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John Havlicek, l’un des athlètes les plus sous-estimés de l’histoire de la NBA, est décédé : hommage à la machine à gagner

John Havlicek

Hondo…

Source image : YouTube

C’est ce jeudi soir, avec une immense tristesse, que la planète basket a appris le décès d’un de ses plus grands joueurs all-time. Monsieur John Havlicek, Hondo, est parti en laissant un immense bagage derrière lui : à la fois physique et mental.

L’erreur est effectuée en permanence, par intérêt disproportionné pour le moment présent. Les légendes du basket ont beau passer, d’incroyables accomplissements ont beau être effectués, une triste mécanique semble prendre place chez la majorité des observateurs. Le temps fait son effet, et donc on oublie les anciens. Focus permanent sur la génération actuelle, et blasphèmes qui s’en suivent. Oui, bien sûr, Kevin Durant est déjà un des trois meilleurs ailiers de l’histoire, peut-on lire chez certains. L’argument s’écoute, mais il balaye tellement vulgairement le travail des pionniers qu’on ne peut que soupirer devant tant d’ignorance. C’est-à-dire qu’on en viendrait, dans cinquante ans, à ne plus du tout considérer les exploits de KD, si on suit cette même logique. Et bien il y a cinquante ans, un homme roulait sur la Ligue avec une attitude, un savoir-faire et une polyvalence à couper le souffle. Oui, John Havlicek est un des plus grands joueurs de tous les temps, et pas dans ce que nombreux catalogueront comme étant la préhistoire de la NBA. Il suffit de reprendre le principe énoncé à l’instant pour comprendre cette dernière phrase. Est-ce que cela veut dire que dans quelques décennies, on considérera le basket actuel comme étant… le moyen âge ? Si ce n’est pas le cas, si on refuse d’agir ainsi, alors considérons ce qui est et a été. Ce qui est, c’est ce parcours exceptionnel, cette approche exemplaire de la victoire dans un sport de plus en plus individualisé. C’est ce package parfait, de technique, de talent, de capacités athlétiques, de régularité et tant d’autres choses qui font de Hondo un homme à part. Un homme désormais parti, qui mérite qu’on raconte son histoire. Et à notre manière, celle qui devrait remettre bien des idées en place.

Nous sommes en avril 2019. Un jeune joueur formé dans l’Ohio étonne car son profil attire deux pratiques prestigieuses : le football américain, et le basketball. Nous allons appeler ce joueur Michel. Drôle de mois de juin qui attend ce cher Michel, car il est sur le point d’être drafté dans deux ligues. Oui, avec autant de talent dans deux disciplines différentes, la NBA et la NFL s’arrachent Michel. Il ne sait quoi faire, et va donc se farcir le camp d’entraînement de foot US avant de passer définitivement à la balle orange. La presse en parle, évidemment, car ce n’est pas tous les jours qu’on croise ce genre d’athlète. Ce n’est pas tous les jours non plus qu’on croise un coéquipier en or. Les débuts de Michel sont donc humbles, lui qui vient d’être sélectionné par les Warriors. D’abord intégré en tant que Sixième homme, Michel va progresser, petit à petit, en restant le leader du banc de Golden State. Il est comme ça Michel, il le sait, son talent est immense mais il est persuadé qu’en donnant son aide aux remplaçants, la domination de sa franchise sera maintenue pendant des années. Ce sont donc 4 titres que Michel va remporter sur ses 4 premières saisons, sans faire de bruit. Que Curry et KD gardent la plus grande exposition médiatique, tout roule pour le moment donc pourquoi changer ? Dès sa quatrième saison, Michel va enfin être reconnu par les plus grands en devenant All-Star. L’étoile sur le maillot, il va la porter une fois, puis deux, puis trois, pour finir avec 13 étoiles consécutives. Car oui, Michel a beau vieillir comme on va en parler par la suite, mais le niveau de jeu reste exceptionnel. Au point de le voir encore All-Star, lors de sa dernière saison, à 37 ans. Mais nous n’en sommes pas encore là. Nous sommes en 1969, Michel vient de récupérer sa 6ème bague en 7 ans, et l’approche reste la même : non, pas touche, s’il faut que je sois remplaçant et qu’on gagne, alors je le ferai. Tant pis pour la reconnaissance personnelle, ma bijouterie parlera pour elle-même. Curry et KR prennent leur retraite, eux aussi particulièrement dorés au niveau du doigté. Vient alors une nouvelle page pour Michel.

Steve Kerr s’en va, et c’est donc un nouveau coach qui prend la suite. Immédiatement, le rôle de Michel évolue, car les besoins ont changé. Avec le départ des légendes de la franchise, il faut que quelqu’un prenne le relais. Sans sourciller, et après quasiment toute une décennie passée en sortie de banc, Michel va donc devenir un titulaire infernal. Non seulement va-t-il exploser ses moyennes dès cette première année dans le cinq majeur (24,2 points, 7,8 rebonds et 6,8 passes), mais en plus il va confirmer son statut d’athlète légendaire en devenant la référence défensive à son poste. Oui, dès le départ des anciens, Michel va intégrer les All-Defensive Teams et ne plus les quitter jusqu’à sa dernière saison en carrière. Et 29, et 30, et 31, et 32, et 33, et 34, et 35, et 36, et même 37 ans, Michel est All-Star ainsi que All-NBA Defense chaque année, loupe entre 0 et 5 match par saison, envoie 22 points, 6 rebonds et 6 passes en moyenne et donne tout pour redonner à Golden State son statut de champion incontestable en NBA. Sa patience sera récompensée au bout… de deux ans. Après des Playoffs à 45 minutes de moyenne, un petit 27-6-6 par soir et une victoire épique dans une des plus grandes Finales NBA de tous les temps, Michel est au sommet. Il est MVP des Finales, leader d’une franchise qu’il n’a pas quittée, titré à nouveau et respecté pour son abnégation. Le ciel est enfin atteint. La fin de carrière peut donc être appréciée comme un bon cocktail. Michel va remporter une dernière bague deux ans plus tard, en laissant le spotlight à ses coéquipiers, et finir ainsi son aventure avec quelques chouettes accomplissements. Michel a 8 titres. Michel est le meilleur marqueur de l’histoire de sa franchise, qui a donc 17 titres au total, le plus dans l’histoire. Michel est, avec Jordan, Duncan, Kobe et Abdul-Jabbar, le seul à avoir plus de 25 000 points, 8 sélections dans les équipes défensives, et 5 bagues. Bon, il a plus de titres que tous ces mecs cités, mais pas autant de MVP des Finales. Peut-être parce qu’il a accepté, pendant 10 ans, de mettre la gloire de son équipe en avant plutôt que la sienne. Il est comme ça Michel, un exemple de dépense sans compter, pour gagner.

Et bien Michel, c’était John Havlicek. Un monstre des parquets, un exemple d’adaptation et de dévouement pour les siens. Aujourd’hui, une légende a quitté la planète. Mais pas seulement une légende du basket, une légende en tant qu’humain, mettant le nous avant le je en avant. Peut-être que certains zapperont cette histoire, mais certainement pas nous.

1 Comment

1 Comment

  1. Dorian Genin

    27 avril 2019 à 17 h 59 min at 17 h 59 min

    Magnifique hommage, pour une légende absolue du jeu. On ne t’oubliera pas et on sait que là-haut, il y aura un paquet de ballons à voler pour toi !

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