Je n’avais jamais fait quelque chose comme ça avant, ça m’a pris beaucoup de temps et j’étais un peu embarrassé, donc je n’en ai jamais rien fait. Mais une fois que les Playoffs 2021 ont commencé et que Batum est devenu la clé de notre équipe small ball, j’étais tellement excité que j’ai décidé de porter le cosplay pour le premier match à domicile contre le Jazz. Puis Nico a livré une perf incroyable, nous a aidé à gagner le premier match de cette série et soudain, tout le monde s’est mis à penser que j’étais notre porte-bonheur. Pour le Game 4, d’incroyables fans des Clippers ont pu m’obtenir de bien meilleures places, de sorte que tout le stade et le Jumbotron puissent me voir. Nous avons encore gagné, et c’est comme ça que tout a décollé.

T’as déjà eu un contact direct avec Nico Batum ?

Je n’ai jamais rencontré Batum, même s’il me suit sur Twitter, car j’ai toujours eu trop peur de lui tendre la main. J’avais presque trop peur de porter la tenue du Batum Battalion, alors je n’ai jamais eu le courage de lui parler. Après le dernier match contre les Suns cette année-là, il m’a vu dans la foule et m’a fait un signe du pouce. J’ai failli m’évanouir d’excitation.

Batum Bat

            Clipper Spencer dans son cosplay (Source image : Clipper Spencer)

Tu t’es même fait un tatouage du Batum Battalion ! C’est un vrai ? C’est incroyable hahaha. Comment t’est venue l’idée ? Tu as beaucoup réfléchi avant de le faire ou… allez one life ?

J’ai été tellement bien accueilli par les fans des Clippers… Ils m’ont donné l’occasion d’assister à tous les matchs à domicile des Playoffs 2021 et j’ai été interviewé par plusieurs médias. Rien de tel ne m’était arrivé dans ma vie et j’en serai éternellement reconnaissant, alors j’ai pensé qu’il serait amusant de me faire un tatouage pour commémorer cette période. C’est mon premier et unique tatouage, mais je n’ai pas pu trouver de meilleure raison, aucune de plus significative, pour m’en faire un. J’ai donc demandé à ma femme de le dessiner pour moi, tout en lui suggérant de petites modifications, et elle a su me supporter jusqu’au bout.

Avec le temps, vois-tu le Batum Battalion s’essouffler ?

Heureusement, nous venons de re-signer Nico, donc il sera encore avec l’équipe, même si de toute manière, je ne pense pas que ça va s’arrêter. Nico est emblématique de la nouvelle culture des Clippers. Comme je l’ai dit, il est venu à nous après l’une de nos pires périodes et a tout changé. Maintenant, on attend de chaque nouveau Clipper qu’il ait l’état d’esprit de Nic Batum. Celui d’un grand joueur, intelligent, leader dans le vestiaire et qui fait passer l’équipe avant sa propre personne. Nous venons d’avoir John Wall, et tous les fans veulent savoir s’il peut jouer à la manière des Clippers, qui est celle que Nic a créée. Il nous a emmenés plus loin que les Clippers ne l’ont jamais fait auparavant et je pense qu’il va nous emmener encore plus loin dans le futur. Nous ne l’oublierons pas.

Merci Spencer.

Merci d’être venu à moi !

Comme Charles Mockler et Eddie Mauldin, Clipper Spencer a répondu à nos questions avec bienveillance et dévotion. Cette franchise a beau avoir une armoire à trophées toute poussiéreuse, elle a des fans en or.

Le Batum Battalion, c’est l’histoire d’un alliage parfait entre les évidentes qualités d’un joueur français, et la fraîcheur d’une fanbase aussi bienveillante que créative. Impossible de savoir quand se terminera l’idylle entre les deux partis, Nico vient d’ailleurs de prolonger son aventure à Los Angeles, mais pour Charles comme pour Eddie et Spencer, cette période a fait émerger des valeurs que le temps n’efface pas. La solidarité. Le partage. La passion.

Propos recueillis par Arthur Baudin.

4 Commentaires

4 Comments

  1. KDN

    28 juillet 2022 à 11 h 05 min at 11 h 05 min

    « décembre 2020, à l’aube d’un début de saison retardé à cause d’une bactérie dont vous avez probablement ouï dire »

    Une bactérie ?

    Ça s’appelle le Corona VIRUS, ça n’est donc pas une bactérie.

  2. Sebb

    28 juillet 2022 à 18 h 11 min at 18 h 11 min

    Hello, en vacances aux USA, je passe 3 jours à Los Angeles. Hier, obligé d’aller au Staples Center, même si je ne suis pas spécialement fan des équipes de LA. On se laisse tenter et on rentre dans le magasin des Lakers et Clippers, en voilure réduite off-season je suppose.
    Et la je me dis « si il y a le maillot de Nico, je me le paie ». Impossible de le trouver, alors qu’il y a encore des caisses de maillots de PatBev par exemple… Je demande et on me confirme, avec un sourire un peu amusé, qu’il n’y en a pas. Genre prends le 2 ou le 13 comme tout le monde. Bah j’ai rien pris du coup, à part des photos des statues des legendes de sLakers dehors.
    Super article en tout cas, au lendemain de cette anecdote, merci !
    Bref, pas si populaire que ça le Batman, en tout cas en cette période !

  3. sHoot

    30 juillet 2022 à 18 h 08 min at 18 h 08 min

    Article très agréable à lire

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