Dossiers NBA

Maman a 39 ans : Rasheed Wallace souffle ses bougies sur TrashTalk

Est-il possible de décrire Rasheed Wallace en un seul mot ? Exubérant, fou, énervant ou tout simplement Sheed, l’une des plus grandes bouches de l’histoire de la balle orange approche la quarantaine à grand pas et vient souffler ses premières bougies chez TrashTalk. Dans notre vocabulaire, on appelle ça mettre les pieds sous la table.

Regarder des vidéos de Rasheed Wallace sur Youtube pour se détendre, c’est un peu comme regarder Michael Jordan dans Space Jam : on sait tous ce qui va se passer, mais on se feinte quand même à chaque reprise pour redécouvrir les exploits des deux hommes. Et si le second a surtout marqué sa génération pour ses performances numériques et esthétiques sur les terrains de la Grande Ligue, le premier restera reconnu à tout jamais comme l’un des plus grands trash talkers de l’histoire, la crème de la provocation. Aux côtés de Papa, n’importe quel être humain composé de deux oreilles et d’un minimum d’estime de soi peut témoigner de la domination du Sheed dans la catégorie poids lourds du blabla. Des performances historiques, du coursage d’arbitres dans un parking à la baston organisée, qui rempliront à jamais d’or les colonnes faits divers de la NBA. Et n’en déplaise à Bird, Jordan ou Reggie : Wallace ne s’arrêtait jamais de faire le zouave. C’est ce petit plus, si délicat et attendrissant quand on n’est pas concerné directement, qui élève le roi au bandeau au rang de légende dans la joute verbale.

Essai

Dernier rempart d’une NBA jadis ultra-physique et propriétaire d’une belle paire de cojones, Rasheed Wallace a fermé la porte derrière lui le 17 Avril dernier, une porte qui cache tant de héros oubliés des temps modernes : Sam Cassell, Glen Rice, Chuck Person, tous ces magnifiques parleurs qui auront fait exploser à leur façon la popularité de la NBA dans les 90’s et apporté une touche totalement playground à notre sport favori. Le Sheed, c’est triste à dire, représentait ce Dernier des Mohicans, Monsieur RAF (Rien A Foutre), porte-drapeau d’une rébellion anti-Stern et d’un basket fait-maison. Quand les grandes instances de la Ligue obligeront les joueurs à s’habiller correctement, Maman continuera à s’habiller large, quitte à payer des amendes. Les journalistes, prêts à retransmettre les déclarations légendaires du Sheed et priés d’attendre pendant de bonnes minutes, patienteront pendant des années que l’intéressé finisse sa conversation téléphonique quotidienne avec sa mère après chaque match. Ces anecdotes ne se chiffrent pas, ne se calculent pas, mais elles caractérisent la carrière haute en couleur de RW, une carrière pleine de potentiel, mais au final si peu exploité.

Quand les Pistons ont rendu visite à la Maison Blanche en 2005 pour rencontrer George W Bush avec une bague de champion : « J’ai rien que de la merde à lui dire. J’ai pas voté pour lui en plus, faut juste le faire parce que c’est demandé. »

Quand on vous dit que le natif de Philadelphie était un des joueurs les plus complets de l’histoire, cela ne sert à rien de vérifier statistiquement si c’était vérifié ou non : Rasheed Wallace dépassait les chiffres. Sniper à distance, injouable au poste, défenseur aux fondamentaux impeccables, vision du jeu avancée et conduite de balle superbe pour sa taille, la liste est longue, elle aurait pu l’être encore davantage si la tête brûlée avait pris au sérieux sa carrière. Car au lieu de dominer son poste 4 comme il aurait pu/dû le faire pendant de longues années, Wallace se contentera du strict nécessaire, quitte à s’attirer des ennuis et des conversations galères avec la direction. M’en fous, pas envie, casse-toi : l’humeur du Sheed dirigeait les espoirs de Portland, Detroit ainsi que Boston, et ceux qui l’ont vu jouer à son meilleur niveau savent que la bête était tout simplement impossible à défier. On retiendra surtout 18 années de leçons dans la peinture, d’humiliations, de discussions haut-de-gamme et viol verbal à répétition, ces catégories non-chiffrables qui viennent se coller pourtant par centaines sur la statue si méritée du Sheed. En voyant Gary Payton rejoindre le Hall of Fame il y a dix jours, de nombreux débats ont été lancés autour des conditions d’entrée des joueurs au panthéon de la balle orange : Wallace n’y rentrera probablement jamais pour des raisons statistiques, mais dans notre petit paradis des plus grands, Rasheed aura toujours sa place.

14.4 points, 6.7 rebonds, 1.3 contres, 47% au tir dont 34% à trois points et 547 majeurs dans la face des arbitres : nombreux sont ceux qui seraient capables de proposer une moyenne en carrière plus brillante sur un point de vue numérique. Mais Rasheed Wallace représentait plus que ces nombres trop souvent liés au basket et à la compétition statistique : le Sheed jouait au basket sans compter. Un fait rare de nos jours, qui nous offrait une bouffée d’air frais vitale quant à la diversité des personnalités présentes en NBA, et qui sera probablement en voie de disparition si la Ligue continue son nettoyage de fond… Merci pour tout Rasheed, et joyeux anniversaire.

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