Old-School

Ils sont nés 30 ans trop tôt : Clifford Robinson, l’ailier-fort moderne et polyvalent mais… avant

Clifford Robinson
Source : YouTube / NBA

Clifford Robinson, surnommé « Cliff » ou « Uncle Cliffy », est né en décembre 1966. S’il était né 30 ans plus tard, il irait sur ses 24 ans au moment au moment où ces lignes s’écrivent. Il y a fort à parier qu’il figurerait parmi les forces incontournables sur le frontcourt pour la décennie à venir, tant ses qualités de basketteur correspondent à celles de ce qu’on appelle un intérieur moderne. Explications, présentation et extrapolations. 

Pour commencer, attention à ne pas le confondre avec son « homonyme » Cliff Robinson aka Clifford Trent Robinson surnommé lui, « Tree Top », et qui a fait le bonheur des raquettes des Nets, des Cavs, des Bullets ou encore des Sixers dans les années 80. C’est bien Clifford Ralph Robinson qui nous intéresse ici, avec ses 1380 matchs de régulière, répartis principalement sur les postes 3 et 4 avec un zeste de poste 5. Oui, la polyvalence est un thème qui peut vite devenir récurrent quand on parle de Tonton Cliff.

Lors de la Draft 1989, les Blazers ont utilisé leur choix du premier tour (22ème) pour sélectionner l’arrière Byron Irvin. Si ce nom ne vous dit rien, sachez que cela n’a rien d’anormal. En trois saisons et seulement 87 matchs parmi l’élite, le moins qu’on puisse dire est qu’Irvin n’a pas marqué les esprits. Quatre places derrière, en 26ème position, les Lakers se font plaisir et choisissent un pivot serbe du nom de Vlade Divac. Arrive le deuxième tour et c’est avec leur choix numéro 36 que les Blazers vont sauver leur soirée : Clifford Robinson – qui sort de quatre très belles années pour l’université de Connecticut – entend son nom appelé pour renforcer l’effectif de la franchise d’Oregon. A posteriori et quand on jette un rapide coup d’œil à la carrière du bonhomme, on peut se demander comment il n’a pas été choisi dès le premier tour. Mais à l’époque, sa réputation, entre nonchalance et goût pour la provocation, avait certainement un peu pris le pas dans la tête des scouts sur ses qualités techniques et sa fameuse polyvalence. En tout cas, être pris au deuxième tour n’a pas trop plu à l’ami Cliff comme il le déclarera des années plus tard dans de propos rapportés par The Oregonian :

« Je n’étais pas déçu d’aller chez les Blazers. Mais tomber au second tour ça je l’ai définitivement utilisé comme une motivation en entrant dans la saison. »

En tant que rookie, Robinson démarre remplaçant chez des Blazers qui sont une des équipes sérieuses de l’Ouest mais qui peinent à confirmer en Playoffs. Il trouve tout de suite sa place dans les rotations de Rick Adelman qui l’utilise principalement en ailier-fort. Et quoi qu’il arrive, à chaque match, ce bon Clifford sort du banc derrière le trio de titulaires sur le frontcourt : Jerome Kersey – Buck Williams – Kevin Duckworth. Trois poètes. Petit à petit, le temps de jeu de Robinson augmente, ses statistiques avec. Le tout sans qu’il ne manque le moindre match. En effet, il va participer aux 82 rencontres de ses cinq premières saisons en NBA. Il faudra attendre le 24 février 1995 pour qu’il soit absent de la feuille de match et donc voir sa série de 461 matchs consécutifs s’arrêter.

Sur l’exercice 1992-93, toujours là chaque soir donc mais toujours pas titulaire, Clifford Robinson devient néanmoins le joueur avec le plus gros temps de jeu dans le frontcourt des Blazers avec plus de 31 minutes par soir et une production très sérieuse : 19,1 points (47% au tir), 6,6 rebonds, 2,2 passes décisives, 1,2 interception et 2 contres de moyenne. Il sera très largement élu sixième homme de l’année devant des gars comme Anthony Mason, Danny Ainge ou Dell Curry. Après être allés en Finales en 1990 et en 1992 et s’être fait nettoyés par les Spurs au premier tour des Playoffs 1993, les dirigeants des Blazers échangent leur pivot Kevin Duckworth contre l’ailier Harvey Grant des Washington Bullets. Portland ne va même pas s’embêter à renforcer son poste 5 : Jerome Kersey va laisser sa place de titulaire en 3 à Harvey le frère d’Horace, Buck Williams va garder son rôle de déménageur en 4 et c’est tout simplement Uncle Cliffy qui va le plus souvent récupérer le job de pivot titulaire pour la saison 1993-94. Il est vrai qu’avec ses 208 centimètres, Robinson est le plus long de ces gars et c’est certainement pour ça qu’Adelman a fait ce choix. Certainement aussi parce qu’il avait confiance en la polyvalence de son iron man parce qu’un frontcourt pas si grand et sans vrai pivot dans les années 90, c’est atypique.

