One-on-One

Aimer Isiah Thomas : à l’encontre de mes plus vives convictions…

Dans l’histoire NBA, s’il y a bien un joueur qui a défrayé la chronique autant grâce à son talent immense qu’à cause de sa conduite souvent bien au-delà des limites de l’esprit du sport, c’est Isiah Thomas qui fête aujourd’hui ses 54 ans. Il a énervé, choqué tellement d’acteurs ou de fans de la Grande Ligue que peu d’autres personnages NBA peuvent se vanter d’avoir collecté plus d’ennemis que lui…

Il est comme ça Isiah. On l’aime ou on le déteste, il n’y pas de juste milieu. Il ne laisse jamais indifférent. Et encore, il ne s’agit ici que de faire allusion au joueur car Thomas « le Manager » est allé beaucoup plus loin dans l’incitation à la haine, trop loin peut-être. Il est vrai que quand il est arrivé chez les Knicks en tant que Président des Opérations Basket au milieu de la saison 2003/2004, certains ont vu en lui le sauveur potentiel de cette franchise pleine d’histoire sur laquelle des dirigeants et un propriétaire absolument incompétents étaient en train d’opérer une véritable euthanasie. Pourtant, Isiah va réussir l’exploit de faire couler encore plus New York avec cet exercice 2005-2006 au cours duquel les Knicks cumuleront 59 défaites (29ème bilan de la ligue) tout en ayant le roster le mieux payé de l’histoire avec un total de salaires versés d’un peu plus de 126 millions de dollars ! Thomas n’a pas d’amis à New York, il n’y a que des ennemis tant il a torturé la fanbase. Quand il a fini par se faire virer, ce n’est pas dans la rue que Spike Lee et consorts auraient voulu le voir atterrir mais bien en prison pour homicide volontaire sur franchise en détresse.

Cependant, il n’est pas question de s’étaler plus sur le parcours de Thomas en tant que dirigeant (ou coach). Concentrons-nous plutôt sur le joueur qu’il a été. Ce joueur au sourire angélique qui cachait une aigreur puissante, voire une haine enfouie au plus profond de son être. Au passage, si aujourd’hui Stephen Curry est surnommé « l’assassin à tête d’enfant », n’oublions pas que le premier à avoir été appelé de la sorte est Isiah :

« Franchement, s’il (Isiah Thomas) se fait appeler l’assassin à tête d’enfant c’est parce qu’il vous sourit et dans la foulée, il vous abat… »  – déclaration d’un coach adverse au Charlotte Observer.

Mais pourquoi était-il aussi méchant ? Pourquoi se comportait-il comme un véritable écorché vif ? Il faut certainement remonter à son enfance et son adolescence pour mieux comprendre le personnage. Dernier d’une fratrie de neuf et ayant grandi à K-Town – un quartier pauvre et sans pitié de l’ouest de Chicago – le petit Isiah a appris très vite à lutter pour avancer et obtenir ce qu’il voulait. C’est sans doute ce passé qui l’a rendu imbattable sur le terrain de la férocité et du combat. Car malgré un physique plutôt chétif (1m85 pour maximum 80 kg), Thomas était loin d’être le dernier à se mouiller lorsqu’il s’agissait d’en venir aux mains sur les planches de la Grande Ligue. D’ailleurs, ses gestes souvent en dehors des règles ou certaines déclarations très controversées lui ont valu de s’attirer les foudres de plusieurs autres stars NBA. Déclarer que « s’il avait été noir, Larry Bird n’aurait été qu’un bon joueur de plus », il faut oser quand même ! Détester Michael Jordan au point de refuser de lui faire des passes lors de son premier All-Star Game, il faut l’assumer mine de rien !

Cet épisode ainsi que quelques autres accrochages avec « Son Altesse Jojo 1er » ont été au centre de rumeurs prétendant que Jordan avait insisté pour que le meneur des Pistons ne soit pas sélectionné aux Jeux Olympiques de 1992 alors qu’il était monstrueux et déjà doublement bagué. C’est dur mais à force de chercher, on finit par trouver mon cher Isiah ! Surtout avec Mike. Et puis, précisons-le, les Pippen, Malone, Barkley ou autre Bird n’ont pas vraiment réclamé à corps et à cris la présence d’Isiah. D’ailleurs, le seul Piston à avoir participé à la ballade américaine du côté de Barcelone cet été-là n’est autre que le génie du coaching, Mister Chuck Daly… Mais quittons un peu la sphère des déclarations médiatiques et des embrouilles diplomatiques et revenons au parquet. A-t-on déjà vu un joueur plus vicelard ou plus truqueur qu’Isiah Thomas ? Ce joueur au visage d’ange avec qui on pourrait laisser sa fille sortir mais qui était capable des pires saletés une fois en tenue :

« Je n’avais pas la balle, je courais autour d’un écran. Il m’a attrapé, nous a tirés tous les deux par terre et je me suis fait siffler une faute offensive. Une sale action ? Clairement ! Mais une action très maligne parce que ça a marché. Et quand nous nous sommes relevés, il m’a murmuré à l’oreille : ‘Je t’ai ni**é’ ‘  – un journaliste sportif de Chicago qui a joué contre Isiah au lycée.

Bien sûr, un tel comportement est méprisable. Toutes ces fautes à répétition ou ces coups portés dès que l’arbitre a le dos tourné sont autant de raisons tout à fait compréhensibles pour haïr Isiah Thomas… Mais ce serait oublier tout le reste, tout ce qu’il a réalisé sur les terrains. Et je ne parle pas ici de son talent ou de ses splendides lignes statistiques qui font de lui le scoreur (18 822 points), le passeur (9 061 caviars) et l’intercepteur (1 861) le plus prolifique de l’histoire des Pistons. Je veux parler de ce petit bonhomme qui a été le véritable chef de file de ce commando d’élite appelé les Bad Boys. Un leader né auquel les Bill Laimbeer, Dennis Rodman, Rick Mahorn, Joe Dumars, John Salley ou autres Mark Aguirre et Vinnie Johnson obéissaient au doigt et à l’œil. Sous ses ordres, les Pistons ont affronté les grands Celtics de Bird en les regardant droit dans les yeux. Ils ont fait totalement déjouer les Lakers de Magic lors des Finales NBA (1989) et ils ont obligé Michael Jordan à se surpasser pour les battre après de nombreux échecs. Sous ses ordres, ces soldats qu’étaient les Bad Boys auraient pu mourir sur un parquet et ont fini par réaliser un back-to-back historique (1989 et 1990) qui place les Pistons parmi les 5 seules franchises à avoir réussi cet exploit.

Qu’on le veuille ou non, « Zeke » fait partie de ces joueurs qui ont changé le basket en déchaînant les passions et d’autres sentiments moins avouables mais surtout en nous montrant que l’image ne fait pas tout, qu’être aimé ou admiré n’est finalement pas une fin en soi et que pour atteindre un objectif aussi élevé que celui d’être champion NBA, il faut avant tout trouver son style, une philosophie de jeu et y croire de manière infaillible. C’est pour cela qu’en dépit de toutes les voix de ma bonne conscience et de mon profond respect pour tout ce que l’esprit du sport doit normalement véhiculer, je ne peux m’empêcher d’aimer et d’admirer Isiah Thomas…

 Source image : Sports illustrated

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