One-on-One

Les « Presque Connus » : Mel Gibson, ou comment les Lakers ont recruté à Hollywood

Mel Gibson

Les discours à la Braveheart sur les temps-morts.

Source Image : Vimeo

Nouvelle rubrique sur TrashTalk, on s’intéresse désormais aux « presque connus », ceux qui sont passés à une voyelle d’une carrière de Hall of Famer. Pas encore de LePron James ou de Kobite Bryant, mais les histoires que vous allez lire sont tout aussi croustillantes. Allez, let’s go.

On vous a déjà présenté des joueurs aux noms similaires, des légendes et des inconnus qui n’avaient guère en commun que ces homonymes et un amour inconditionnel du basket. Même si cet amour semblait parfois peu réciproque. Mais cette fois-ci, on a plongé dans les archives, on a creusé l’histoire de la NBA pour vous trouver un spécimen nouveau. Difficile de croire tout de suite à une telle trouvaille et pourtant, quand on connait les ponts qui ont et continuent d’exister entre basket et cinéma (coucou à toi jeune embryon de Space Jam 2), on se dit un « pourquoi pas » désormais habituel. Allez hop, c’est reparti comme en 40, année de naissance de notre nouveau « Presque Connu » : le grand Mel Gibson.

On est assez fier de vous présenter le premier Hall of Famer de cette série. Un Hall of Famer d’un genre particulier, régional en fait, de la ville de Wilmington (Caroline du Nord) pour être plus précis. Mais ça compte. Car Mel Gibson fait partie de ces légendes locales, ces talents du coin de la rue, ceux que tout le monde connaissait dans la région et dont grand-père raconte encore les exploits passés. Vous savez, ce mec du patelin d’à côté, croisé une fois en cadet et qui est parti faire un stage aux US, celui-là même que vous vendrez à votre fils comme un immense espoir gâché par une blessure et la malchance. Sauf que Melvin (de son nom complet), lui, est tout de même un peu plus sérieux. Parce qu’à la toute fin des années 50 et au début des années 60, alors que le vrai Mel Gibson est plus près du petit Jordy que de Mad Max, un jeune guard de 1m90 pour 81kg épate les observateurs de Caroline du Nord, notamment par ses capacités au scoring. Le natif de Cordova est avant tout un passionné de sport : durant son année senoir au lycée de Rockingham, il restera un invaincu au saut en hauteur, saut en longueur et sur le 100 yards. Mais c’est bien la balle orange qui l’attire le plus, qui le fait remarquer et qui remplit doucement son armoire à récompenses : capitaine et MVP de son équipe, All-Country, All-Conference et All-State. Et vous la ramenez avec les Oscars de l’autre ? Ouais bon, vous avez raison. Mais notre Mel Gibson ne s’arrête pas là et intègre l’Université Western Carolina. Quatre ans en tant que starter, deux dernières années à 20,7 points de moyenne par match et un record de points de la fac tout proche lui offriront plus tard l’honneur d’avoir son maillot retiré dans cette fac. On a vu plus laborieux comme départ.

Comme Max, il est né avec un accélérateur collé au pied. Et heureusement pour lui parce que, sinon, on a du mal à imaginer comment il aurait pu suivre le rythme de ces mois d’avril et de mai 1963. La saison universitaire à peine terminée, Mel s’envole pour Sao Paulo. Pas pour la plage, les filles ou le springbreak mais pour représenter Team USA dans les Jeux Panaméricains de 1963 qui se tiennent du 20 avril au 5 mai. Se battre avec ses voisins pour la suprématie de sa nation ? Mel Gibson se la joue déjà Braveheart, les cocotiers et les bikinis en plus. Ok, enlevez immédiatement cette image de William Wallace de mon esprit ! En tout cas, pendant que Melvin s’occupe de fracasser les barbares à Sao Paulo, il rate un petit événement de sa vie : le Draft 1963 qui l’envoie en 17ème position à… Los Angeles. Attendez, vous voulez dire que Mel Gibson a joué dans la cité des anges, à deux pas des plus grands studio, avant qu’un autre Mel Gibson ne joue réellement, au cinéma cette fois, à Hollywood ? Franchement, ce ne sont plus des clins d’œil du destin à ce niveau-là, c’est ton oncle bourré au repas de famille qui explique sa vanne graveleuse avec de grands clignements et la langue tirée ! Bref, vous trouvez peut-être que la période a été assez chargée pour le jeune arrière de 23 ans… Bande de petits joueurs : du 12 au 25 mai 1963, Mel Gibson retourne au Brésil pour disputer les Championnats du Monde 1963. Là-bas, il affiche une moyenne de 5,8 points par match en 9 rencontres, parmi lesquelles une large victoire contre la France : il faut dire qu’entre février et mars 1963, on s’est tapé la naissance de Laurent Ruquier, Cathy Guetta et Lolo Ferrari, alors honnêtement, on avait des problèmes bien plus graves à gérer. Finalement, Team USA ne finira que 4ème avec un bilan de 6 victoires pour 3 défaites contre le Brésil, la Yougoslavie et l’URSS. Un an après la crise des missiles cubains, on peut imaginer que l’ambiance n’était guère froide. Vous l’avez ?

