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Que sont ils devenus – Luc Longley : pionnier australien qui n’a jamais véritablement quitté la balle orange

Luc Longley 27 juillet 2022

Grand Monsieur.

Source image : YouTube

La NBA est le théâtre parfait pour réaliser des rêves de gosse, mais la NBA a également pour particularité de parfois éteindre la lumière plus vite encore qu’elle ne l’a allumée. Période creuse oblige, on se penche cet été sur des noms qui nous sont familiers, certains plus que d’autres, des noms qui nous « disent quelque chose » mais qui ne font plus vraiment les premiers titres. Des histoires qui ramènent à une douce mélancolie. Cold Case Affaires classées mais version NBA, avec l’ambition de vous donner quelques nouvelles de ces mecs qui ont fait partie fut un temps de notre quotidien. Deuxième épisode ? Une légende australienne retournée au bercail : Luc Longley.

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Et vous, depuis combien de temps n’aviez-vous pas eu de nouvelles de Luc Longley ? Totalement absent du documentaire The Last Dance où il aurait pourtant eu un paquet de choses à raconter, l’ancien pivot des Bulls est toujours au contact de la balle orange, loin des spotlights de la NBA. Allez, c’est parti pour une petite mise à jour.

Le 30 novembre 1991, il devint le premier joueur de nationalité australienne à jouer un match NBA. Drafté en septième position par les Wolves la même année, Luc Longley restera à jamais dans l’histoire du basketball comme un pionnier ayant ouvert la voie à plusieurs générations de Boomers pour qui le rêve américain fut tout à coup permis. Toutefois, au-delà de ce simple accomplissement, Lucien James Longley va réaliser une carrière plus qu’honorable, symbolisée par ces trois titres en tant que poste 5 titulaire chez les Bulls de Michael Jordan de 1996 à 1998. Arrivé quelques années plus tôt à Chicago après avoir raté ses débuts dans la grande Ligue à Minneapolis, le natif de Melbourne va petit à petit trouver sa place sous les ordres de Phil Jackson, pour finalement devenir starter et rouage essentiel des Taureaux. Sur les trois saisons qui composent le deuxième three-peat de la franchise, le bonhomme de 2m18 va enregistrer environ 10 points, 5,5 rebonds, 2,5 passes et 1 contre de moyenne en 27 minutes de temps de jeu. Tantôt critiqué par son leader pour son incapacité à prendre des rebonds malgré sa taille (218 centimètres), tantôt encensé pour les bons écrans qu’il lui pose, Luc ne retiendra que le positif de cette expérience, lui qui ne connaîtra bien évidemment plus jamais le même succès. D’ailleurs, son absence de The Last Dance sur Netflix avait été critiquée à de nombreux égards. Si MJ lui-même regrettait d’ailleurs cela, Longley a ensuite eu le temps de répondre avec son propre documentaire, où il est également revenu sur sa relation avec His Airness :

« Pourquoi n’étais-je pas dans le documentaire ? Pour être honnête, je ne sais pas. Comme ils ne m’avaient pas interviewé, je ne m’attendais pas à beaucoup y figurer, mais je pensais y être plus que ça. L’Australien qui se sous-estime en moi pense que je n’étais pas très sexy, pas très spectaculaire malgré mon rôle important. Il y avait tellement de stars, de joueurs brillants que ça faisait sens de ne pas parler de moi. […] Je suis profondément reconnaissant envers MJ de m’avoir montré comment devenir un meilleur basketteur, d’avoir compensé mes faiblesses par son intelligence. Il n’est pas nécessaire d’aimer un type pour faire partie de son équipe, pour s’intéresser à lui, pour jouer au basket ensemble. Je n’aimais pas MJ. Je pensais que MJ était difficile et inutilement dur envers ses coéquipiers et probablement envers lui-même. Mais au bout du compte, nous avons trouvé un moyen de se respecter sur le terrain et de coexister, et c’était cool. »

Cette période révolue une fois la reconstruction des Bulls amorcée, Longley est envoyé à Phoenix. Il atterrira plus tard à New York dans un trade à quatre équipes et prendra sa retraite sans dire un mot en 2001, trop gêné par les blessures pour continuer les frais. Sa carrière derrière lui, Luc va alors envisager une nouvelle vie loin des parquets : « quand j’ai arrêté de jouer, le basketball est devenu une ex-petite amie à mes yeux. » Ah. Sympa pour notre sport préféré Luc, merci. De retour en Australie, ce dernier va tout de même avoir du mal à raccrocher complètement, et va notamment investir dans le club des Perth Wildcats, dont il deviendra actionnaire durant plusieurs années. Sur le plan personnel ? Le pèpère va avoir droit à une reconnaissance sympatoche en étant introduit au Hall of Fame du basket australien en 2006 et carrément au Hall of Fame du SPORT australien en 2009. Bon, c’est bien beau tout ça, mais ça ne suffit pas vraiment à notre ami Luc, que la distance avec le ballon commence véritablement à rendre fou :

« Lors des dernières années, j’ai énormément pensé au jeu et je me suis retrouvé en train de regarder des matchs à la télévision à toutes les heures de la nuit. Ça a recommencé à me démanger. »

