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Dennis Rodman aka The Worm : un Hall of Famer évident, avec un discours émouvant

Dennis Rodman Hall of Fame Speech

Il a 55 ans aujourd’hui. Il est et restera le plus fantasque Hall Of Famer que la NBA ait connu. Dennis Rodman est une légende.

Quand il a descendu les rangs de la salle d’intronisation du Hall of Fame à Springfield en ce soir d’août 2011, c’est un Dennis Rodman vêtu d’un costume noir à paillettes et orné d’une écharpe rouge classique et d’une autre, grise façon girl de cabaret, que nous avons vu s’approcher de l’estrade. Sous des applaudissements nourris, il a rejoint le grand Phil Jackson qui l’attendait. Et quand ce bon « Rodzilla » est monté aux côtés son ancien coach à Chicago, tout le plublic a pu lire les inscriptions figurant au dos de sa veste. Pistons en haut, Bulls en bas. Et oui, c’est un des points remarquables de la carrière de « The Worm » : il a été l’un élément clé des deux plus grandes épopées de deux des franchises les plus mythiques de l’histoire de la Grande Ligue… 

Sur la scène, les deux hommes échangèrent une chaleureuse accolade suivie de quelques mots. Ensuite, visiblement envahi par l’émotion, Dennis s’approcha du micro, recula, retourna vers Phil en lui faisant signe d’aller dire quelques mots. Mais le souriant et non moins ému Zen Master redirigea – d’un geste bien paternel – son ancien intérieur vers le pupitre pour qu’il puisse y faire son discours. Un peu comme à l’époque du deuxième Three-Peat des Bulls où Phil avait parfaitement su communiquer avec ce joueur tout aussi émotif et exubérant que fabuleux pour un collectif. Enfin posé devant le micro, ce bon Dennis commence par un petit trait d’humour avec ce « Sorry Scottie » (excuse moi Scottie) – adressé bien sûr à Pippen. Une référence à sa première rencontre avec les Bulls en tant que nouveau coéquipier et au fait que coach Jackson lui avait demandé de présenter ses excuses à l’ailier de Chicago pour l’avoir mollesté sévèrement lors des Finales de Conférence de 1991 alors qu’il évoluait sous les couleurs des Pistons. Rodman avait alors expliqué qu’il ne pouvait pas faire ça… Il était comme ça Dennis. Tout en émotion mais sans concession. Ce à quoi Jackson aurait rétorqué : « Bienvenue chez les Chicago Bulls » car il savait que ce genre d’attitude et de dureté étaient exactement ce dont son équipe avait besoin pour rebondir. A peine un an plus tard, les Bulls étaient champions pour la quatrième fois de leur histoire dans le sillage d’une saison régulière à 72 victoires et de Playoffs monstrueux. Et sachez-le, « The Worm » n’y était pas pour rien…

Reprenant le fil de son discours – griffonné en partie sur une feuille de papier qu’il avait pris soin de sortir de sa poche – l’ancien ailier-fort au style capillaire parfois discutable s’est mis à remercier tous ces gens qui l’ont aidé pendant sa jeunesse. Une enfance rendue difficile par l’absence d’un père militaire servant dans la fameuse Air Force, ayant fait le Viet-Nam et ayant quitté sa famille – alors que Dennis n’avait que 5 ans – pour s’installer aux Philippines. Quelques larmes coulent mais Dennis continue d’une voix parfois sanglotante et toujours bien éraillée – certainement à cause de ses excès du passé – à lister toutes ces personnes qui comptent pour lui devant une audience qui ne peut s’empêcher d’applaudir gentiment pour l’encourager à continuer malgré cette émotion toujours aussi intense qui ne le lâche pas.

J’aurais pu être n’importe où dans ce monde, j’aurais pu mourir (référence à sa tentative de suicide en 1993 notamment). J’aurais pu être dealer de drogue. J’aurais pu être SDF, j’ai été SDF. Cela a pris beaucoup de taff et de coups durs tout au long de la route.

Puis Rodman en arrive à citer quatre hommes qui ont changé sa vie, sa carrière en NBA. Quatre figures paternelles qui ont eu une place prépondérante auprès de lui. Quatre grands messieurs dont Rodman dit qu’en « les combinant on peut obtenir un être humain parfait. Quelqu’un qu’on peut appeler à tout moment, une main à serrer, une épaule sur laquelle pleurer, quelqu’un à qui on peut livrer le fond de ses pensées ». Phil Jackson évidemment qui l’a fait revivre à Windy City en lui procurant une nouvelle famille. James Rich dont la famille justement l’a accueilli quand, brisé, il quitta sa maison familiale de Dallas en raison d’insurmontables problèmes avec sa mère notamment. Jerry Buss, l’ancien propriétaire des Lakers. Et bien sûr, Chuck Daly qui lui a donné les bases pour devenir le magnifique ovni basketballistique qu’il a été.

Oui, parfaitement, un ovni basketballistique, c’est bien ce qu’a été Dennis Rodman. Un gars de 2m01 pour une centaine de kilos de muscles bien acérés qui est clairement le meilleur ailier rebondeur de tous les temps et l’un des meilleurs rebondeurs tout court que la Ligue ait jamais vu sur ses parquets. Un quintuple champion NBA, double All-Star, septuple meilleur rebondeur d’affilée, un défenseur qui a su tenir admirablement aussi bien Magic Johnson que Michael Jordan ou Shaquille O’Neal. Un garçon timide, choisi au deuxième tour de la Draft 86 par Detroit et devenu Hall of Famer au bout d’une carrière dantesque. Un grand malade qui se défonçait autant hors du terrain qu’il donnait de l’énergie dessus. Un fou charismatique qui compte parmi ses conquêtes féminines les sulfureuses Madonna ou Carmen Electra. Un type suffisamment excentrique pour débarquer en robe afin de promouvoir sa démentielle biographie répondant au titre de « Bad as i wanna be »…

Plus loin dans son speech, l’ami Dennis prendra le temps de s’excuser auprès de sa mère pour « ne pas voir été un bon fils » et il en fera de même auprès de ses propres enfants car avoir Rodman en père n’a pas dû forcément être un plaisir tous les jours tant il a joué avec le feu et s’est fait dévorer par la vie pendant de nombreuses années. Il concluera en expliquant qu’il « est surpris d’être encore là » tant il a brûlé son existence par les deux bouts tout en promettant dans de nouveaux sanglots qu’il allait tout faire « pour être une bonne personne et un bon père pour ses enfants ». Du pur Dennis Rodman dans le texte : vrai, sincère, tout en sensibilité mais toujours avec cette détermination enfouie au plus profond de lui.

Si certains observateurs avaient encore envie de débattre sur la légitimité de la présence de Dennis la Menace au Hall of Fame, ils étaient sûrement beaucoup moins nombreux après ce speech. Car, ce jour-là, la NBA intronisait dans son sanctuaire un spécimen curieux, atypique, touchant, monstrueusement doué, une bête de compétition, un coéquipier dévoué, un adevrsaire terrible, un homme tout aussi mal dans sa peau que furieux sur un parquet. Une légende. 

Le speech en entier

Source image : NBA TV

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