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Elvin Hayes : The Big E, ce monstre dont on ne parle jamais

Elvin Hayes

Un vrai dur.

Source : youtube

Aussi bizarre que cela puisse paraître, Elvin Hayes est un monstre des parquets dont on ne parle (presque) jamais. Un type qui n’a manqué que 9 matchs sur ses 16 saisons régulières en NBA (!!!). Un véritable monstre dont les statistiques rivalisent avec les plus grandes icônes de la balle orange. Un type dont l’arme numéro 1 était un mental d’acier, une dureté qui ne lui a d’ailleurs pas valu que des amitiés ou des critiques positives mais qui a fait de lui « The Big E », un des joueurs les plus dominants que la Grande Ligue ait vu défiler sur ses planches…

C’est un match universitaire ayant eu lieu le 20 janvier 1968 qui sera le vrai point de départ de la carrière d’Elvin Hayes. Ce match – qui s’est joué devant plus de 52 000 personnes dans l’Astrodome de Houston et en antenne nationale à la télévision – opposait les Bruins de UCLA emmenés par un certain Lew Alcindor (qui deviendra plus tard Kareem Abdul-Jabbar) aux Cougars de Houston emmenés par l’ami Elvin. Les Bruins étaient sur une série de 47 victoires d’affilée, logiquement numéro 1 en NCAA pendant que les Cougars figuraient au spot numéro 2, forts d’un bilan de 16 victoires pour 0 défaites depuis le début de la saison. Cette rencontre fut serrée du début à la fin alors que peu d’observateurs donnaient la moindre chance aux Cougars de s’en sortir. Pourtant à moins de 30 secondes du terme, le score était bien de 69 partout et la possession en faveur de locaux. La balle arrive dans les mains de Hayes au poste bas. Il enclenche son fameux turnaround jumpshot et subit une faute. Deux lancers à suivre. Et comme le racontera Elvin lui-même plus tard, beaucoup pensaient qu’il allait rater. Douter de Hayes ? Grosse erreur !

« Beaucoup de gens ont pensé que j’allais rater parce que je ne shootais les lancers qu’à 60%. Je n’ai même pas pensé à la pression du moment parce que j’avais le match en mains. »

Quelques secondes plus tard, les deux lancers étaient rentrés et les Cougars menaient donc 71-69, ce qui sera le score final car les Bruins gâcheront la dernière possession. A noter que sur ce match, Hayes a non seulement été très clutch mais il a aussi dominé outrageusement un Alcindor (vraisemblablement sous le coup d’une blessure au niveau de l’œil mais quand même) : 39 points et 15 rebonds pour le Gros E. Ultra dominant et ultra clutch à 22 ans dans ce match qui est encore considéré par beaucoup comme le match du siècle au niveau universitaire… Bonjour bonjour, moi c’est Elvin Hayes et je ne suis pas du genre à me cacher quand c’est chaud.

Quelques mois plus tard, les Rockets – alors basés à San Diego – le choisissent avec leur premier choix de Draft. Ironie du sort, Hayes sera sélectionné juste devant un certain Wes Unseld cette année-là. Les destins de ses deux hommes vont être intimement liés à de nombreuses reprises au cours de leurs carrières. Toujours est-il que ce bon Elvin débarque en NBA sans se poser de questions. Pour son premier exercice (1968-69), il atomise tout ce qu’il trouve sur son chemin et finira meilleur marqueur de la Ligue avec 28,4 unités par soir ainsi que 4ème meilleur rebondeur avec plus de 17 prises par match. Les Rockets n’avaient gagné que 15 matchs la saison précédente. Ils se retrouvent directement avec 37 victoires au compteur et une place en Playoffs grâce à leur rookie. Les fans sont aux anges mais les votants pour le rookie de l’année préfère récompenser… Wes Unseld dont les stats sont très solides sans être aussi clinquantes que celles d’Elvin (13,8 points et 18,2 rebonds), mais Wes a surtout fait passer ses Bullets de 36 à 57 succès, leur permettant carrément de finir premier de la Eastern Division. Unseld sera d’ailleurs tout simplement élu MVP… pour sa première saison en NBA. Une pilule que notre ami Hayes a eu bien du mal à avaler. Pour autant, il ne va pas se laisser aller. Loin de là puisqu’il va se baser sur cette saison monstrueuse en tant que rookie pour lancer son immense carrière, toujours en suivant les mots de son père, qu’Elvin a vu bosser dans les champs de coton en Louisiane toute sa vie :

« Mon père m’a toujours appris à être fort et à être digne, à ne jamais s’incliner ou à laisser quelqu’un vous marcher dessus. »

