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James Harden, un scoreur all-time avec un style à part mais des critiques dans tous les sens : le Barbu est-il le Allen Iverson de sa génération ?

James Harden

James « The Answer » Harden.

Source image : NBA League Pass

Auteur d’une campagne historique au scoring la saison dernière, James Harden a encore affolé les compteurs cette année. Le Barbu a tout simplement sorti deux des 15 saisons les plus prolifiques all-time, rangeant ainsi son nom aux côtés des plus grands. Mais dans le même temps, ses détracteurs n’ont jamais fait autant de bruit, critiquant notamment son individualisme et son style de jeu, sans oublier de pointer du doigt son manque de succès collectif. Tiens, ça ne vous rappelle pas un certain Allen Iverson ça ?

Le 25 janvier dernier, avant le match entre les Sixers et les Lakers et un jour avant le tragique accident d’hélicoptère de Kobe Bryant, Allen Iverson a été interrogé sur les nombreuses critiques envoyées envers James Harden, le top scoreur de la Ligue. Grand fan du bonhomme, il n’a pas hésité à défendre le Barbu quand Jay Williams d’ESPN lui a demandé si Harden méritait justement ces critiques.

« Absolument pas. Ce gars a tellement de talent. Il est tellement fort. Il mérite toutes les louanges qu’il peut recevoir. Il y aura toujours des critiques. Il y aura toujours des gens qui diront que ce qu’il fait n’est pas assez bon. Il doit garder le pied sur l’accélérateur. Car je sais que ses coéquipiers l’adorent et sont derrière lui. Alors James, continue ce que tu fais mec. »

Quelque part, si The Answer a répondu de la sorte, c’est peut-être parce qu’il se reconnaît en James Harden. Alors évidemment, Iverson ne possédait pas le même profil physique que l’arrière des Rockets. AI était un minimoy d’1m83 – chaussures incluses – avec de grosses qualités de vitesse, d’agilité et de vivacité ainsi qu’une détente assez impressionnante, tandis que le Barbu n’est pas vraiment connu pour aller vite ou sauter très haut. Mais au vu de l’évolution de la carrière d’Harden, on ne peut pas s’empêcher de voir des similitudes dans le jeu et la perception des deux joueurs.

Comme Iverson en son temps, l’arrière des Rockets est un talent offensif incroyable et une arme de destruction massive en un-contre-un. AI avait le crossover pour humilier ses adversaires, Harden est lui devenu le maître du step-back. Doté d’un handle très sale et de grosses qualités de dribble, le MVP 2018 est aussi devenu le symbole du basket en isolation, avec des possessions qui se terminent souvent soit par un tir du parking, soit par une pénétration vers le cercle pour conclure tranquilou ou provoquer des lancers francs. Son usage rate, c’est-à-dire le pourcentage de possessions utilisées par un joueur pendant qu’il est sur le terrain, a atteint des sommets la saison dernière (39,6% d’après NBA.com) lorsque les Rockets ont dû faire avec de nombreuses blessures. La campagne 2018-19 du Barbu – sa plus grande saison en carrière en matière de scoring avec 36,1 points par match – a rappelé pas mal de souvenirs d’Iverson dans le sens où il a véritablement dû porter son équipe à bout de bras en attaque. C’était un one-man show tous les soirs, pas vraiment beau à voir pour les amoureux de basket collectif mais c’est ce dont les Rockets avaient besoin pour gagner à ce moment-là. La situation était un peu différente cette année avec l’arrivée de Russell Westbrook à Houston, mais l’usage rate d’Harden est resté l’un des plus importants de la NBA (35,8%). Alors oui, le Barbu est aussi capable de faire jouer les autres dans un rôle de combo guard (plus de 7 passes décisives ces deux dernières années), comme c’était le cas d’Iverson d’ailleurs, sauf que ses qualités de passeur sont souvent sous-estimées à cause de son style de jeu axé sur l’iso.

« Certains joueurs changent le jeu. Harden fait partie de ces gars-là. »

Ces mots prononcés par Steve Kerr il y a quelques mois montrent bien l’impact de James Harden sur la NBA. Le coach des Warriors parlait surtout de la capacité du Barbu à provoquer des fautes et la manière dont les autres joueurs tentent de l’imiter. Mais cette imitation, elle dépasse cet aspect-là. Car Harden continue de repousser les limites du jeu avec son style si particulier et ça fait forcément des émules. Quand on voit des joueurs lâcher des step-backs à 3-points aujourd’hui, difficile de ne pas penser à la superstar de Houston, qui a véritablement démocratisé ce mouvement comme Iverson a pu amener le crossover dans une nouvelle dimension. Ce côté trail blazer et innovant est souvent la marque des grands, une catégorie dont fait partie James Harden, qu’on le veuille ou non. Et quand vous ajoutez à ça sa fameuse barbe, véritable marque de fabrique à l’image des tatouages et des tresses de The Answer, et un style vestimentaire bien à lui, vous obtenez une véritable figure de la Grande Ligue.

