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Zoom « The Last Dance » – Scottie Pippen criminellement sous-payé : quand le contrat de Pip a foutu le bordel chez les Bulls

Sixième joueur le mieux payé chez les Bulls en 1997-98, 122è en NBA. Y’a un souci non ?

Source image : YouTube/ESPN

À travers la sortie de deux épisodes de « The Last Dance » tous les lundis jusqu’au 18 mai prochain, on va bouffer du taureau pendant un mois, et découvrir – ou redécouvrir – de nombreuses anecdotes ainsi que des histoires concernant les Bulls de Michael Jordan. Alors en plus du débrief dédié à chaque épisode, on a décidé de faire un zoom sur certains passages de ce docu-série qui nous paraissent particulièrement intéressants. Allez, on attaque.

Faisant partie des grands thèmes du deuxième épisode de « The Last Dance », le salaire WTF de Scottie Pippen et les rumeurs de transfert entourant le fidèle lieutenant de Michael Jordan sont particulièrement mis en avant, tout comme les tensions entre Pip et le management des Bulls. Retour sur cette situation qui a fortement perturbé le début de saison des Taureaux en 1997-98.

# Sixième salaire des Bulls, 122è salaire NBA

Habitués aux salaires mirobolants des joueurs NBA actuels, on a recraché notre café quand on a vu celui de Scottie Pippen lors de la saison 1997-98. Véritable bras droit de Jordan durant la dynastie Bulls et monstre de polyvalence, il n’était pourtant que le sixième joueur le mieux payé de Chicago à l’époque avec un salaire d’environ 2,8 millions de dollars. What ?!? Oui, sixième seulement, et 122è dans toute la NBA. Ça ressemble à une blague, mais c’était bien la réalité, lui qui était dans la dernière année d’une extension de contrat de 18 millions signée lors des Finales NBA 1991.

Vous vous demandez sûrement pourquoi il a accepté un tel contrat, surtout que le proprio Jerry Reinsdorf lui-même avait conseillé à Pip de ne pas le signer. Well, disons que Pippen voulait de la sécurité sur le long terme, par peur notamment des blessures, mais pas seulement.

« Je ne pouvais pas me permettre de prendre des risques. J’aurais pu me blesser et ne pas aider ma famille. Je devais m’assurer de pouvoir subvenir aux besoins de ma famille. »

– Scottie Pippen

Issu d’une famille de 12 gamins, Pippen a vu son père être victime d’un AVC quand il était gosse, et l’un de ses grands frères fut paralysé après un accident en cours d’éducation physique au lycée. Deux membres de sa famille en fauteuil roulant, ça fait quand même réfléchir. Si on se met à sa place, on peut comprendre sa volonté de sécuriser le maximum de billets verts, surtout à une époque où le salary cap était seulement dans les 12 millions de dollars et bien moins encadré en comparaison à aujourd’hui. On peut comprendre aussi sa peur des blessures car il a vu, à travers son histoire familiale, à quel point tout pouvait basculer en une fraction de seconde.

# « Je ne vais pas foutre mon été en l’air »

Au début de son deal, Scottie était plutôt payé à sa juste valeur, mais ça n’a pas duré. Plus on avançait dans les années, plus la NBA gagnait en popularité, plus le contrat de Pippen devenait insensé. Les revenus de la Grande Ligue ont explosé grâce en grande partie aux Bulls de Michael Jordan, et les salaires des joueurs ont logiquement grimpé alors que celui de Scottie Pippen est resté basé sur son contrat à long terme signé au début des nineties. Autrement dit, ce deal était périmé par rapport à la nouvelle économie de la NBA. Ces dernières années, on a vu des superstars prendre des contrats courts afin de maximiser leurs revenus, profitant notamment de la hausse du salary cap. Pippen a fait tout l’inverse pour les raisons expliquées plus haut, et le management des Bulls était fermé à double tour à l’idée de renégocier son contrat. Alors évidemment, à force d’être criminellement sous-payé, la frustration est montée chez Scottie, jusqu’à atteindre le point culminant au début de la saison 1997-98.

« Je ne vais pas foutre mon été en l’air. »

C’est l’une des phrases marquantes du deuxième épisode. Touché à la cheville, Scottie Pippen a décidé de kiffer son été pour finalement se faire opérer début octobre, juste avant le début de la saison. Par dépit mais aussi par volonté de mettre la pression sur le front office des Bulls, Scottie a mis l’équipe au second plan pour penser avant tout à lui. Si le coach Phil Jackson et la plupart des joueurs de Chicago n’en voulaient pas à Pippen si l’on en croit les propos de Steve Kerr à ESPN, Michael Jordan – payé 33 millions à l’époque – n’était pas vraiment ravi par rapport à cette situation, même s’il était prêt pour le challenge.

« Scottie avait tord. Il aurait pu se faire opérer dès la fin de la saison afin d’être prêt pour la saison suivante. Il voulait forcer le management des Bulls à changer son contrat, mais Jerry [Reinsdorf, ndlr.] n’était pas prêt à faire ça. »

Résultat, il faudra attendre le début d’année 1998 pour revoir Pip sur les parquets. Durant son absence, marquée par des grosses tensions entre Pippen et Jerry Krause ainsi qu’une demande de transfert du premier, les Bulls étaient bien moins redoutables que d’habitude, remportant « seulement » 12 de leurs 20 premiers matchs. La preuve encore une fois de son importance au sein de l’équipe.

# « Une dynastie est basée sur des mauvais contrats »

« Les deux plus grandes équipes de l’histoire de la NBA sont basées sur des mauvais contrats ». Cette phrase est signée Draymond Green, membre des Warriors qui ont remporté trois titres en cinq Finales entre 2015 et 2019. Sur Uninterrupted il y a quelques jours, Draymond a effectivement comparé le deal de Scottie Pippen avec celui de Stephen Curry, prolongé par Golden State pour quatre ans et 44 millions de dollars en 2012 (contrat valable jusqu’à la saison 2016-17). Si les salaires de 2012 et 1991 n’ont évidemment rien à voir étant donné la différence en matière de salary cap, le point commun entre les deux joueurs, c’est qu’ils étaient largement sous-payés par rapport à leur énorme impact dans les victoires de leur équipe respective.

Quand vous avez de telles stars qui – peu importe les raisons – ne touchent pas l’argent qu’elles méritent par rapport à leur production pure, ça laisse forcément de la marge de manœuvre pour mieux construire autour. Par exemple, sans le contrat de Stephen Curry, les Warriors n’auraient jamais pu recruter Kevin Durant en 2016, même si la signature de KD a aussi été rendue possible par l’explosion du salary cap cette année-là. Dans le cas des Bulls, si Scottie Pippen avait été payé à sa juste valeur, le supporting cast autour de lui et Jordan n’aurait sans doute pas été le même, le deal de Pip aidant notamment Chicago à recruter Toni Kukoc en 1993.

Les deux premiers épisodes dans la boîte, on se retrouve la semaine prochaine pour de nouveaux débriefs et de nouveaux papiers zoom afin de revenir sur les grands tournants de la dynastie Bulls de Michael Jordan. En attendant, portez-vous bien, une semaine ça passe vite.

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