Pas si grand finalement (2m06), costaud (106 kg) mais sans être non plus une force de la nature à l’échelle NBA, Hayes a su perfectionner sa panoplie offensive à force de travail au fil des années. Son turnaround jumper au poste est vite devenu létal car il lui permettait de scorer par-dessus des adversaires plus grands que lui. ll faut bien se rendre compte que pendant ses quatre premières saisons dans la Ligue, Hayes a joué pivot. Il s’est coltiné des gars comme Wilt Chamberlain, Kareem-Abdul Jabbar, Willis Reed ou encore Nate Thurmond soir après soir. Cela ne l’a pas empêché d’enfiler les paniers, de scorer au minimum 25 points par match tout en prenant les rebonds par quinzaine pendant toute cette période. Ce n’est qu’à partir de la saison 1972-73 qu’Elvin Hayes va glisser au poste d’ailier-fort. Car les Rockets vont mettre en place un échange qui le verra rejoindre les Bullets dont le pivot titulaire est l’indéboulonnable… Wes Unseld. Mais Hayes va tout de suite apprécier ce changement de position. Sa technique lui permet de s’écarter du cercle pour shooter dans le périmètre et depuis le poste 4 il peut continuer de peser au rebond. Et puis alors la raquette Unseld – Hayes… Ce n’est pas très grand, mais c’est un des duos les plus dur au mal de l’histoire NBA, sans parler du fait qu’il était quasiment impossible de se faire une place sous le cercle pour espérer gratter un rebond.

Dans le sillage de cette paire d’intérieurs intransigeants et durs comme des rocs, les Bullets auront beau passer de Baltimore à Washington, une constante ne bougera pas pendant huit saisons de 1972 à 1980 : Playoffs tous les ans. Néanmoins, dans un premier temps, les éliminations précoces s’enchaînent presque autant que les rumeurs faisant état de la mauvaise influence que pouvait avoir Hayes sur un vestiaire. Il était dur avec lui-même et il ne comprenait souvent pas que ses coéquipiers n’aient pas la même exigence. C’est ce que diront les plus indulgents. Les autres expliqueront que ce bon Elvin avait un caractère très compliqué à gérer au sein d’un groupe, et que nombre de ses coachs ou coéquipiers s’en sont plaints partout où il est passé…

« Je dis ce que je ressens. D’autres sont plus diplomates mais si je fais ça, je n’ai pas l’impression d’être un homme. »

Effectivement, vu sous cet angle, jouer avec Elvin Hayes, partager le quotidien avec lui ne devait pas être une partie de plaisir… En revanche, une fois sur le parquet, Elvin était tout aussi entier qu’en dehors. Et même si la plupart des médias ne le voyaient pas comme un leader capable d’emmener son équipe vers un titre, il n’allait pas tarder à leur donner tort. En 1978, les Bullets se retrouvent de nouveau en Finales après avoir échoué face aux Warriors en 1975. Les Bullets sortaient pourtant d’une saison moyenne (44 victoires) mais ils ont pris feu en Playoffs pour filer jusqu’en Finales. Des Finales dans lesquelles Hayes (déjà âgé de 32 ans) fut à la hauteur des 10 saisons qu’il venait de passer en NBA : dominant. 20,7 points, 11,9 rebonds et 2 contres de moyenne. Il aurait largement pu être élu MVP de ces Finales mais c’est (encore) Wes Unseld qui va lui chiper cet honneur. Les votants ont-ils absolument voulu récompenser quelqu’un d’autre que Hayes ? Ou ont-ils vraiment préféré le 9 points, 12 rebonds et 4 passes décisives de moyenne produits par Unseld sur cette magnifique série en 7 matchs contre les Sonics ?  On ne le saura jamais vraiment. Ce qui n’empêcha pas Hayes d’en balancer une à ses haters, dans son style si caractéristique une fois le titre gagné :

« Au final, gagner le titre complète le tableau. Parce que personne ne pourra dire à nouveau que ‘Elvin n’est pas un champion’« 

Une autre Finale perdue (en 1979) contre les Sonics puis encore deux saisons à Washington suivies de trois derniers exercices à Houston et Elvin Hayes raccrochera ses sneakers à 38 ans en 1984, au terme d’une carrière aussi fabuleuse que méconnue. Car quand on évoque les années 70, on ne parle pas souvent de lui. On oublie trop souvent qu’il a été All-Star lors de ses 12 premières saisons, envoyant des moyennes statistiques à faire pâlir les meilleures intérieurs actuels. Elvin Hayes, c’est plus de 1300 matchs (1303) et surtout 50 000 minutes passées sur les parquets (5ème all-time), c’est 27 313 points en carrière (10ème all-time) et rien de moins que 16 279 rebonds pour une 4ème place dans ce classement sur toute l’histoire NBA !

Elvin Hayes est clairement trop peu connu des fans de NBA. Il est clairement trop peu souvent cité quand il s’agit de faire le tour des légendes ayant foulé les parquets. Est-ce parce qu’il a eu le malheur d’évoluer dans les années 70, largement dominées sportivement par Abdul-Jabbar notamment ? Est-ce parce que les médias lui ont régulièrement préféré son adversaire puis coéquipier Wes Unseld à plusieurs moments clés de sa carrière ? Sûrement un peu des deux… Mais au final, The Big E reste bel et bien un monstre intronisé sans discussion au Hall of Fame en 1990. Une légende. 

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