Kings

DeMarcus Cousins sous le maillot des Kings, un fantôme qui plane au-dessus de Sac Town

DeMarcus Cousins

Indomptable.

source image : montage TrashTalk

On le saurait, si Twitter était vecteur de vérité, et pourtant la nouvelle photo de profil de DeMarcus Cousins nous a fait tant espérer. Un petit avatar, sa caricature, habillé d’une tunique violette au numéro 15 et portant un bandeau blanc, tout ce qui nous rappelle la belle époque de l’intérieur à Sac Town. Bon finalement, c’était juste un vieux partenariat pour de la cryptomonnaie, mais lequel… a eu le mérite de faire remonter quelques souvenirs. Maman, j’ai rencontré un monstre.

De 2010 à 2017, en étiez-vous ? Allumiez-vous le téléviseur pour profiter d’une domination aussi totale que solitaire ? A minima, regardiez-vous les matchs de votre équipe préférée quand celle-ci affrontait la sauvage Californie de DeMarcus ? Bon nombre de sismologues furent trompés par les coups d’épaule de DMC, avant de se rendre compte aux abords d’un Golden 1 Center flambant neuf que le seul séisme de forte magnitude présent dans la zone s’échouait contre les torses des Marcin Gortat, Joakim Noah et autre Dwight Howard. Certains malentendants auraient même retrouvé l’ouïe, de par un sifflement perçant, strident, venu réveiller des tympans endormis. Cette mélodie, à l’allure débattable, était en réalité une suite de coups de sifflets inquisiteurs des 113 fautes techniques décrochées par DeMarcus Cousins lors de ses sept années passés en Californie. Il avait du mal à la fermer cette bouche, mais tellement de facilité à ouvrir son vis-à-vis devant un public qui savait apprécier son volume intérieur. Capable d’envoyer sa main forte au tomar après un spin move pas moins vif que celui d’un ailier, il était un Hummer monté sur des roues de tricycle. Bien que ses cannes fines n’aient pu contenir le poids de son large buste toute sa carrière, il laisse aujourd’hui aux rues de Sacramento n’innombrables souvenirs de sa mobilité. L’armoire à trophées est vide, sans aucune trace de ticket pour la postseason, mais les mémoires sont encore pleines de highlights d’une violence rare. De par un tempérament parfois déviant, DeMarcus avait du mal à différencier énergie positive et frustration, laissant ainsi les officiels se charger de son cas. Dompter l’indomptable, un infernal bis repetita qui durant sept ans, a mêlé crispation, coups d’éclat, lassitude et sourires éphémères. Oui, Cousins fait partie de ces cas difficilement gérables. Il eut la malchance des effectifs, même si l’on garde cette impression que neuf fois sur dix, il referait la même carrière, celle d’une éclaircie dans les nuages.

« Vous pouvez le dire comme vous voulez : mauvaise attitude, immature. Vous pouvez dire : « C’est un voyou. », mais je suis juste un compétiteur. » – DeMarcus Cousins

N’est-ce pas légèrement présomptueux que de lâcher une citation à la Momo Ali sans jamais avoir dépassé la barre des 33 victoires avec sa franchise de cœur ? Loin de nous l’idée d’envoyer une mauvaise punch dans les dents de celui qui briserait aisément les nôtres d’une simple pichenette, simplement que cette sortie médiatique image parfaitement le chemin emprunté par DMC sous le maillot violet. En réalité, le terme de bulldozer semble davantage correspondre à la philosophie de jeu du quadruple All-Star, capable de se faire expulser face aux Blazers, puis de revenir ponctuer sa perf à 55 points et 14 rebonds en fin de rencontre. Le 21 décembre 2016, les arbitres l’avaient effectivement exclu pour avoir célébré un tir en crachant son embout buccal en direction du banc de Portland. Situation assez exceptionnelle, il fut ensuite autorisé à revenir sur le parquet une fois la sentence déjugée : « il n’a pas jeté son embout buccal, il est sorti de sa bouche », confiait l’officiel Brian Forte. La vidéo de l’action supposée est juste ICI, et de notre côté, la rédaction fixe la cote de « la sortie du protège-dent est un incident » à 4.80. M’enfin, il mange ce qu’on lui donne, roule sur les obstacles, s’énerve quand on l’énerve, mais se suffit simplement de faire le boulot – certes déjà exceptionnel – sans consacrer grande importance à la victoire. Il n’est qu’une énorme pièce d’un travail qui en demande au minimum deux, forçant nos esprits à conjecturer une incroyable réussite s’il avait rencontré son âme sœur.