Mais quand vous bousculez les codes, il faut s’attendre à des critiques. Harden peut en témoigner. Si les détracteurs du Barbu se limitent à sa production sur les parquets, contrairement à Iverson qui s’est fait critiquer autant pour son côté individualiste que pour son côté gangsta, le franchise player de Houston prend quand même pas mal de merde dans la tronche. Son style de jeu a tendance à frustrer de nombreux fans, certains le considérant carrément comme un tricheur à force d’obtenir des coups de sifflet que lui-même semble provoquer. D’autres fans qui aiment se considérer comme des puristes détestent le voir réaliser 50 000 dribbles avant de lâcher un shoot à 3-points pendant que les quatre autres joueurs de son équipe le regardent. On peut comprendre que ça ne plaise pas à tout le monde, par contre c’est juste impossible de ne pas considérer Harden comme un phénomène offensif, un joueur terriblement malin qui sait utiliser les règles à son avantage. La critique la plus légitime sur le Barbu aujourd’hui, c’est son manque de succès en Playoffs. Malgré des saisons régulières incroyables, il n’a pas encore réussi à emmener ses Rockets en Finales NBA, butant souvent sur ces maudits Warriors. Mais surtout, il a connu de gros trous d’air quand ça comptait vraiment et ça, ça lui colle véritablement à la peau.

Pour faire taire ses critiques, pour passer de scoreur all-time à monstre de son sport, y’a qu’un seul moyen, emmener son équipe au top de la NBA. Individuellement et en saison régulière, James Harden a quasiment tout accompli. Il a remporté un trophée de MVP, il a accumulé les All-Star Games et possède deux titres de meilleur scoreur. Mais ce qu’il lui faut maintenant, c’est cette fameuse bague de champion, ce petit objet d’une grande valeur qui possède ce pouvoir magique de fermer la bouche des détracteurs. Harden est aujourd’hui dans ce groupe de très grands joueurs qui n’ont jamais réussi à aller au bout, comme Allen Iverson justement, ainsi que Karl Malone, Patrick Ewing, Charles Barkley et d’autres. Tous ces gars-là ont su porter leur équipe vers les Finales NBA en réalisant de belles épopées, mais ils n’ont pas réussi à franchir l’ultime obstacle. Le Barbu peut-il se détacher en guidant les siens vers les sommets un jour ?

Si James Harden n’a pas l’impact culturel d’un Allen Iverson au début des années 2000, il est un peu dans une position similaire aujourd’hui en tant que joueur. Une machine à scorer, un monstre du un-contre-un et un style bien à lui, mais aussi un grand nombre de détracteurs qui ne vont pas bouger tant qu’il ne gagnera pas un titre. À 30 ans et en plein prime, le temps est venu pour Harden de changer le script.

1 Comment

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  1. Dr J

    6 avril 2020 à 15 h 59 min at 15 h 59 min

    « La critique la plus légitime sur le Barbu aujourd’hui, c’est son manque de succès en Playoffs. »
    Je ne sais pas si c’est la plus légitime. Dire que son jeu n’est pas agréable à regarder, c’est subjectif, donc par définition totalement légitime dès lors qu’on a le droit à la liberté d’opinion et d’expression.

    Mon problème avec Harden, c’est au-delà du beau jeu collectif, même indiviuellement ça ne m’éclate pas. La comparaison de carrière avec Iverson ok, mais je trouve AI autrement plus fun individuellement parlant, même si c’était clairement moins efficace et plus forcé, cf. TS%. D’ailleurs, je trouve que s’il y a une chose sur laquelle Harden est critiqué et que je ne trouve pas justifiée, c’est ses %. Evidemment qu’au tir ce n’est pas incroyable (et encore, ça reste honnête), il prend une faute quasi un tir sur deux. Par contre, son TS est vraiment pas mal, c’est 61 % sur ses années à Houston alors qu’AI c’était 52 % sur ses grosses années Phily/Denver.

    Aussi, sur la comparaison avec Iverson, Malone, Ewing, Barkley, eux ont eu au moins le mérite d’amener leur équipe en Finales (en tant que leaders, je ne compte pas 2012), parfois plus d’une fois, et pour la plupart en étant moins bien accompagnés.

    Bref, ça fait pas mal d’arguments pour ne pas être fan, quand bien même on reconnait son talent offensif all-time.

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