Old-School

Comment Kawhi Leonard a vengé Vince Carter 18 ans après : Marcel Arceau n’a pas toujours souri aux Raptors en Game 7

La rivalité entre les Sixers et les Raptors ne date pas d’hier. En 2001, Vince Carter avait failli devenir le héros de la série en offrant la qualification à son équipe sur un plateau d’argent avec un tir au buzzer du Game 7 mais le cercle en avait décidé autrement. Cette année, Kawhi Leonard s’est occupé d’inverser le karma, bien aidé par Marcel Arceau. Parfois, l’histoire est quand même troublante.

Alors qu’on se remet tout doucement de ce moment all-time qui nous a été délivré par The Klaw la nuit dernière, les Canadiens ont dû passer une nuit particulièrement paisible. Après l’adrénaline arrive vite l’heure de l’analyse et des rapprochements plus ou moins foireux mais celui-ci est tout ce qu’il y a de plus accurate quand il s’agit de remonter les différents affrontements entre les deux franchises en Playoffs. Nous sommes en 2001 et les Raptors disputent alors la sixième saison de leur histoire. Pour la deuxième année consécutive, les Dinos obtiennent le droit de prolonger leur campagne après la régulière grâce à leur cinquième place à l’Est avec un bilan de 47 victoires pour 35 défaites. Au premier tour, ce sont les Knicks de Latrell Sprewell, Allan Houston et Marcus Camby qui les attendent de pied ferme avec pour objectif de retourner en Finale de Conférence. A l’époque, le premier des quatre tours de Playoffs se dispute au meilleur des cinq manches et ce sont finalement les étrangers de la NBA qui s’imposent au terme d’un Game 5 tendu marqué par la grosse performance de Vince Carter. On ne peut pas vraiment parler d’upset avec une seule victoire d’écart en saison régulière mais le premier succès de Toronto sur une série de postseason reste un moment marquant de son histoire, surtout après le sweep infligé par les Knickerbockers l’année précédente. Avant même de croiser le fer avec les Sixers d’Allen Iverson, l’exercice 2000-01 des Raptors est déjà un succès et tout ce qui suivra ne sera pris que comme du bonus par les Canadiens. Sauf que quand on voit l’issue de cette série, les hommes de Lenny Wilkens sont quand même en droit de nourrir quelques regrets.

Cette fois, les Dinos sont clairement les outsiders. Non seulement ils ne disposent toujours pas de l’avantage du terrain dans cette série en sept mais ils ont déjà laissé des forces dans la bataille au tour précédent alors que Philadelphie, leader de sa Conférence, se défaisait sans trop de souci de l’obstacle des Pacers en quatre manches. Mais il faut croire que trop se reposer n’est pas toujours bénéfique car c’est bien Toronto qui ouvre les compteurs dans cette série en venant s’imposer dès la première rencontre au First Union Center. La logique est rétablie dès le match suivant mais les Canadiens vont remettre le doute dans la tête du first seed avec un blowout à domicile lors du Game 3. Sereine, la bande du MVP revient et prend même un avantage de 3-2 qui met T.dot dans une situation inconfortable. Mais Vince Carter refuse de partir en vacances et force un Game 7 décisif en Pennsylvanie avec ses 39 points contre l’une des meilleures défenses du pays. Pourquoi se dépêcher quand on peut prendre son temps ? C’est donc le douzième match sur les douze possibles jusqu’à ce stade de la compétition pour Toronto qui a déjà remporté un match couperet à l’extérieur dans ces Playoffs. Mais la mission est encore plus ardue cette fois-ci avec un adversaire plus réputé et largement favori qui compte dans ses rangs un futur Hall of Famer capable de prendre feu sur une rencontre comme celle-ci.

La partie ne commence pas comme prévu et les locaux prennent vite les devants mais la bonne nouvelle c’est que The Answer ne semble pas trouver ses marques offensivement et doit se concentrer sur le playmaking. Petit à petit, les Raptors refont leur retard grâce à une grosse défense et à l’impact d’Antonio Davis dans la peinture (23 points et 9 rebonds à 11/15 au tir). C’est le scénario du hold-up parfait qui se profile à l’horizon et toute la nation du grand nord se met soudainement à rêver d’un duel avec… Milwaukee pour se disputer une place en Finales NBA au tour suivant. En tout, Toronto n’a mené au score que 109 secondes dans la partie mais en ratant leurs cinq derniers tirs du match, les Sixers offrent la balle de match à leurs invités avec 3,6 secondes à jouer en sortie de temps-mort et un tableau d’affichage indiquant 88 à 87 pour Philly. Aaron McKie donne la faute qu’il avait à donner et il ne reste plus que deux secondes au chrono lorsque Lenny Wilkens prend son dernier temps-mort. La stratégie est claire pour les noirs et mauves, trouver Vince Carter en demandant un miracle du héros national à la sirène. Dell Curry est à la remise en jeu et trouve l’homme au bandeau qui arrive à se défaire du marquage de McKie et de Tyronn Hill pour prendre un jump shot à sept mètres sur le gong… finalement trop long. Toute la cité de l’amour fraternel explose et les Canadiens filent aux vestiaires la tête baisse avec le sentiment d’être passé à quelques millimètres de l’exploit.

Inconsciemment, cette frustration était restée dans les esprits des fans depuis 18 ans. Comment s’empêcher de se demander ce qu’il se serait passé si ce tir était tombé dedans. Les Bucks avaient l’air prenables et Toronto aurait pu vivre ses premières Finales NBA en engrangeant toute la confiance et l’expérience qui vont avec. Un what if éternel qui fera désormais un petit peu moins mal à la tête lorsque les fans des Raptors y repenseront. Hier soir, Kawhi Leonard a vengé sa franchise face à ces mêmes Sixers, également en demi-finale de Conférence. Clin d’œil du destin, c’est après quatre rebonds sur le cercle que la gonfle a enfin traversé les filets, scellant la qualification nordique. Ce tir, c’est un peu le miroir de celui de Vince Carter, une majorité plus tôt. Et comme l’histoire fait bien les choses, les Dinos retrouveront Milwaukee en FDC pour gagner le droit de disputer les Finales NBA. Même stade de la compétition, même adversaires et même scénario cette fois avec la collaboration de l’arceau. Finalement, cette action c’est peut-être le moyen de connaître la réponse à un what if vieux de 18 ans. Une chance inespérée de réécrire l’histoire pour ne plus rester tourné vers le passé. En gros, le rêve de n’importe quel fan de NBA.

Simple coïncidence ou vrai signe du destin ? Toujours est-il que Kawhi Leonard a réconcilié tout un pays avec les cercles et ce n’était pas chose facile. Désormais tournés vers les Finales de Conférence, les Raptors savent qu’ils ont le soutien de leurs prédécesseurs. Pour savoir jusqu’où la réussite de Vince Carter aurait pu les mener… en 2001.

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