Symptomatique d’une carrière tout aussi dorée que dénuée de succès, DeMarcus a enchaîné les prestations de soliste XXL, devenant par ailleurs le premier joueur à caler un 40/20/10 depuis Kareem Abdul-Jabbar en 1972. Avec 44 points, 24 rebonds et 10 assists sur des Taureaux qu’il n’a pas eu peur de prendre par les cornes, l’indomptable a donc brisé les portes de ce club très fermé en rejoignant Wilt Chamberlain, Oscar Robertson, Elgin Baylor et donc, Kareem Abdul-Jabbar. Bon, cette sortie historique remonte au 22 janvier 2018 et concernait le DeMarcus version Pelicans. Ceci étant, elle s’inscrit dans la parfaite continuité de ce qu’il entreprenait à Sac Town, lui qui avait déjà posé deux matchs en 20/20/10 : l’un contre New Orleans, justement, puis une seconde sauvagerie face aux Rockets de James Harden. Poser 24 pions, 21 rebonds, 10 assists, 6 blocks et 3 interceptions pour finalement s’incliner devant les 51 points d’El Barbudo, c’est là toute l’histoire de la carrière de DeMarcus. À ce moment précis, il devenait d’ailleurs le quatrième joueur de l’histoire à lâcher un 20/20/10/5 sur un parquet NBA, checkant une fois encore Kareem mais aussi Chris Webber et Tim Duncan. Il a beau avoir régalé les fans tout au long de sa carrière, rien n’est plus frustrant que de voir Boogie siéger constamment aux côtés de pensionnaires du Hall of Fame. Eh oui, capable du meilleur, mais dans le vent.

Son meilleur exercice ? Vraisemblablement son dernier en Californie. Sur 65 rencontres, DeMarcus topait des moyennes de 26,9 points, 11,5 rebonds, 3,3 assists, 1,6 interception et 1,4 contre à 45% au tir, dont 33% depuis une zone qu’il apprenait tout juste à maitriser. En sous-marin, il s’est bien adapté à l’évolution du jeu NBA en développant un tir extérieur plutôt fiable, faisant passer le messages aux autres ours de la Grande Ligue. C’est alors qu’un garçon comme Jonas Valanciunas a commencé à en prendre quelques-uns, que la nouvelle génération des Karl-Anthony Towns et Joel Embiid a pris le moule, que Rudy Gobert a lui aus… bref ça dégaine de partout quoi. Mais alors, avec son jeu vanté depuis la première ligne de ce papier, pour quelle raison DMC n’a-t-il jamais réussi à emmener ses partenaires vers, non pas le sommet, mais simplement le milieu de tableau ? Comme disait Marcelo Bielsa : « le pied sent le vestiaire », sous-entendant que chaque problème extra-sportif impacte négativement les résultats de l’équipe. Si le petit tacticien de Rosario n’a jamais dit ça, ce mytho journalistique a suffi à votre esprit pour comprendre que le malaise Cousins est bien plus profond qu’une perte de balle au poste. Une embrouille avec Georges Karl – entraîneur de Sacramento lors de la saison 2015-16 – parce que ce dernier n’avait pas assez contesté les décisions arbitrales, exemple typique de ce pourquoi le torchon brûlait constamment entre Boogie et les Kings. Les deux bonshommes ne se sont jamais trop appréciés d’ailleurs, en témoigne ce petit lien vers un tweet sidérant, faisant presque oublier que l’un fut le coach de l’autre. Et puis, que dire des problèmes de DeMarcus avec les journalistes, puisqu’il ne doit y avoir qu’Éric Micoud et Anne-So Lapix qui ne se sont pas encore fait menacer par l’intérieur. On se souvient d’une petite scène taillée règlement de compte entre le joueur, torse nu, et Andy Furillo, journaliste pour un quotidien de Sacramento. Le gratteur de papier avait fait l’erreur de mentionner le frère de DMC dans l’un de ses articles, des mots qui avaient malheureusement touché leur cible et provoqué l’ire de Cousins. Ces petites mésaventures, cette addition de clash, de fautes techniques qui – au fil du temps – devenaient de plus en plus lourdes de sens, tout cela a finalement acté le divorce entre DeMarcus et la franchise californienne. Plus tard, il a même avoué avoir regretté de ne pas s’être tiré plus tôt.

« Mon plus grand regret est… pourquoi je ne suis pas parti lorsque je le pouvais ? J’ai eu une chance, je l’ai repoussée. Mes représentants me disaient que je ne devais pas rester. Mais le fait d’être, je pense qu’on peut dire, têtu et « loyal » (en faisant des guillemets avec ses doigts, ndlr), je voulais faire en sorte que cela fonctionne (à Sacramento, ndlr). » – DeMarcus Cousins

Des paroles dures, un caractère qui peine à ignorer, à passer l’éponge, mais une aptitude de folie au basket-ball. On retiendra qu’il est l’un des tous meilleurs joueurs ayant dribblé sous le maillot violet, qu’il fut le pivot numéro uno sur quelques saisons, et surtout que Ronnie 2K – qui se croyait offstream – l’a insulté parce que l’intérieur n’avait pas reçu son Elgato pour filmer un match 2K lors d’un tournoi. On laisse la vidéo, afin de clore une histoire, qui mérite de rester sur un sourire.

Le roi sans couronne, la soupe sans emmental, les céréales sans lait, DeMarcus laisse à nos esprits un souvenir en demi-teinte. Satisfaits d’avoir profité de ses facilités, on ne peut que regretter cette fin d’aventure à Sac Town, terminée dans le conflit. Est-il une légende de la franchise ? Oui. Mérite-t-il un qualificatif différent des autres scoreurs lambdas ? Pas forcément, et c’est bien dommage.

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