One-on-One

Jerry Sloan est parti, mais son héritage est éternel : la plus grande figure de l’histoire du Jazz, tout simplement

Un monument !

Source image : YouTube

Dans une ligue dominée par les stars où les grands joueurs sont le plus souvent mis en avant, il est assez rare de voir un coach symboliser véritablement une franchise comme ça peut être le cas avec Jerry Sloan et le Jazz. Le légendaire coach d’Utah a quitté notre monde hier à l’âge de 78 ans, mais il restera pour très longtemps encore dans les mémoires, lui qui a passé un quart de siècle à Salt Lake City. Hommage. 

Nous sommes en 2014, le 31 janvier plus exactement. Le Jazz affronte les Warriors ce jour-là, mais l’essentiel est ailleurs. Car même si Stephen Curry réalisera un véritable festival dans ce match, le plus grand moment de la soirée se déroule à la mi-temps de la rencontre, quand une bannière supplémentaire monte au sommet de l’EnergySolutions Arena. Sur celle-ci, un nom, un chiffre, une époque. Jerry Sloan, 1223, 1988-2011. Au milieu du parquet, le légendaire coach du Jazz est honoré, trois ans après avoir démissionné de son poste. Les grands noms de la franchise de Salt Lake City sont là, sa famille aussi évidemment, et les messages d’amour se succèdent. Karl Malone et John Stockton, les deux Hall of Famers qui ont joué sous ses ordres pendant une bonne quinzaine d’années, prennent notamment la parole pour l’honorer comme il se doit, avant que Jerry lui-même ne s’exprime devant les fans du Jazz. Le moment est intense car au pays des Mormons, tout le monde est conscient de l’impact de Sloan et de tout ce qu’il a apporté depuis son arrivée à la tête de l’équipe d’Utah en 1988, quand il a pris la succession de Frank Layden après quelques années en tant qu’assistant.

1223, voici donc le nombre inscrit sur la bannière de Jerry Sloan. 1223, comme le nombre de victoires décrochées par le coach avec le Jazz entre 1988 et 2011. 1127 en saison régulière, 96 autres en Playoffs. Le total donne le tournis. Au classement des matchs remportés en saison régulière, Sloan est quatrième all-time avec 1221 succès (il a raflé quelques wins avec les Bulls avant Utah), derrière Don Nelson, Lenny Wilkens et Gregg Popovich. Mais il est deuxième derrière Pop au nombre de victoires au sein d’une seule franchise. Quand Jerry a quitté le Jazz en 2011, il était le coach avec la plus grande ancienneté dans une même organisation parmi les sports professionnels US. En matière de longévité et de régularité dans les bons résultats, difficile de faire mieux que Sloan. Vous en connaissez beaucoup vous des coachs qui totalisent 13 régulières à plus de 50 victoires au compteur, 19 qualifications pour les Playoffs dont 15 consécutives (entre 1989 et 2003), tout ça en l’espace de 23 campagnes (21 complètes) ? C’est lourd, très lourd. Si le Jazz de Jerry Sloan ne remportera jamais le titre NBA, la faute notamment aux Bulls de Michael Jordan contre qui la franchise d’Utah s’est inclinée à deux reprises en 1997 et 1998, les résultats parlent d’eux-mêmes. Mais avec Jerry, on ne peut pas parler uniquement de résultats et de chiffres. Parce que Jerry, il a surtout réussi à mettre en place une vraie culture et des principes qui ont résisté à l’épreuve du temps.

