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Rudy Gobert et Karl-Anthony Towns, twin towers à Minnesota : le tall ball en 2023, bon plan ou foirage programmé ?

Les tours pas vraiment jumelles

Source image : @Timberwolves sur Twitter

Rudy Gobert est arrivé, Karl-Anthony Towns est heureux, et ces deux-là vont jouer ensemble dans une des lineups les plus hautes en altitude de la Ligue. Mais jouer avec deux tours de contrôle à l’intérieur, est-ce vraiment une bonne idée dans la NBA d’aujourd’hui ?

Ce n’est un secret pour personne, la NBA version années 2020 est une affaire d’extérieurs où le shoot à trois points règne en maître. Merci Stephen Curry d’avoir tout révolutionné depuis ton arrivée en 2009. Et même si certains des joueurs les plus dominants du moment sont des géants, de Joel Embiid à Nikola Jokic en passant par Giannis Antetokounmpo, force est de constater que même eux sont souvent utilisés dans des lineups small ball, c’est-à-dire sur le poste 5 avec de bons shooteurs autour au lieu d’un ailier-fort à l’ancienne qui squatte la raquette avec eux.

Mais voilà, certaines franchises ont dit non et ont préféré faire fonctionner leur équipe différemment. À l’opposé, même. La saison passée, les Cavaliers de J.B. Bickerstaff ont montré que tout cela était possible avec un frontcourt composé d’Evan Mobley (2,13 m), Lauri Markannen (même taille) et Jarrett Allen (2,11 m, quel nain). Du tall ball qu’on n’avait presque jamais vu, à contre-pied de la mode et surtout qui fonctionne. Le manager des Wolves Tim Connelly l’a bien noté et veut recréer les twin towers, nom qu’on donne à certains duos de grands dans la raquette, des Rockets de 1986 aux Wolves de 2022 en passant par les Spurs de 1999. Le nouvel arrivant Rudy Gobert n’est pas mécontent : il a déclaré qu’il voulait toujours jouer avec un autre intérieur dominant. Mais cette association avec Karl-Anthony Towns, et plus généralement cette équipe du Minnesota, comment peut-elle fonctionner ?

La réussite d’une lineup tall ball dans la NBA moderne repose sur plusieurs points. D’abord, et c’est peut-être évident puisque c’est le cas pour n’importe quelle équipe, mais disons le tout de même, il faut une défense en béton. Et plus précisément, celle des intérieurs. Dans le cas des Wolves, l’équation défensive est assez simple : KAT n’est pas un excellent défenseur, loin s’en faut, mais Rudy Gobert est l’un des meilleurs de la Ligue. Le meilleur dans la protection du cercle, c’est certain, mais il a besoin d’aide au périmètre. C’est là qu’intervient KAT : s’il n’est pas le meilleur dans ce domaine, il assure que sa polyvalence et sa mobilité peuvent lui permettre de soulager le travail du Français sur les extérieurs, et ainsi l’autoriser à rester plus profond dans la raquette pour continuer de protéger son panier comme il sait le faire. À l’inverse, avec les qualités de Rudy, KAT peut se permettre de se « reposer » un minimum en défense pour mieux faire ressortir ses qualités offensives. En plus de cela, les qualités défensives du poste 3, en l’occurrence Jaden McDaniels, sont parfaitement complémentaires avec celles de Gobert.

Cette défense, pour avoir un réel impact, doit évidemment être suivie d’une puissance d’attaque comparable. C’est simple : en théorie, pendant que les twin towers se régalent à l’intérieur, le backcourt règne en maître au périmètre et s’occupe de la création offensive. Il faut donc du talent offensif, beaucoup de talent offensif, pour permettre au système de fonctionner. Et du talent, ce n’est pas ce qui manque dans cette équipe, entre Anthony Edwards et D’Angelo Russell. S’il y a bien un aspect pour lequel on ne craint rien au sein de cette équipe, c’est la production en attaque, qui sera assurée tous les soirs. Et puis Karl-Anthony Towns n’est pas qu’un intérieur. Il est capable de jouer en isolation à l’extérieur, de se créer son shoot, de tirer à trois points… La polyvalence offensive de l’ailier-fort, dans une lineup tall ball et dans la NBA actuelle, est primordiale, notamment pour ne pas boucher l’accès à la raquette à un arrière aussi explosif qu’Anthony Edwards. KAT est un joueur offensif formidable, et rattrape les limites de Rudy Gobert dans ce domaine, comme le Français le fait pour lui en défense.

Cette association offensive pourra fonctionner grâce à cette complémentarité. Karl-Anthony Towns aime s’écarter du cercle pour shooter à trois points, avec ses 41% de réussite il est l’un des meilleurs intérieurs all-time dans la catégorie, ce qui libèrera l’espace dans la raquette pour Rudy, les défenses étant obligées de suivre KAT pour ne pas le laisser ouvert. Rudy Gobert est quant à lui un finisseur qui reste sur sa meilleure saison à l’adresse avec plus de 71% de réussite. Les deux bigs profiteront donc des qualités de l’un et de l’autre pour être plus libre et tenter de maximiser leur efficacité offensive. Pendant la Summer League, le coach Chris Finch nous a donné un premier-avant goût de la manière dont il veut utiliser le Français en attaque :

« On veut aussi utiliser Rudy en tant que suiveur de ballon, qui va venir poser des écrans un peu partout, pour jouer le pick-and-roll. C’est à nous de le voir quand il est ouvert et de le trouver. Notre équipe partage bien le ballon donc ça ne m’inquiète pas trop. »

Il faudra s’avoir s’appuyer sur cette complémentarité, mais cela passe sûrement aussi par le développement du jeu offensif de Rudy Gobert. Mais à 30 ans, en a-t-il encore la capacité ? Si ce n’est pas le cas, gare à l’échec cuisant. Dans le cas contraire, le tall ball à la sauce Timberwolves est peut-être la vraie bonne idée de cette saison. Et si ça marche pour les Wolves comme ça a marché pour les Cavs, on se dirige peut-être vers un changement de paradigme en NBA.

Le tall ball version Minnesota Timberwolves a beaucoup à prouver dans une Ligue qui fait la part belle aux shooteurs et aux intérieurs polyvalents défensivement. Mais le plan semble être réfléchi de la part de Tim Connelly et Chris Finch, pour emmener leur équipe loin dans les Playoffs de l’Ouest.

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