Retour au bercail et débuts à Los Angeles. L’année précédente, lors de la saison 1962-63, les Lakers ont échoué en Finales contre les Boston Celtics d’un Billou à 20 points et 26 rebonds de moyenne sur la série. C’est dur mais c’est arrivé à d’autres. C’est même arrivé aux trois-quarts de la Ligue dans les 60’s. Alors pour franchir ce step supplémentaire, la franchise cherche l’Arme Fatale et récupère notre ami Melvin. On aimerait bien vous dire que le fit est parfait et que Mel Gibson avait trouvé son Danny Glover en la personne d’Elgin Baylor (par pitié, mixez-les, on veut voir ça). Malheureusement, c’est loin d’être le cas : le rookie ne joue que 9 matchs (autant que sur les Championnats du Monde…) et 53 minutes pour un total de 13 points, 4 rebonds et 6 assists seulement. En même temps, il n’arrive pas dans n’importe quel effectif hein, entre les trois Hall of Famers que sont Elgin Baylor, Jerry West et Don Nelson, sans oublier les scoreurs Dick Barnett et Rudy LaRusso (c’est mieux pour tout le monde que l’on n’exploite pas la référence…). Forcément, difficile de se faire une place dans un tel roster, même quand on s’est tapé avec Stallone dans un hangar inondé. En fin de saison, les Lakers tomberont une nouvelle fois, en demi-finales de conf’ cette fois, face aux Saint Louis Hawks d’un Bob Pettit en 20,8 points et 16,4 rebonds sur la série. Un duel auquel ne prend pas part Gibson. Mel… assieds-toi faut qu’j’te parle, tu vas passer ta carrière dans le noir. Parce que oui, dès le 1er avril, les Lakers ont émis leur souhait de le voir partir. Et si au début il a pu penser à une vieille blague, quand il a effectivement été coupé trois jours plus tard, il s’est bien rendu compte que personne, à part son futur homonyme célèbre, ne jouait la comédie. Fin de l’histoire en NBA.

Mais il y a un après NBA. Bizarrement, ce ne sera jamais en tant que joueur, alors que ses moyennes universitaires laissent penser que le niveau était réel. Non, quelques années à peine après la fin de son aventure dans la Grande Ligue, Mel Gibson entame une modeste carrière d’entraîneur universitaire. D’abord à Charlestone Southern en Caroline du Sud, avant de retrouver son état natal, la Caroline du Nord, en créant et en coachant pendant près de 15 ans, de 1972 à 1986, l’équipe des Seahawks de UNC Wilmington. Vous attendez que l’on vous dise qu’il y a fait de grandes choses ? Ce n’est pas le cas, mais ce n’est pas non plus le plus important visiblement. Car si l’on en juge par la distinction que l’on vous a mentionné en début d’article et que l’on y ajoute que Mel Gibson brigue encore des médailles dans les catégories senior de différents sports, vous comprendrez que le papi sportif, de 78 ans aujourd’hui, a bien plus l’âme d’un prof d’EPS passionné par la transmission que d’une machine des parquets NBA. Et tous les bons profs d’EPS ont ce fameux point commun : l’esprit Coubertin. Allez Mr. Mel Gibson, merci d’avoir participé.

La preuve que dans le presque connu le terme « presque » est plus important que « connu », même si notre ami Mel avait peut-être les qualités pour voir sa carrière décoller un peu plus que ça. L’héritage du nom était sans doute trop lourd, mais l’erreur est aujourd’hui réparée, Mel Gibson a – enfin – eu sa tribune d’honneur.

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