En attendant, Cliff va plus que justifier cette confiance ! 20,1 points par soir accompagnés de 6,7 rebonds, presque 2 passes décisives, de l’interception, du contre et de la défense intelligente pour combler son déficit en kilogrammes face aux bestiaux féroces qui pullulent dans les raquettes à la même période. Cette saison surprenante et impressionnante de Robinson sera récompensée d’une sélection pour le All-Star Game. Résumons : il a été baladé sur les postes 3 et 4 depuis quatre saisons. Soudainement, son coach fait de lui un titulaire plutôt au poste de pivot et sans sourciller, Clifford Robinson endosse la responsabilité pour devenir All-Star. Tout cela au sein de Blazers qui vont une nouvelle fois réussir à se qualifier en Playoffs. Certes pour se faire sortir au premier tour par les Rockets mais cela pouvait arriver à des gens bien (comme l’on dit) vu le niveau proposé par Hakeem Olajuwon et ses potes.

La saison suivante, les Blazers vont tout de même recruter Chris Dudley et ses 211 centimètres pour le faire jouer pivot, puis Otis Thorpe dans le trade qui envoie Clyde drexler à Houston. Adelman modifie ses rotations et Clifford Robinson devient le nouvel ailier titulaire de Portland. On parle bien du poste 3. Et une fois installé un peu plus à l’extérieur, l’ami Cliff va nous gratifier de ses deux saisons les plus productives en terme de scoring. Déjà parce qu’il va reprendre une partie des tirs habituellement pris par Drexler et ensuite parce qu’il va se mettre à shooter de loin. Avec succès ! Plus de 21 points par match sur les exercices 1994-95 et 1995-96, en prenant presque 6 tirs à primés en moyenne pour une réussite avoisinant les 38%. Pas mal pour un joueur « intérieur » doué au poste et plutôt habitué à shooter à 4 mètres qu’à 8. De plus, depuis ce poste 3, Robinson peut beaucoup mieux exploiter ses qualités en transition ou balle en main pour pénétrer et agresser le cercle. En 1997, laissé libre par les Blazers, il signera chez les Suns qui feront de lui leur starter en 3 pendant trois saisons avant de le repositionner en 4 au début des années 2000 (quand les cactus jouaient parfois avec trois meneurs sur le terrain, magnifique époque…). Mais même en ailier-fort à Phoenix ou par la suite à Detroit, à Golden State ou chez les Nets où il a fini sa carrière à 40 ans, Clifford Robinson n’a plus jamais arrêté de prendre des shoots lointains, quel que soit le poste auquel il sera utilisé.

Nous avons donc en Clifford Robinson un combo forward de 2m08 pour environ 105 kilos, capable de jouer pivot sans le moindre problème. Un joueur qui peut défendre tout type d’adversaire du poste 2 au poste 5 en étant présent sur les lignes de passe et pas mauvais en protection de cercle. Un joueur qui peut courir en transition, attaquer le cercle balle en main, shooter de loin ou défier son défenseur au poste bas où son excellent footwork associé à sa panoplie de fadeaways et autre petits hooks peuvent faire de gros dégâts. Toute sa carrière, Robinson a été promené entre les postes d’ailier, ailier-fort et pivot en fonction de l’équilibre du roster, des besoins de son entraîneur ou de choix tactiques. Il a répondu présent.

Dans la NBA d’aujourd’hui, Clifford Robinson serait un poste 4 très adapté au jeu moderne, capable de courir, de défendre et de shooter efficacement tout en étant trop costaud pour beaucoup d’ailiers et trop mobile, trop technique pour beaucoup d’intérieurs. Une sorte de couteau suisse du frontcourt, un cauchemar pour ses adversaires, un bonheur pour son coach et ses coéquipiers. Un multiple All-Star très probablement. 

41 points sur les Wolves, panoplie complète en HD ! 

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