Ses grands principes ? Dureté, collectif, partage, mouvement, discipline, défense, exigence, pick-and-roll, flex offense… Tous ces mots-là faisaient partie du vocabulaire de Jerry Sloan, autant un amoureux de la balle orange qu’un compétiteur acharné. Du basket old-school, du basket pas toujours très spectaculaire, mais un basket vraiment efficace qui a longtemps provoqué des cauchemars chez les adversaires. Le Jazz de Sloan n’était pas le genre d’équipe à squatter le Top 10 de fin de soirée. Par contre, en matière de fondamentaux collectifs, c’était que du bonheur et à montrer dans les écoles de basket. Ayant grandi au sein d’une exploitation agricole avec neuf autres gamins, Jerry Sloan connaissait les valeurs de travail et de sacrifice. Ça se voyait dans le jeu pratiqué par ses équipes. Et même s’il tenait fortement à ses principes, jusqu’à rentrer en conflit avec les joueurs qui ne voulaient pas les respecter ou qui sortaient de son plan de jeu (coucou Deron), il n’était pas le type de coach à se mettre en avant. Pourtant, la grande figure du Jazz, c’est bien lui. John Stockton fait partie des meilleurs meneurs de l’histoire, Karl Malone est le deuxième plus grand scoreur de tous les temps derrière Kareem Abdul-Jabbar, mais Jerry Sloan est celui qui symbolise le plus la franchise de SLC, à travers sa longévité et le fait que le Jazz ait porté son empreinte pendant tant d’années. Personne au sein de l’équipe n’était plus grand que le coach.

« Personne ne se bat avec Jerry parce que vous savez que vous allez en payer le prix. Vous gagnerez peut-être, mais pas sans perdre un œil, un bras ou vos testicules. C’est un ancien, un col bleu, un petit fermier. Il est loyal, un gars qui bosse dur, un homme. »

– Frank Layden, ancien coach et président du Jazz

Quelque part, Jerry Sloan ressemblait à un entraîneur universitaire dans le monde professionnel. En NCAA, les grands coachs ont la main, ce sont eux qui sont au cœur du programme et ils symbolisent l’université bien plus que les jeunes joueurs, qui ne sont que de passage. Mike Krzyzewski à Duke, Jim Boeheim à Syracuse et certains autres font partie des grands noms du basket NCAA, et Sloan était un peu dans un rôle similaire dans le sens où il avait le soutien des dirigeants, bien décidés à lui donner les clés et à jouer la carte de la longévité malgré les hauts et les bas qui sont inévitables. En d’autres termes, c’était lui le boss, pas les joueurs, et rentrer en conflit avec Sloan n’était pas forcément une bonne idée, lui qui pouvait se montrer intraitable. Cela valait aussi pour les arbitres, car ça lui arrivait de péter un plomb jusqu’à se faire suspendre par la NBA. Jerry était en quelque sorte un Gregg Popovich avant l’heure, sans les bagues NBA ni les titres de Coach de l’Année, mais vous voyez le genre. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si Pop considérait Sloan comme « un mentor, avec un humour déguisé et un cœur aussi grand qu’une prairie ». Et comme Popovich à San Antonio, le fait d’évoluer à Salt Lake City a sans doute rendu tout ça possible, car on parle d’un petit marché qui n’attire pas vraiment les stars, et qui doit le plus souvent passer par la Draft et le développement de ses joueurs pour espérer se construire une grosse équipe.

« Il était têtu. Vous devez l’être en tant que coach. Mais il avait un système et son système était efficace. Ce n’est pas facile d’avoir une équipe à Utah. Ce n’est pas le plus gros marché pour attirer des agents libres. Ils étaient tout de même capables d’avoir un bilan vraiment bon à domicile, en jouant un basket admirable. Les coachs avaient tous de l’admiration pour lui, donc il va nous manquer. »

– Phil Jackson, quand Jerry Sloan a démissionné en 2011

Les nombreux messages et hommages après la nouvelle de sa mort montrent l’impact qu’il a eu au Jazz, mais aussi sur l’ensemble de la Grande Ligue. Coachs, joueurs, dirigeants, les différents acteurs de la NBA d’hier et d’aujourd’hui ont souligné l’énorme carrière de Jerry Sloan, qui repose désormais en paix aux côtés de deux autres monuments du basket US récemment partis, David Stern et Kobe Bryant. 

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