One-on-One

Déjà 6 mois sur le trône : quel premier bilan tirer de la nouvelle ère nommée Adam Silver ?

Le job s’annonçait difficile d’entrée. Il prit une tournure sans précédent avec l’affaire Sterling : 6 mois après l’arrivée d’Adam Silver à la tête de la NBA, un premier bilan peut être enfin dressé. Alors le nouveau proprio, il est plutôt cool ou un peu trop strict ?

Prendre la place de David Stern, voilà une tâche qui paraissait insurmontable sur le papier. L’ex-boss de la Ligue, ses décisions sévères, son dresscode, les huées réservées à chaque Draft, le bordel autour de l’arbitre Tim Donaghy et les différents lockouts survécus : Stern c’était tout ça, et un tas d’autres améliorations cachées qui ont fait de notre jouet préféré un des produits les plus appréciés sur le marché actuel du sport. Il fallait donc s’attendre à voir un boss nettement moins performant dès ses débuts, deux trois gamelles inévitables pour Silver et la gueule qui va avec en bonus. Adam, né à New York, la dégaine d’un bibliothécaire et le charisme de Byron Mullens, pas tout à fait le genre de figure qui pouvait faire le poids avec Stern, avocat brillant, toujours présent pour renvoyer les journalistes dans leur coin, fantastique stratège, un sens inné de la répartie.

Et pourtant…

Pourtant, force est de constater que le rookie en a dans le pantalon. Pardonnez l’expression, mais avec les premiers mois que nous venons de vivre en compagnie du nouveau boss, la NBA peut afficher un sourire XXL, ses fans également. Comment imaginer que le type soit encore vivant, après avoir reçu en quelques semaines des rondins d’une taille record ? Déjà, il fallait réussir une intégration exemplaire concernant Jason Collins. Après son coming-out il y a un an sur son orientation sexuelle, le pivot vétéran était enfin recruté par les Brooklyn Nets : 20 jours après l’arrivée de Silver aux commandes, paye ton petit-déjeuner. Ni une ni deux, Adam en fera une star du box-office avec des maillots vendus comme des petits pains et un coup de tampon formidable dirigé par ce dernier, en parfaite harmonie avec les joueurs. Respect et unisson, deux mots qui prendront toute leur importance quelques semaines plus tard. Coup de pouce de la part de Prokhorov qui sent les dollars s’empiler derrière ce message plein de tolérance ? Oui, certes, mais il fallait aussi passer par là. Marquer des points d’entrée avec un dicton fort : tout le monde peut jouer, doit jouer et devrait jouer au basket, quels que soient les désirs et orientations de chacun. Et quelle que soit la somme nécessaire pour faire comprendre la leçon.

La suite ? On la connait par coeur, hélas. Tellement qu’on en a encore un peu la nausée, les affaires n’étant pas totalement terminées. Les PlayOffs commencent sur un rythme historique, le premier tour rassemble les passionnés aux quatre coins de la planète, quand soudain explose la bombe H. Ou R si vous préférez, comme Racisme. Un terme ô combien douloureux et ambigu outre-Atlantique, qui plus est dans le cadre du basket après avoir laissé Stern nettoyer les déclarations crades de certains (coucou Isiah Thomas) vers d’autres (salut Larry Bird). Donald Sterling, ses propos, son bordel, sa maladie, blablabla. Une affaire qu’on pourrait même placer au niveau de celle nommée Tim Donaghy, arbitre du début des années 2000 qui avait parié sur certaines rencontres. Le genre de bêtise qui te flingue toute une présidence, de la même façon que Bush et son 9 Septembre 2001 ou Hollande avec les affaires Cahuzac : un parpaing tellement lourd qu’on se demande comment le nouveau va faire, quitte à appeler Stern pour l’aider sur un dossier aussi hardcore ? Ni une ni deux, le type retrousse ses manches et fait couler le ciment : expulsion à vie, amende exemplaire et ton bien sec. Un moment historique pour l’homme et la Ligue, qui peuvent basculer à ce moment-là dans n’importe quelle direction. Les joueurs hésitent à retourner sur les parquets, une ville peut prendre feu, les médias bombardent l’affaire et en oublient même la compétition. Un bordel mémorable qui sera finalement calmé avec force et rigueur par le nouveau dirlo, ces mêmes termes de respect et d’unisson refaisant surface : #WeAreOne prend alors tout son sens.

Trois mots, un hashtag, et des fans qui se rassemblent derrière cet homme à l’allure frêle, mais au savoir-faire étonnant. La page se tourne au fur et à mesure que la compétition progresse, même les autres propriétaires se mettent au diapason. Double coup de pouce du destin, ce sont les Spurs qui gagnent le titre, et Kevin Durant qui s’adjuge le trophée de MVP. Eux et leur équipe multicolore, multi-continentale et multi-intouchable. Lui et son speech émouvant, son amour pour la famille et ses coéquipiers : un mix parfait pour venir souder ces 6 mois de sensibilisation au respect et à –guess what– l’unisson. Sur le podium, son premier d’une longue série, Adam Silver félicite San Antonio et son basket parfait, cette leçon que James Naismith devait lui aussi applaudir dans son coin, voyant la balle orange écraser les déclarations troublantes d’un homme perdu dans sa fortune. Kawhi Leonard est MVP, l’heure est alors à la Draft. Cette messe annuelle qui fait honneur à la jeunesse ressemblait davantage à un match de Vince Carter à Toronto après son transfert chez les Nets sous les commandes de David Stern. Adam ? Sanctifié par les fans, le boss est applaudit par toute l’assemblée, respecté et même apprécié après la bataille vécue contre Sterling. Son petit sourire touche, sa voix tremblotte encore mais elle montre ici une humilité, un signe d’apprentissage qui le rapproche du peuple. Quelque part, enfoncé dans son canapé payé par NBA Cares, David Stern avale son burger de travers : comme nous, il est bouche-bée devant ce tour de force admirable. Et quitte à faire les choses bien jusqu’au bout, Silver offre un hommage exceptionnel à Isaiah Austin, pour continuer dans son thème tatoué respect et unisson. Le slogan #WeAreOne devient le cri de rallye pour nombreux, la NBA peut continuer son chemin vers de nouvelles aventures épiques.

Des aventures auxquelles LeBron James a lui aussi souhaité imprimer son message avec son annonce, comme un retour de l’enfant-roi dans sa région, comme un coup de projecteur sur l’argent ces valeurs fondamentales qui dépassent le sport. Déjà 6 mois qu’Adam Silver est à la tête du paquebot, et pourtant avec ce qu’il a vécu on dirait que ça en fait 50. On reparlera Lottery (sympa les Cavs), Conférences, pub, stéroïdes et Seattle par la suite, mais pour le moment c’est pouce vers le haut sur tous les registres. Et quand on voit le menu que le boss s’est tapé dès ses débuts, on ne peut qu’applaudir la performance. Chapeau l’artiste.

Source image : sportsgrid

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