One-on-One

Kemba Walker : talent, montée en puissance, fidélité et consécration

Kemba Walker

Walker en a parcouru du chemin.

Source image : Youtube/NBA

Quand on vous dit meneur et NBA, vous pouvez penser naturellement à Kyrie Irving, Stephen Curry, Russell Westbrook voire même Damian Lillard, mais rarement à Kemba Walker. Le problème ? C’est que le meneur des Hornets a quasiment tout pour lui, mais moins que les autres. Moins de handle qu’Uncle Drew, moins de qualités athlétiques que Brodie, moins de toucher que Dame, moins de shoot que Chef Curry. Du coup, Kemba est le joueur au talent hors du commun mais dont personne ne s’intéresse vraiment. Retour sur son parcours pas comme les autres.

L’histoire d’amour entre Kemba et le basket-ball commence très tôt, au lycée précisément. Déjà, il montre des aptitudes sérieuses malgré sa petite taille. Sa capacité à scorer est là et l’enthousiasme dans son jeu est le même qu’aujourd’hui. Les fondamentaux sont sûrs et le petit meneur parvient donc vite à intégrer l’université en 2008, il a alors 18 ans. En effet, il rejoint la fac des Huskies du Connecticut, plus connue sous le nom de UCONN pour les moins spécialistes. Par là sont passés des joueurs comme Rudy Gay, Caron Butler, ou encore un certain Ray Allen. Dès sa première année, la sensation Kemba fait mouche. Il fait déjà partie des meilleurs joueurs du pays et emmène son équipe au Final Four. Et déjà à cette époque, on imagine que le meneur de poche fera carrière en NBA un jour. Même s’il n’est pas loin d’être élu meilleur joueur universitaire de l’année, Kemba ne veut pas brûler les étapes et continue donc son cursus universitaire pendant encore deux saisons. Fait assez rare d’ailleurs, à une époque où les joueurs s’empressent d’intégrer la grande Ligue dès qu’ils le peuvent. Encore trop jeune et trop frêle pour aller se mesurer aux mastodontes de la NBA, il continue peinard son petit bonhomme de chemin chez les Huskies. Bonne décision, car il va faire l’objet d’une des actions les plus marquantes de l’histoire du basket universitaire à ce jour.

Nous sommes un soir de mars 2011 au Madison Square Garden, à l’occasion des quarts de finale du tournoi de la conférence Big East de NCAA. Les chiens de traîneau du Connecticut affrontent les panthères de Pittsburgh. Au terme d’un match serré, les deux équipes se neutralisent, 74 partout. Dernière possession pour les Huskies. Kemba, balle en main, avec un écran pour aller chercher le mismatch. Le meneur se retrouve face à l’intérieur des Panthers, il reste une poignée de secondes. Démarrage à droite, cross à gauche, hésitation, step-back shoot en tête de raquette. Filoche en même temps que le buzzer retentit. Un geste d’une maîtrise rare accompagnée d’une parfaite gestion du temps. Les Huskies filent en demi-finales, et devinez quoi ? Ils remporteront le championnat universitaire au terme du tournoi. Depuis ce jour, le joueur Kemba Walker alias grosse paire de balls est né.

Mais bon, on est quand même là pour parler NBA, donc allons-y. Fraîchement auréolé du titre de champion NCAA, le joueur originaire du Bronx se présente naturellement à la Draft 2011, une belle cuvée d’ailleurs : Irving en 1, Klay Thompson en 11, Kawhi en 15, Jimmy Butler en 30, Isaiah Thomas en 60 et donc Kemba Walker en 9. Pas mal, non ? Ce soir là, il est choisi par la franchise de Charlotte qui est à l’époque une équipe de chatons sauvages, et pas de frelons. En effet, les Bobcats jettent leur dévolu sur ce joueur qui vient de faire sensation en NCAA. Vous nous direz alors, mais pourquoi seulement 9ème ? La réponse est la suivante : 1m85 et à peine 80 kg. Eh oui, la dictature des grands, c’est pas cool mais c’est comme ça. En effet, entre l’incontestable Kyrie Irving et Kemba, on a une flopée de big men comme Enes Kanter en 3, Jonas Valanciunas en 5 ou encore Bismack Biyombo en 7 (ce dernier sera d’ailleurs directement transféré à Charlotte). Mais peu importe l’issue de la Draft, Kemba Marcheur est désormais un joueur NBA. Arrivé en Caroline du Nord dans une franchise qui vient de perdre sa place en Playoffs et d’accueillir depuis une saison un nouveau proprio du nom de Michael Jordan, les débuts du meneur dans la grande Ligue ne sont pas ceux dont il aurait rêvé.

La première année, il n’est pas titulaire et sa franchise prend l’eau en finissant avec le pire bilan de la Ligue. Les Bobcats ne gagneront en effet que sept petits matchs sur les 66 (année de lock-out), bien que le meneur réussisse une saison de rookie prometteuse. Dès le début de sa seconde, Kemba est désormais titulaire et le restera pour toujours. Il améliore ses stats en passant de 12 à 17 points par match, le classement s’améliore également mais la franchise de MJ est trop juste pour aller en Playoffs. Seulement, tout est prêt à changer maintenant car ils ont un nouveau leader. Ce n’est qu’à sa troisième saison que la NBA commence réellement à prendre la mesure de ce joueur au talent hors du commun. Dribbles incisifs, rapidité supersonique, slaloms invraisemblables, finition au panier, créativité de malade, clutch à souhait. Les Bobcats, qui s’apprêtent à devenir les Hornets à partir de la quatrième année du meneur, ont désormais un nouveau joueur autour de qui construire.

