L'analyse du Docteur Q

Kawhi Leonard – Déchirure partielle du ligament croisé antérieur : l’analyse du Docteur Q

Et on applaudit le Doc qui vient de valider sa troisième année, contrat max en approche.

Source image : YouTube

Stars, highlights et stats nous font rêver au quotidien en NBA. Mais si tous ces athlètes performent chaque soir sur les parquets, c’est aussi parce que leurs corps si exceptionnels sont surveillés, massés et examinés en permanence. Ainsi, le Dr. Q, étudiant en médecine le jour et supporter NBA la nuit, a installé son cabinet chez TrashTalk pour décrypter et analyser tous les bobos de nos stars de la balle orange. Entorse, déchirure, fracture, luxation… la visite médicale nous permettra de comprendre toutes les blessures de la Grande Ligue. Aujourd’hui, c’est Kawhi Leonard qui passe sur la table du doc, pour une déchirure partielle du ligament croisé antérieur au genou droit.

  • Professeur-étudiant en troisième année de médecine, le Dr. Q est un grand passionné du corps humain, qui a lui-même pu tester de nombreuses blessures en étant victime de ce qu’on appelle la malchance sportive. Fasciné par l’anatomie et déterminé à exceller en tant que futur médecin du sport, il a déjà participé à des démonstrations en milieu hospitalier à l’âge de 10 ans et a observé en bloc opératoire à partir de ses 13 ans. Le Dr. Q partagera ainsi son savoir et ses recherches sur TrashTalk, pour en connaître toujours plus sur les blessures du monde du basket.

Alors que les Finales NBA battent leur plein entre les Bucks et les Suns, nous avons eu récemment des – mauvaises – nouvelles de Kawhi Leonard, qui s’est fait opérer en début de semaine d’une rupture partielle du ligament croisé antérieur du genou droit.  Il est toujours difficile de savoir dans quel état de santé est Kawhi, et encore cette fois, peu d’infos sont sorties depuis le match 4 de la série contre le Jazz. Son statut était resté incertain pendant les Playoffs, Kawhi était même possiblement attendu pour un retour lors des Finales alors que la série contre les Suns n’était pas terminée. Finalement, qualification ou pas, il n’aurait pas pu rejoindre les parquets pour tenter de remporter le titre. Analyse en détails du cas Leonard … 

Pour commencer, retour en 2012/2013 pour la première alerte, cette fois au genou gauche, avec une tendinopathie patellaire (tendon rotulien). Kawhi manque plus de vingt matchs cette saison-là à cause de ce même genou. Des tests réalisés à l’époque ont montré que Leonard souffrait de déséquilibres musculaires, augmentant le risque de blessure. Il a dû renoncer à participer au camp de Team USA pour rééquilibrer son corps et terminer la rééducation de son genou. Le diagnostic de l’époque évoquait ce que l’on appelle le « jumper’s knee” (genou du sauteur), la tendinopathie la plus fréquente de l’appareil extenseur. Il s’agit en réalité d’une pathologie micro-traumatique liée à des sollicitations répétées lors des sauts. Il réussit alors à soigner son genou et n’aura pas de nouvelle alerte lors des trois saisons suivantes.

Saison 2016/2017, début des soucis de Kawhi avec son genou droit. Pop déclare à la fin de la saison que l’ailier a souffert toute l’année d’une tendinopathie au tendon du quadriceps. La révélation est assez surprenante, Leonard n’ayant manqué que huit matchs cette saison-là. Commence alors une période très compliquée, et il ne joue que neuf matchs lors de l’exercice 2017/2018. Très peu d’infos sortent, les clans Spurs et Leonard s’affrontent via des déclarations dans les médias pendant que Kawhi se mure dans le silence et travaille sur sa rééducation. L’affaire se conclut par un transfert de l’ailier à Toronto.

Ces blessures chroniques ont en tout cas poussé ses équipes à gérer le repos, avec le début du load management pour Kawhi. Tout commence lors de sa saison chez les Raptors, Leonard ne joue plus les back-to-backs et prend des matchs de repos (vingt-deux matchs non joués). Preuve de l’efficacité du load management : il évite les blessures lors de la saison mais connaît une rechute lors des Playoffs (dont il joue tous les matchs) avec une tendinopathie au genou gauche. Son corps n’a pas supporté l’absence de repos lors des Playoffs et il devra jouer les Finales diminué. On retrouve par la suite ce load management chez les Clippers, avec quinze matchs manqués lors de sa première saison à Los Angeles. Il faut finalement attendre janvier 2021 pour voir à nouveau l’ailier participer aux deux rencontres d’un back to back.

La blessure est différente cette fois : une déchirure partielle du ligament croisé antérieur (LCA). Lorsque Kawhi se blesse, une atteinte du LCA n’est pas tout de suite évoquée : l’ailier quitte le terrain en marchant et passe les dernières minutes du match sur le banc. Son statut reste flou et un retour n’est pas écarté lors des Playoffs. L’atteinte du LCA commence à être envisagée, mais n’est pas confirmée officiellement, jusqu’à l’annonce de l’opération mardi. 

Un lien avec son ancienne blessure ? Il est toujours difficile d’établir avec certitude un lien entre deux blessures, surtout lorsque l’on travaille uniquement avec les informations sorties dans les médias. Cependant, il est probable que son genou ait été affaibli à cause de sa tendinopathie. Cela crée alors des déséquilibres musculaires qui entraînent des problèmes de stabilité, de proprioception et augmentent le risque de blessures. Le genou va devenir moins stable et est plus susceptible de tourner lors d’un contact ou à la réception d’un saut. 

