Old-School

NBA et justice sociale, une histoire qui date : Craig Hodges avait essayé en 1991… mais sans être entendu

Craig Hodges

Craig Hodges avait vu, avant les autres.

Source image : Youtube/TNT

On a donc vécu une nuit totalement historique hier, à partir du moment où les Milwaukee Bucks ont décidé de ne pas sortir du vestiaire pour jouer leur match contre Orlando afin de montrer leur soutien à ceux qui se battent pour plus de justice sociale. Une initiative marquante dans l’histoire de la Ligue, d’autant plus que d’autres avaient déjà tenté par le passé, pour des revendications similaires, de mener ce genre d’actions… mais sans pour autant pouvoir aller jusqu’au bout. C’est le cas de Craig Hodges, qui s’est heurté en 1991 à une époque où la parole n’était pas aussi déliée que maintenant. Allez, histoire.

La carrière de Craig Hodges n’est, sur le papier, pas exceptionnelle. Elle est celle d’un role player très habile derrière l’arc, habitué des 3-Point Contests et des punchlines de Larry Bird, un joueur comme on en a vu des centaines d’autres, et pourtant… Craig aurait pu changer beaucoup de choses.

Replaçons nous dans le contexte. Nous sommes en 1991, à l’abord des Finales NBA entre les Bulls de Michael Jordan et les Lakers de Magic Johnson. Deux énormes marchés s’affrontent, la crème de la crème version basket mais également business, et Craig Hodges, joueur de Chicago à l’époque, y voit alors une occasion de frapper un grand coup médiatique en proposant de… boycotter le premier match des Finales. Pourquoi ? Car, en 1991 comme en 2020, les États-Unis sont plongés dans une tempête médiatique autour d’une bavure policière. Quelques mois avant les Finales, un homme noir, Rodney King, est passé à tabac par plusieurs policiers de Los Angeles lors d’un contrôle qui a dégénéré, et, chose rare à l’époque, la scène est filmée. La vidéo suscite, comme en 2020 pour George Floyd et Jacob Blake, l’indignation de beaucoup. Dont Craig Hodges, qui expliquera plus tard vouloir aussi protester contre le manque de représentation des Afro-Américains aux postes à responsabilités au sein de la NBA.

L’arrière des Bulls propose donc directement à Michael Jordan et Magic Johnson de boycotter le Game 1 des Finales afin de lutter à leur manière contre les injustices sociales. Mais les réponses des deux intéressés ne sont pas celles que Hodges attendait. Jordan lui répond qu’il est « fou », et Magic estime alors que ce serait une action « un peu trop extrême ». Sans le soutien des deux figures les plus médiatiques de la NBA à l’époque, Craig ne peut pas mener à bien son projet, et les Finales, remportées 4-1 par les Bulls, se joueront finalement le plus normalement du monde. Car l’époque n’était pas la même, car les langues n’étaient pas dénouées comme elles peuvent l’être aujourd’hui. Pour preuve, si la NBA de 2020 a tenu à soutenir l’initiative des Bucks, impossible de dire comment la NBA de 1991 aurait réagi publiquement en cas de boycott. La seule chose qui est sûre, c’est que la carrière NBA de Craig Hodges s’est arrêtée en 1992, après des prises de positions marquées pour la cause noire aux USA, notamment lors de la cérémonie traditionnelle des champions NBA à la Maison-Blanche… Un triple vainqueur du concours à trois-points et double-champion NBA qui se retrouve sans contrat du jour au lendemain ? On peut allègrement se poser des questions.

Deux époques, deux ambiances, mais quelque part la voix de Craig Hodges a fini par se faire entendre. Des années après, certes, peut-être même sans le savoir ou s’en rendre compte, mais les joueurs de Milwaukee ont mis en application ce qu’il avait imaginé il y trente ans, et l’intéressé a d’ailleurs pu donner son avis sur les événements de la nuit dernière, via NBC Sports Chicago :

« Je pense que les joueurs ont atteint un certain niveau de maturité aujourd’hui. Ils comprennent l’impact qu’ils peuvent avoir sur leur différentes plateformes pour éveiller les consciences pas seulement aux États-Unis, mais aussi dans le monde entier. Mes jeunes frères ont vu la lumière de l’oppression, et ils veulent faire partie des solutions. »

Craig Hodges l’avait dit en 1991, les Bucks l’ont fait en 2020. 29 ans d’écart mais une lutte identique contre les violences policières et l’injustice sociale, Craig Hodges peut être fier de ses héritiers.

Source texte : NBC Sports Chicago, Chicago Tribune, The Charlotte Observer

1 Comment

1 Comment

  1. Véro

    27 août 2020 à 15 h 53 min at 15 h 53 min

    Presque 30 années ont passé. 30 années, peut-être perdues sur le changement de mentalité qu’auraient pu initier un Jordan ou un Magic à l’époque.
    … mais les circonstances et les conditions n’étaient pas les mêmes, comme dit dans l’article (très bon d’ailleurs, merci !).
    Presque 30 ans en tout cas depuis l’affaire Rodney King et encore tellement de problèmes pour les Afro-Américains aux Etats-Unis…
    Peut-être que les joueurs et les Afro-Américains ayant de la visibilité en général doivent en effet arrêter d’être dociles et politiquement correctes, peu importe ce qu’il en coûte. Tant pis pour nous, fans de basket. Le plus important est que nous puissions nous élever en tant que société, et la rendre plus juste pour tous.
    Je ne veux pas qu’on reparle de la période que nous vivons aujourd’hui dans 30 ans comme d’un nouvel acte manqué…

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


To Top