Malheureusement, petit marché oblige, c’est bien sympa Kemba Walker, mais on préfère aller où tout le monde nous regarde. Et puis merde aussi, qui irait essayer d’aller gagner un titre chez les Hornets ? Cette franchise, habituée à aller en Playoffs pour se faire martyriser par la grosse équipe de l’Est du moment, ça va deux secondes. Walker a du talent plein les mains, mais pas assez pour convaincre Pierre Paul ou Jacques de le rejoindre. Et puis la Caroline du Nord, à part être la région d’adoption de Michael Jordan, ça attire pas la fame de la NBA. Commence alors la carrière de loup solitaire du pauvre Kemba. Il progresse d’année en année, monte en puissance dans tous les secteurs de jeu, va parfois en Playoffs, parfois non. Le numéro 15 envoie de grosses perf’, fait tout ce qu’il peut pour emmener son équipe avec lui, mais on sent bien qu’il manque quelque chose et que cette équipe ne va nulle part au printemps. C’est là que Kemba Walker nous montre qu’il est un joueur d’un autre genre. Alors qu’il est en pleine progression, il accepte un contrat à 12 millions de dollars la saison pendant quatre ans chez les Hornets, en signe de fidélité et de confiance envers la franchise qui lui a permis d’entrer en NBA. Lui-même pense d’ailleurs à l’époque être surpayé. Pendant des années, il sue sang et eau pour son équipe, s’adapte aux changements d’effectif, de coach de front-office sans jamais se plaindre. Walker aime Charlotte, plus que n’importe qui. Ses célébrations devant son public sont à chaque fois remplies de fierté et d’amour. L’enthousiasme, le spectacle et le talent de ce joueur ont conquis tout un peuple, et Kemba en est fier. Parce que oui, c’est ça Walker, un mec qui a des balls avant tout. Aller former une superteam à droite à gauche avec d’autres stars, très peu pour lui. Le 28 mars 2018, il devient le marqueur le plus prolifique de l’histoire de sa franchise en étant le seul à dépasser les 10 000 points dans l’histoire de Charlotte. Oui, ce qui l’intéresse, c’est rendre heureux son public et de gagner avec lui, quitte à ne jamais y parvenir. Dans sa tête, il n’y a que les Hornets, il l’a d’ailleurs affirmé en juillet dernier dans les colonnes de The Athletic alors que des rumeurs de départ du meneur font grand bruit depuis pas mal de temps maintenant.

« Je suis un Hornet et j’ai prévu de rester un Hornet pour longtemps. »

On en pense ce qu’on veut mais en tout cas, ça change d’un ailier au numéro 35. Cette saison, Kemba est donc en année de contrat. Du coup, le Hornet se tue à la tâche sur le parquet pour tenter d’aller chercher ce fameux contrat max l’été prochain. Le timing est parfait. Le meneur a 28 ans, est en plein prime et veut du flouze. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le chouchou de la Spectrum Arena répond présent. Cette année, il envoie 25 points, plus de 5 passes et 4 rebonds à des pourcentages qui correspondent plus ou moins à ses standards habituels en carrière. En prime, le numéro 15 nous a gratifié de performances magistrales au scoring. Il a d’ailleurs établi son record en carrière cette saison lors de la rocambolesque défaite de son équipe face aux Sixers à domicile, avec 60 pions à 21/34 au tir dont 6/14 du parking.

Yep, il va falloir sortir le porte-monnaie Mike.

Son début de saison est tout simplement fabuleux et les Hornets font la course dans le top 8. Dès les début des votes des fans, il est dans le top 3 des guards de la Conférence Est et le restera après celui des médias et des joueurs. Résultat ? Kemba Walker, déjà All-Star en 2017 et en 2018, sera désormais titulaire pour la première fois de sa carrière au All-Star Game. Une récompense magnifique pour un joueur jamais vraiment reconnu à sa juste valeur, une consécration pour lui. L’histoire d’un joueur à la mentalité d’un autre temps, doté d’un talent et d’une persévérance rares. Aujourd’hui, il est à un moment charnière de sa carrière. Va-t-il continuer l’aventure en Caroline du Nord ou céder à la tentation de la superteam comme beaucoup actuellement ? Cette nomination chez les starters du match des étoiles n’est-elle que le résultat d’un joueur qui se défonce pour aller chercher son contrat ou est-ce un nouveau palier réellement franchi par le joueur dans sa carrière ? Qu’importe. Kemba Walker est un joueur référence en NBA, l’un des tout meilleurs à son poste. Véritable amoureux du jeu, il a désormais inscrit son nom parmi les légendes de sa franchise, et ça, ça restera dans les mémoires quoi qu’il arrive.

Malgré un parcours difficile et parfois frustrant à Charlotte, Kemba Walker n’a jamais perdu espoir et s’efforce d’honorer et de mouiller le maillot. Son talent incontestable l’amène aujourd’hui à côtoyer les plus grands de la Ligue, au plus grand bonheur des fans qui commencent enfin à se rendre compte du joueur qu’il est. Fans des Hornets, vous pouvez être fiers de votre petit bonhomme.

Source texte : The Athletic

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