Rupture partielle, une vraie différence par rapport à la rupture totale ? En général, cela ne change rien à la prise en charge : le gold standard reste la reconstruction. Mais des stratégies thérapeutiques alternatives commencent à émerger, notamment aux Etats-Unis. Le chirurgien s’intéresse alors à la stabilité apportée par le ligament. L’important est de savoir s’il est fonctionnel et de savoir si les deux faisceaux du ligament sont touchés (le ligament croisé antérieur est constitué de deux faisceaux). 

Avant de continuer, il est important de parler de la relation compliquée de Kawhi avec les staffs médicaux NBA. Pour cela, il faut revenir à l’époque Spurs, plus précisément lors de la saison 2017/2018. Kawhi souffre alors d’une tendinopathie du tendon quadricipital droit et entre en profond désaccord avec sa franchise. Sa blessure traîne depuis près d’un an, et alors qu’il ne se sent pas prêt, le staff médical des Spurs lui assure qu’il peut jouer sans risque d’aggravation. Il consulte alors d’autres médecins, en désaccord avec le premier diagnostic. S’en suivra une longue période de conflit entre les Spurs et le clan Leonard, qui se terminera avec le transfert de l’ailier chez les Raptors. Plus récemment, les Clippers ont reçu une amende après que Doc Rivers ait déclaré que Kawhi était en bonne santé, alors qu’il était blessé selon la NBA. Kawhi a ainsi pris l’habitude de consulter lui-même des médecins extérieurs et de prendre plusieurs avis. Ajouté au silence habituel de l’ailier dans les médias, il est difficile de deviner la stratégie thérapeutique choisie, on va donc explorer les différentes options possibles. 

Quelles sont les options pour Kawhi Leonard ? Le traitement classique tout d’abord : la reconstruction ou ligamentoplastie. C’est l’opération utilisée pour traiter les ruptures complètes. On utilise soit le tendon patellaire (rotulien) soit le tendon du muscle semi-tendineux (l’un des muscles ischio-jambiers), que l’on greffe afin de remplacer le ligament rompu. Au niveau des nouvelles techniques, on peut en citer deux. La première technique est réservée aux ruptures situées à l’insertion tibiale du LCA. Une prothèse permet de refixer le ligament à l’os, la cicatrisation est favorisée par des injections de PRP (plasma riche en plaquettes), d’hormones de croissance, … L’autre technique, plus récente, utilise une gaine résorbable en collagène de bœuf, dans laquelle on injecte notamment du sang du patient, qui entoure la partie abimée, déchirée du ligament pour l’aider à cicatriser. Elle vise à contourner le problème du ligament croisé antérieur, qui n’est pas vascularisé et ne peut donc pas se réparer seul. Les délais de récupération sont sensiblement identiques, la différence se situe dans l’impact de l’opération au niveau musculaire. Ces techniques permettent d’éviter une greffe à partir d’un tendon, qui fragilise le muscle (la récupération musculaire est ce qui prend le plus de temps lors de la rééducation). Bien qu’elles soient censées limiter l’impact à long terme sur le genou, il existe encore assez peu de recul, elles n’ont que quelques années et on peut difficilement prévoir l’évolution à 10 ans. 

A quelles suites peut-on s’attendre ? Bien évidemment, il est très compliqué de se projeter, les informations manquent et on ne sait pas quelle opération Kawhi aura choisie. Le seul délai sorti dans la presse évoque six à neuf mois avant un retour. On s’y attendait mais il ne faut pas espérer avoir de calendrier de reprise pour le moment. On devrait voir un retour de Leonard sur les terrains la saison prochaine, plus ou moins tard en fonction de l’opération choisie et de sa rééducation. Alors qu’on avait vu cette saison la fin du load management pour Kawhi, il faut sûrement s’attendre à le voir manquer des back-to-back à son retour. Ses genoux auront besoin de repos régulièrement et Leonard devrait continuer à manquer au moins une dizaine de matchs par saison pour espérer éviter de nouvelles blessures.

Comme toujours, il est difficile d’analyser le cas Leonard, entre silence médiatique et méfiance vis-à-vis des staffs NBA. On peut s’attendre à un retour du load management et Leonard devra certainement travailler sur son corps, son jeu et sa préparation pour éviter de nouvelles blessures. Dans tout ce flou, une chose demeure certaine, Kawhi aura  consulté plusieurs spécialistes et exploré toutes les possibilités qui s’offraient à lui. Et peu importe le maillot qu’il portera la saison prochaine, il attendra de se sentir prêt pour revenir.

2 Commentaires

2 Comments

  1. Flaco

    20 juillet 2021 à 0 h 12 min at 0 h 12 min

    C’est quand même incroyable qu’autant de temps après, rien n’ait encore été fait… une rupture partielle chez un sportif est une indication formelle à la ligamento, que de temps perdu !

    Par contre utiliser le tendon rotulien dans un contexte de tendinopathie du TQ, c’est joueur quand même. Et leurs techniques plus récentes dont tu parles, qui ne sont pas utilisées chez nous d’ailleurs, chez les sportifs pro de ce niveau ça paraît peu probable des les envisager. Un DT ou DIDT paraît plus logique. Certains là-bas sont encore adepte du fascia lata également dont tu n’as pas parlé donc sait-on jamais même si perso je trouve ça complément désuet.

    Article intéressant en tout cas, qui explique bien aux non initiés je pense. C’est plutôt impressionnant pour quelqu’un en 3eme année seulement.

    • Yom

      24 juillet 2021 à 11 h 55 min at 11 h 55 min

      Merci, très bon article compréhensible même pour quelqu’un sans connaissances médicales !

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