Shit, here we go again. Désireux de retourner sur le bord des terrains, au contact, Luc va alors se tourner vers l’équipe dont il garde les meilleurs souvenirs : les Bulls la sélection nationale. Et oui, petit rappel plus qu’important. Avant même de faire ses débuts en NBA, Longley a participé aux Jeux olympiques de Séoul en 1988. Déjà pivot titulaire des Boomers, ce dernier va amener son équipe en demi-finale de la compétition pour la première fois de son histoire. Non-présent en 1996 pour cause de blessure, il participera tout de même aux JO de 1992 et 2000, toujours en tant que starter, et arrachera encore une fois la quatrième place lors de sa dernière participation. C’est bien simple, à l’instar d’un Tony Parker pour la France, le garçon n’a avant tout d’yeux que pour son pays. Le pays qui l’a fait grandir, qui lui a donné ses premières opportunités, à qui il considère tout devoir. Quoi de plus normal donc, que de lui rendre la pareille ? Proche de Brett Brown, à l’époque head coach de Team Australia, Longley va alors tenter sa chance :

« J’ai revu Brett à un camp il y a deux ans et je lui ai dit que j’étais intéressé par le fait de participer. Browny m’a impliqué. Il a dit qu’il adorerait que je l’aide avec ses Big Men, ce qui était parfait pour moi. »

Ni une ni deux, voilà que notre ami se retrouve donc à officieusement aider les intérieurs de la sélection, avant que tout ne devienne officiel très rapidement. En 2013, après le départ de Brown, remplacé par Andrej Lemanis à la tête de l’équipe nationale, Luc Longley devient assistant-coach en charge des postes 4-5. Parmi les nouveaux disciples du triple-champion NBA ? Un certain Aron Baynes, déjà. De par sa stature et sa carrière, la voix de l’ex Bulls porte et compte. Ses interventions sont attentivement écoutées et sa capacité à fédérer est très appréciée par l’ensemble des joueurs et du staff. Le gaillard prendra également des garçons comme Thon Maker ou Isaac Humphries sous son aile… mais quelque chose ne va pas : les Boomers ne parviennent pas à gagner. Bien qu’ils réussissent à revenir en demi-finale des Jeux Olympiques à Rio en 2016, pour la première fois depuis 2000, c’est encore une fois en chocolat que sera leur médaille. Et ce ne sont pas les titres de champions d’Océanie qui rassasient les Australiens. Après un nouvel « échec » en 2019 lors de la Coupe du Monde où ils atteindront néanmoins pour la première fois les demi-finales pour – encore – terminer à la quatrième place, Luc Longley décide de « se sacrifier » en quittant le navire pour faciliter la transition de la sélection, un an avant la fin de son contrat. Le destin est donc d’autant plus cruel maintenant que l’on sait que les Boomers remporteront la première médaille de leur histoire aux JO de Tokyo en 2021, une victoire à laquelle un Luc très ému a malgré tout rendu hommage :

« C’est le point culminant de tous les basketteurs australiens et ce vers quoi nous nous dirigions année après année. Je suis tellement fier de chacun d’entre eux et du travail fait par le coaching staff, qui a réussi à former cette équipe dans un délai aussi court. Après la défaite contre les USA [en demi-finale, ndlr.] et ce vieux sentiment de « ça recommence », c’était juste génial, tellement bon. »

Mais alors que faisait Mister Longley tandis que la bande à Patty Mills réalisait l’un de ses rêves les plus fous ? Et bien l’ancien Bulls était en charge du département basket des Kings de… Sidney. Plus précisément « conseiller spécial » du club de NBL (National Basketball League, la première division australienne), ce dernier s’occupe notamment du recrutement des membres du staff, voire des joueurs. En fait, Luc a le droit d’intervenir partout, comme bon lui chante. Là-bas, il est carrément surnommé le « sensei ». Autant vous dire que ça ne moufte pas quand le bonhomme a quelque chose à dire. Pour l’anecdote, il côtoie régulièrement un certain Andrew Bogut qui, après y avoir terminé sa carrière de joueur, a récemment investi dans l’équipe. Reconduit à son poste cet été, il semblerait donc que notre ami puisse continuer son bout de chemin à Sidney où il explique se sentir bien dans son rôle. Dans un quasi-anonymat – il fait toujours 2m18 hein – pour tout ceux qui ne vivent pas en Australie, ce dernier a donc l’air d’avoir véritablement trouvé l’équilibre qu’il recherchait lorsqu’il mit fin à sa carrière, voilà déjà plus de deux décennies.

À seulement 53 ans, Luc Longley a encore de belles années devant lui. Joueur discret, assistant discret, conseiller discret, il n’est pas étonnant que nous puissions nous demander ce qu’il était devenu. Pourtant, si 31 joueurs Australiens ont à ce jour foulé les parquets NBA dont dix prévus pour 2022-23, c’est en grande partie grâce à l’espoir suscité par l’arrivée et le succès du pivot dans la Grande Ligue. Nous voilà donc parfaitement au courant de ce qu’il devient, et on est rassuré de voir que tout va pour le mieux.

Source texte : ESPN / sydneykings.com / The Daily Telegraph / The Sydney Morning Herald / Fox Sports / Basketball Reference

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