One-on-One

C’est pas parce que Tim Duncan n’annonce pas sa retraite qu’il ne faut pas lui rendre hommage ce soir

Tim Duncan

Pendant que certains joueurs préparent leur dernier match en carrière plusieurs mois à l’avance, d’autres voient le leur se présent sans le vouloir devant eux.

Pendant que certains préparent leur ultime rencontre plusieurs mois à l’avance, d’autres voient le bout du chemin arriver contre leur gré, bien plus tôt que prévu. Ce soir à Oklahoma City, ce n’est pas seulement la saison des Spurs qui est en jeu, c’est aussi la carrière d’un des meilleurs joueurs de l’histoire qui pourrait toucher à sa fin.

C’est la règle du jeu, elle était connue d’avance. Loin d’être fan des grosses célébrations sur-médiatisées, Tim Duncan savait que cette saison pourrait être sa dernière. Que cette bataille de près de deux décennies en NBA allait potentiellement se terminer vers le mois de juin. Ou de mai, quand on voit le contexte actuel. Le Thunder a en effet pris une sacré option sur la finale de conférence Ouest, le Game 6 de cette nuit à la Cheasapeake Arena pouvant fortement ressembler au dernier match en carrière du futur Hall of Famer. Fortement, pouvant, fortement, pouvant. Des pronostics encore envoyés en l’air, comme lors de ces 19 campagnes de Playoffs durant lesquelles Duncan a étalé ses impeccables fondamentaux face à ses adversaires. Son stoïcisme quotidien, sa régularité métronomique dans ses performances… jusqu’aujourd’hui. Malmené par un secteur intérieur trop athlétique et intense côté OKC, le numéro 21 est en train de tirer sur la corde, la machine surchauffe plus que jamais auparavant : c’est limite si on entend les grincements traverser nos écrans, la fumée sortir de ses oreilles. Pourtant, cette saison encore, sa supériorité intellectuelle dans le jeu lui permettait de rester une formidable présence en défense, et notamment au poste où il domine encore les débats. Mais dans les autres compartiments du jeu, Timmay est dépassé. Sa lenteur le pénalise, ses pépins aux genoux ne peuvent plus être compensés : une chute physique logique, qui nous permet d’avancer l’affirmation précédente. Fortement, pouvant, fortement, pouvant.

Et pourtant, on pourrait poser la question de façon totalement objective, en retroussant nos manches avec le même charisme que l’homme dans ses chemises radieuses. Alors comme ça, cette série n’ira pas en 7 ? Et les Spurs ne vont donc pas jouer les Warriors, comme annoncé depuis des mois au sein de la Ligue ? Et que faire des pronostiqueurs qui ont misé leur garage sur un titre de San Antonio, sans faire étalage de celui possédé par Timmy près de chez lui ? C’est exactement là, à ce moment précis, que nous nous devons d’intervenir. Car à la différence d’un certain numéro 24 résidant du côté de Los Angeles, aucune annonce ni date n’a été -et ne sera- diffusée concernant la retraite de Duncan. S’il fallait réaliser des paris sur la façon dont l’intéressé rendra la chose officielle, on partirait probablement sur une phrase de 5 mots, sans la moindre émotion dévoilée sur son visage, marmonnée entre deux séquences offensives expliquées aux médias et un texto envoyée à sa compagne sur son 3310. Cette part d’inconnu impose donc à la planète basket et à ses fans de devoir choisir leur propre moment afin de lui rendre hommage. Il n’y a pas de date, pas de standing ovation, pas de montage-vidéo offert par la Ligue. Pas de pub réalisée par Adidas, pas d’opération marketing XXL, pas de cérémonie organisée par sa franchise, avec des adversaires comme des coéquipiers qui applaudissent à l’unisson. Oui, Tim Duncan a fait son choix, et lui seul décidera quand annoncer qu’il est enfin temps d’y aller. Mais puisqu’il impose justement cette zone d’ombre à tout le monde dont un jeune fan qui a crié, sauté, pleuré, réfléchi, appris et grandi avec lui, c’est aujourd’hui qu’on le prendra, ce moment. Car il n’y a pas besoin d’attendre le gong de fin pour remercier un athlète hors du commun, pour rendre hommage à un homme qui a marqué le basket pour toujours.

