One-on-One

Andrew Wiggins : de « bust » chez les Wolves à membre crucial d’un candidat au titre, on appelle ça l’effet Warriors

Ce n’est plus le même homme.

Source image : YouTube

Pendant de nombreuses saisons, Andrew Wiggins représentait le visage de cette catégorie peu reluisante de joueurs sélectionnés en numéro 1 de la Draft mais incapables d’exploiter leur gros potentiel. Aujourd’hui, il est un membre crucial d’une équipe qui se retrouve à seulement une victoire des Finales NBA. Qu’est-ce qui a changé depuis pour Wiggs ? Le maillot qu’il possède sur ses épaules. La preuve ultime qu’un changement d’environnement peut parfois faire basculer la carrière d’un basketteur. 

« Ça m’aide à voir un nouvel aspect du basket. La culture, les gens, l’organisation. Plus important encore, être entouré de gagnants… C’est génial. » Voilà ce qu’Andrew Wiggins a répondu il y a quelques jours quand un journaliste de la Bay Area l’a interrogé sur l’effet qu’ont pu avoir les Warriors sur son évolution. C’était après le Game 1 de la série face aux Mavericks, dans lequel il avait brillé des deux côtés du terrain pour aider Golden State à décrocher une première victoire dans la série.

Depuis ? Il est monté encore plus haut, littéralement.

Auteur de 27 points, 11 rebonds et 3 passes décisives lors de la troisième manche à Dallas dimanche soir, celui qu’on surnommait un jour Maple Jordan fut l’un des grands artisans du nouveau succès de la bande à Stephen Curry, qui n’est aujourd’hui plus qu’à une victoire d’une sixième qualification en Finales NBA depuis 2015. Non seulement Andrew a sorti sa meilleure perf’ en Playoffs de toute sa carrière, mais en plus il a ponctué ça d’un énorme poster sur la tronche de la superstar Luka Doncic, contre qui il doit habituellement défendre. Un enchaînement d’événements qui est clairement dans la lignée de la belle campagne de Wiggins cette année. Avec ses 17,2 points de moyenne à plus de 39% de réussite du parking ainsi que son impact au sein de la troisième meilleure défense NBA en saison régulière, le numéro 1 de la Draft 2014 a décroché sa première nomination au All-Star Game, huit ans après son arrivée dans la Grande Ligue. Même s’il a un peu volé sa place de titulaire pour le match des étoiles (on ne va pas se mentir hein), il méritait d’être présent parmi les All-Stars et le prouve peut-être plus que jamais en ce moment.

Sans aucun doute, Andrew Wiggins représente l’une des belles histoires de la saison et surtout des Playoffs 2022. Il n’y a pas si longtemps de ça, il était limite considéré comme un bust pour son parcours avec les Wolves. Alors qu’on voyait en lui un futur phénomène à son arrivée en NBA, Andrew n’a jamais vraiment répondu aux attentes dans le Minnesota malgré quelques fulgurances par-ci par-là et des chiffres pas dégueu (pas loin des 20 points par match sur l’ensemble de sa carrière chez les Loups). Il symbolisait au contraire l’échec de la reconstruction des Wolves. Ne possédant pas les épaules pour être franchise player et incapable d’impacter positivement les résultats de son équipe, Wiggs était carrément devenu une punchline à lui seul. Quand on parlait des joueurs nettement surpayés dans la Ligue, c’est son nom qui revenait souvent en premier, lui qui avait décroché un contrat max de 148 millions de dollars sur cinq ans en octobre 2017 à Minneapolis. Gros contrat, joueur qui ne répond pas aux attentes, incapacité de se bouger pour véritablement aider l’équipe… bref tout ce qu’une franchise ne veut pas dans son organisation. Alors quand les Loups ont vu une ouverture avec Golden State, ils n’ont pas hésité longtemps. « Récupérer un ancien All-Star en D’Angelo Russell et l’associer à son copain Karl-Anthony Towns, tout ça en se débarrassant de Wiggins ? Vas-y on signe où ? »  Voilà ce que l’ancien boss des Wolves Gersson Rosas a dû se dire au moment de ce transfert à la trade deadline 2020. Minnesota voulait d’ailleurs tellement réaliser ce deal que les dirigeants ont même offert un pick de premier tour de draft quasiment pas protégé (Top-3 seulement) pour l’année 2021, ainsi qu’un second tour. Résultat ?

« Je pense que c’était l’un des meilleurs deals, si ce n’est le meilleur que nous avons pu faire. Et l’un des meilleurs que j’ai pu voir depuis très longtemps. »

Les mots du proprio des Warriors Joe Lacob parlent d’eux-mêmes. Et s’il en fait sans doute un peu trop, ils ont le mérite de montrer à quel point les Dubs ont réalisé une grosse affaire il y a deux ans. Car aujourd’hui, en plus d’avoir sélectionné Jonathan Kuminga à la dernière draft grâce au pick de Minnesota, ils possèdent donc en Wiggins un élément crucial du parcours actuel des Dubs en Playoffs. Et le succès de ce dernier dans sa nouvelle franchise représente la dernière preuve de la grandeur de la culture made in Golden State.

