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All-Star Game 1964, focus sur la première grève de l’histoire de la NBA : pas les mêmes tenants, mais un sacré aboutissant

1964 27 août 2020

La première et dernière grève en NBA date de… 56 ans.

Source image : Youtube

Après une nuit inédite et historique pour le sport américain, on ouvre nos bouquins d’histoire pour un voyage temporel dans l’histoire de la NBA. Nous sommes en 1964, la ligue n’a alors rien à voir avec ce que l’on connait aujourd’hui, et ses meilleurs joueurs menacent alors de boycotter le premier All-Star Game télévisé de l’histoire pour améliorer leurs conditions de travail et leur statut. Retour sur cette grève historique.

Hier soir, vers 22h, on apprenait la décision des Bucks de ne pas jouer le Game 5 de leur premier tour, en réponse aux violences policières et notamment à l’affaire Jacob Blake. Une décision forte, suivie rapidement par les autres équipes de la ligue qui devaient jouer cette nuit-là. La grève est alors officielle et le futur de la saison est en suspens. Si cette décision prise par les joueurs fait depuis hier le tour des médias, c’est aussi parce que c’est un événement  très rare dans l’histoire du sport américain. En NBA, il n’y ainsi à ce jour qu’un cas de grève connu, une grève qui a duré… deux heures, et c’était il y à presque 60 ans.

Retour en 1964 donc. Nous sommes à Boston, la NBA n’est encore qu’une petite ligue de neuf équipes qui ne passionne pas vraiment les foules dans tout le pays malgré – déjà – d’immenses stars sur les parquets. Mais dans le Massachusetts ce jour-là, c’est soir de fête et plus de 13 000 personnes sont attendues au Boston Garden. Au programme, un match de gala avec l’équipe des Celtics de 1946-47 au complet avant le plat de résistance : un All-Star Game de très haut niveau. Wilt Chamberlain, Bill Russell, Oscar Robertson, Jerry West, Bob Pettit, Elgin Baylor, Walt Bellamy et d’autres, bref, un beau rassemblement de futures légendes qui attire les caméras de télévision. La chaîne ABC, qui commence à peine à couvrir la NBA, s’apprête à diffuser pour la première fois un All-Star Game, en prime time qui plus est. Pour une ligue encore relativement instable financièrement, l’opportunité est immense. A l’époque, la NBA n’a rien à voir avec celle aujourd’hui. Le salaire minimum est de 7 500 dollars par saison, la grande majorité des joueurs doit se réorienter une fois leur carrière NBA terminée et certains ont même… un job d’été. Les joueurs enchaînent les back-to-back avec parfois des matchs le samedi soir puis le dimanche après-midi. Plusieurs fois pendant cette saison 1963-64, les joueurs ont d’ailleurs tenté de se faire entendre lors de réunions organisées avec le commissionnaire de l’époque Walter Kennedy, sans succès. La grève apparaît donc comme l’ultime solution pour des joueurs qui ont le sentiment d’être ignorés par la ligue et les propriétaires, détenteurs absolus du pouvoir à l’époque.

Retour au Boston Garden, et le journaliste David Halberstam assiste alors à un moment décisif dans l’histoire de la NBA. A quelques heures du tip-off de ce quatorzième All-Star Game de l’histoire, les vingt joueurs présents dans le vestiaire votent… pour entamer une grève : 11 voix contre 9. Les avis sont partagés et le débat continue. Les All-Stars préférant jouer le match sont sur le point de convaincre la rébellion d’abandonner, mais dans les couloirs du Boston Garden la tension monte, ABC menace de mettre fin à un contrat de 4 millions de dollars sur 5 ans et les propriétaires perdent patience jusqu’à commettre une grave erreur. Bob Short, alors propriétaires des Lakers, menace ses deux All-Stars Elgin Baylor et Jerry West :

« Si vous ne jouez pas ce match, vous ne jouerez sans doute plus jamais ».

Rassurez-vous, rien de tout ça n’arrivera, et l’un d’entre eux est même devenu le logo de la ligue par la suite, un vrai symbole. De son côté, Red Auerbach, GM et coach historique des Celtics qui devait coacher la conférence Est ce soir-là, s’en prend à son ailier Tom Heinsohn. Confronté à ce manque de respect et de soutien, la totalité des joueurs s’accorde pour refuser de jouer et le fait savoir aux hautes instances de la ligue. Le temps est compté, ABC s’apprête à ranger ses caméras et le commissionnaire Walter Kennedy ne peut accepter de gâcher cette opportunité de diffusion à grande échelle. À quelques minutes du début de la rencontre, il finit par accéder à la requête principale des All-Stars grévistes et s’engage à mettre en place un plan de retraite pour les joueurs, le premier de l’histoire du sport américain. Le match aura finalement lieu avec quelques minutes de retard, mais l’important est ailleurs, cette grève de deux heures a eu des répercussions majeures sur le rôle des joueurs, le partage du pouvoir, et le développement de la ligue dans son ensemble. Historique.

Si la grève de 1964 n’a pas grand chose à voir avec celle qui touche actuellement la NBA, elle a eu un rôle d’instigateur dans la prise de pouvoir par les joueurs. Aujourd’hui, la ligue et ses propriétaires n’ont ainsi pas d’autres choix que de se ranger derrière les joueurs dans cette lutte contre l’injustice sociale, et c’est sans doute un peu grâce à ces pionniers.

Source texte : Los Angeles Times

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