Merci pour tout, Tim Duncan. Merci pour cette exemplarité sur les terrains, cette approche du sport qu’on devrait apprendre dans toutes les écoles. Merci pour ce respect des anciens, cette patience avec les plus jeunes, ce sens des responsabilités et cette capacité à s’en prendre encore plein la gueule par son entraîneur. Merci pour tous ces joueurs qui ont évolué à tes côtés et qui affirment être devenus meilleurs en ta compagnie. Merci pour Tony, merci pour Manu, merci pour Kawhi. Merci pour ces fabuleuses saisons passés dans la même franchise, à contre-courant des attractions extérieures, alors que la ‘mode’ aurait pu t’emmener ailleurs. Merci Orlando. Merci pour la loyauté, pour la discipline, pour cet amour du sport qu’on partage. Merci pour cet humour bien spé qui ne rassemble pas tout le monde mais régale les quelques privilégiés depuis si longtemps, ricanant dans leur coin. Merci pour ces duels fantastiques, avec KG, avec Dirk, avec Kobe et les autres. Merci pour ces titres, pour ce niveau d’excellence maintenu pendant si longtemps, malgré les critiques permanentes. Merci pour cet énorme majeur dressé à la NBA depuis ton arrivée, pour ce charisme de lampadaire qui a rendu fou David Stern pendant que t’écrasais la Ligue à ton poste. Merci d’être resté toi-même, plutôt que de sortir des conneries à foison sur les réseaux sociaux. Merci de ne pas connaître les réseaux sociaux d’ailleurs, et de l’assumer fièrement en portant des pantalons trop larges et en rentrant tes t-shirts à l’intérieur, pas parce que tu veux te différencier mais parce que tu préfères t’habiller ainsi, quoi qu’en pensent les autres. Merci pour le titre offert à David Robinson, parce qu’en terme de fin de carrière on peut difficilement faire mieux. Merci pour Pop, merci pour vous deux.

Merci pour les tirs avec la planche, merci pour les moves au poste qui ont fait roucouler McHale et Hakeem. Merci d’avoir été ce rocher sur lequel de nombreux joueurs, entraîneurs, fans et simples curieux se sont posés. Merci d’avoir refusé de jouer contre les Îles Vierges en 2003, parce que démonter ton paradis d’origine avec Team USA était un acte contraire à tes principes. Merci d’avoir respecté tes principes. Merci d’avoir mis un terme à la domination de Shaq et Kobe, merci d’avoir mis un terme à la domination de LeBron et Wade. Merci d’avoir installé un nouveau modèle de perfection à ton poste, merci d’avoir continué à rappeler aux autres que le basket se passe des deux côtés du terrain. Merci d’avoir été un coéquipier modèle, merci d’être resté dans le bateau même quand ça tanguait bien fort. Merci d’avoir été un père modèle, merci d’avoir rassuré les enfants quand maman quittait le bateau. Merci d’avoir divisé ton salaire par trois afin de perpétuer la domination de ta franchise. Merci d’avoir pensé à ça, putain. Merci d’avoir toujours joué un All-Star Game comme s’il s’agissait d’un match dans ton jardin avec les petits, jab-step et bankshotjab-step et bankshot. Merci d’avoir appris aux autres comment devenir un leader, et montré comment accepter que quelqu’un le devienne à sa place. Merci d’avoir appris à ces mêmes types que cela n’était pas quelque chose d’intrinsèquement lié au basket, mais que cela s’appliquait tout au long de la vie. Merci d’avoir été sur un mur de ma chambre pendant plus de dix ans. Merci d’avoir été le mur de mon adolescence pendant dix ans. Merci d’avoir appris à un gosse que pour construire un projet solide et efficace dans sa vie, il allait falloir faire preuve de patience, de compréhension, de régularité et de communication. Merci d’avoir serré les dents et relevé la tête quand ça n’allait pas, merci d’être resté aussi concentré quand en ce moment on voit bien que ça ne va pas.

Les Spurs arracheront peut-être un Game 7, passeront peut-être les demis, joueront peut-être les Warriors jusqu’au bout,  et remporteront peut-être un titre debout. Mais Tim Duncan perdra peut-être ce soir, prendra peut-être sa retraite ensuite et s’en ira certainement comme un des meilleurs joueurs de l’histoire. N’attendons pas que les gens s’en aillent définitivement pour apprécier leur présence, rendons-leur hommage quand l’opportunité se présente. Pour une dernière fois, sourire en coin : merci pour tout, Tim Duncan.

Source image : SkyBoxSportsNet

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