Draymond Green l’a très bien dit après la victoire du Game 3 à Dallas dimanche soir : « personne ne parle des franchises où évoluent certains gars, on dit que c’est toujours la faute du joueur ». Clairement, on ne souligne pas assez l’importance de l’environnement dans le succès ou le fail d’un joueur. Des mecs sélectionnés très haut dans la draft mais qui ne répondent pas aux attentes, on en connaît plein. Certains n’ont tout simplement pas les capacités pour devenir un vrai joueur d’impact dans la plus grande ligue du monde, d’autres sont plombés par des problèmes de blessures, et puis il y en a qui débarquent dans des franchises moisies qui n’arrivent pas à mettre leurs pépites dans les bonnes conditions pour réussir. Si Andrew Wiggins a évidemment une bonne part de responsabilité dans l’échec que représente son passage de six saisons et demie à Minneapolis, on ne peut pas dire que les Wolves étaient réputés pour leur capacité à bien développer leurs jeunes joueurs ou encore pour leur culture de franchise. C’est même tout le contraire. Regardez donc ce qu’ont donné leurs picks de draft sur les quinze dernières années, et surtout regardez bien leurs résultats (15 saisons négatives en 16 ans et seulement une qualification en Playoffs entre 2004 et 2021, c’était avec Wiggins en 2018). C’est moche.

Aujourd’hui, Wiggins évolue dans une franchise diamétralement opposée à ce que représentaient les Wolves sur la décennie précédente. Les Warriors ont un ADN de champion (trois titres NBA en cinq Finales disputées entre 2015 et 2019), ils possèdent un trio de Hall of Famers qui a tout connu avec Stephen Curry, Klay Thompson et Draymond Green, ils savent faire progresser leurs joueurs (coucou Jordan Poole), et ils ont surtout réussi à installer une culture de franchise et une culture du jeu qui leur permet de retrouver les sommets comme si de rien n’était après deux années sans Playoffs pour cause notamment de gros bobos. Traduction, c’est le jour et la nuit pour un joueur comme Wiggins, qui a besoin d’être très bien entouré pour maximiser son potentiel. Le rôle qu’il a pris en arrivant à Golden State, c’est un peu celui que possédait Harrison Barnes avant l’arrivée de Kevin Durant en 2016. Un rôle où on n’attend pas de miracle de sa part, un rôle où il doit avant tout assumer des tâches défensives et si possible planter du 3-points en profitant des espaces créés par les Splash Brothers de l’autre côté du parquet. C’est quelque chose qu’il a bien fait cette année mais qui lui a surtout permis de regagner en confiance pour ensuite devenir un véritable two-way player comme c’est le cas aujourd’hui. Les plus grosses missions dans la propre moitié de terrain des Warriors, elles sont souvent pour lui comme c’est le cas en ce moment même avec Luka Doncic. Et il assure très bien à ce niveau-là. Mais ce qu’on kiffe peut-être encore plus aujourd’hui, c’est la confiance avec laquelle il évolue, ses prises d’initiative en attaque et l’impact global qu’il possède sur le succès des Warriors. Qui a dit qu’Andrew Wiggins était un joueur qui faisait uniquement des stats dans le vide ?

Andrew Wiggins a toujours eu le talent et le potentiel pour être un très bon joueur NBA. Pas jusqu’à changer le destin d’une franchise comme peuvent le faire certains talents générationnels, mais jusqu’à devenir une pièce importante d’un candidat au titre s’il évolue dans un rôle adapté et avec la bonne équipe autour de lui. Il a trouvé tout ça chez les Warriors, qui ont eu le mérite de croire en sa capacité à intégrer le groupe pour y apporter ses belles qualités.

Et franchement, ça fait plaisir à voir.

Ça fait plaisir de voir qu’un joueur qu’on enterrait il n’y a pas si longtemps renaît de ses cendres pour tenter d’aller chercher un titre NBA. Ça fait plaisir aussi de voir qu’il existe encore des franchises en NBA où règne une certaine culture permettant ce genre de renaissance. L’exemple Wiggins, il témoigne non seulement du potentiel du joueur en question mais aussi de la grandeur de cette équipe de Golden State qui est tout simplement en train de relancer sa dynastie. Donc quelque part, Andrew est l’un des grands symboles du retour au premier plan des Warriors. Il a passé une saison et demi à apprendre le système mis en place par Steve Kerr dès son arrivée en 2014, il a pu regoûter à l’ambiance de la postseason l’année dernière à travers le play-in tournament (dans lequel il avait d’ailleurs plutôt brillé), et aujourd’hui il semble être arrivé à maturité à l’âge de 27 ans.

Si Andrew parvient à maintenir ce niveau pendant encore trois semaines, c’est tout simplement une nouvelle bannière de champion qui pourrait bien s’ajouter à côté de celles de 2015, 2017 et 2018.

Les Playoffs d’Andrew Wiggins montrent à quel point l’environnement dans lequel évolue un joueur est important dans l’épanouissement de ce dernier. Alors qu’on se demandait en début de saison si Wiggs allait pouvoir jouer cette année à cause de son statut vaccinal, il est aujourd’hui comme un poisson dans l’eau de la Baie et l’une des raisons principales du retour au top de Golden State. Si on nous avait dit ça il y a encore quelques mois…

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