One-on-One

Non, la barbe de James Harden ne fait pas de lui un homme mature, encore moins un leader

Après une finale de Conférence l’an dernier, on attendait les Rockets comme de sérieux candidats pour troubler les désirs de back-to-back des Warriors, l’ajout de Ty Lawson devant leur permettre de franchir cette dernière marche, ou du moins leur donner un coup de pouce dans cette direction. Il n’en est rien, et Houston déçoit. Pour justifier cela, on évoque des blessures, on moque Daryl Morey, on critique Dwight Howard. Mais jamais on attaque James Harden. Une erreur, car sa part de responsabilité est grande dans les difficultés de sa franchise.

Bien sûr, il est bien accompagné dans le marasme texan, et les personnes citées ci-dessus ont également bien aidé à ce que les Fusées soient loin des attentes estivales. Sans compter qu’elles sont des cibles faciles, entre un GM qui a la gâchette bien huilée au moment de lancer des trades et un pivot immature dont le sourire de gamin prend le dessus sur des qualités de leadership inexistantes. Les mêmes qualités qu’on cherche d’ailleurs toujours chez James Harden. Parce que si on s’accorde pour dire que D12 n’est pas et ne sera jamais un franchise player, on attend toujours que « The Beard » nous prouve qu’il a les épaule pour en être un, pas seulement un mec qui fait ses stats. Et qui ne se soucie que de ça finalement, de son prochain triple-double, de son prochain match avec 40 ou 50 pions, mais certainement pas de la prochaine victoire des Rockets.

Alors bien entendu, ses partisans vont se cacher derrière les chiffres et le fait que malgré tout, James Harden reste le meilleur joueur du côté de Houston. On n’en doute pas un instant puisque la barbe la plus célèbre de la Ligue est le seul joueur de la saison à proposer au moins 28 points, 6 rebonds et 7 passes en moyenne. Dans l’histoire de la NBA, les autres mecs ayant posé de tels stats sur une saison entière ne sont pas des illustres inconnus : Oscar Robertson (à 8 reprises), Michael Jordan, Larry Bird, LeBron James (3 fois), John Havlicek ou encore Russell Westbrook l’accompagnent dans cette performance. Soit 15 saisons (16 en comptant celle en cours de James Harden), qui se sont soldées jusqu’à présent par 11 qualifications en Playoffs. Une issue loin d’être garantie pour les Rockets cette année. Sans compter que les joueurs sus-nommés montraient également un visage plus déterminé en défense. Parce que si on parle de stats, autant aller jusqu’au bout de la démarche pour voir que ses chiffres peuvent aussi être bien dégueulasses.

L’an dernier, les reproches fusaient déjà quant à son impact de ce côté du parquet, avec une efficacité défensive de 105. Il fait pire aujourd’hui avec 108 points encaissés pour 100 possessions lorsqu’il est sur le terrain. Son plus/minus défensif réel est de -1,28, bon pour une 55ème place parmi les arrières de la Ligue alors qu’il limitait la casse en 2015 avec un -0,16 et une 25ème position certes pas exceptionnelle, mais loin d’être infamante. Et ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres qui illustrent ses faiblesses en défense. Faiblesses ou d’ailleurs plutôt un manque d’implication. Car plus que ses limitations personnelles dans ce secteur du jeu, c’est sa fainéantise qui le coule et qui coûte cher à Houston. Lorsqu’il décide de faire un minimum d’effort, il n’est pas un boulet pour son équipe, il s’agit surtout qu’une question d’envie. Comment justifier sinon qu’un mec comme J.J. Redick, pourtant pas aussi doué physiquement et athlétiquement que lui, présente de meilleurs chiffres ? Tout simplement parce qu’il essaie d’appliquer les schémas. Mais un tel travail n’intéresse pas James Harden, pas motivé par cet aspect du jeu.

C’est là qu’on touche réellement le vrai problème du barbu, la raison pour laquelle on ne peut pas parler de lui comme d’un franchise player ou d’un leader. Cette absence d’effort, de motivation donc, mais aussi de remise en question. Alors que le mec a clamé tout l’été qu’il était le vrai MVP de la saison dernière – le tout bien entendu après avoir dit durant l’exercice que les récompenses individuelles ne l’intéressaient pas – il aurait dû revenir le couteau entre les dents au moment d’attaquer 2015-2016. C’est en tout cas ce qu’aurait fait un vrai compétiteur pour montrer le chemin à ses coéquipiers et pour franchir un nouveau palier. Au lieu de ça, James Harden a passé l’été à buller, à s’afficher avec Khloé Kardashian et même à se placer au dessus des autres membres des Rockets. La plèbe qui joue à ses côtés peut s’estimer heureuse de recevoir des offrandes de sa part. Il n’est pas le premier à se montrer critique envers ses potes de vestiaires. Kobe, LeBron ou MJ ont eu un tel comportement en leur temps. Mais ils ont porté leur cojones derrière en montrant l’exemple, alors qu’à Houston on attend toujours un signe illustrant que James Harden se sorte les doigts. Dans le même temps, le faux MVP, celui qui lui a volé son trophée l’an dernier, revient sur les parquets au taquet. Encore plus déterminé que jamais alors qu’il vient de remporter un titre. Et sans surprise, les Warriors décollent tandis que les Rockets pataugent. Pourtant, la différence de talent intrinsèque entre James Harden et Stephen Curry n’est pas énorme. Là où tout se joue, c’est dans la tête, au mental, à l’envie, au professionnalisme. L’un est costaud dans ce domaine, l’autre est aussi soft que son pivot si souvent critiqué pour les mêmes raisons.

Mais comme toujours chez les Rockets, on caresse la barbe dans le sens du poil et on ne le remet pas en cause. Début de saison pourri avec une adresse minable de la part de James Harden ? On dégage McHale. Incompatibilité avec Ty Lawson, la recrue phare de l’inter-saison ? C’est le nouveau venu qui est responsable et qui va squatter le banc et les rumeurs de transfert, même si le numéro 13 n’a rien fait pour faciliter son adaptation. Et quand tout part en sucette et que les Playoffs pourraient devenir une chimère, c’est le départ potentiel de Dwight Howard qui alimente les bruits de couloir, pendant que James reste serein. Mais de plus en plus isolé au sein de l’effectif, ses soutiens n’étant pas légion en dehors de son GM Daryl Morey. Son attitude agace de plus en plus et malgré les remarques sorties d’une réunion entre joueurs au moment de l’éviction de Kevin McHale sur les reproches qui lui étaient adressés, son comportement n’a pas changé. Pire, on sent que le ressort est définitivement cassé. Lorsqu’il offre une passe décisive, il s’en bat les reins et il reste dans son coin. Quand il est au sol, c’est tout juste si ses coéquipiers viennent le relever. La fin de saison pourrait bien être longue et douloureuse dans le Texas. Les années suivantes aussi. En confiant les clefs de la boutique à James Harden, le visage de la franchise mais aussi ses résultats dépendront de la façon dont le barbu grandira en tant que personne et en tant que leader. Un mot tabou à Houston depuis trois ans, l’équipe cherchant toujours sa signification que ni Harden, ni Howard n’ont pu trouver dans le dictionnaire. Les deux sont coupables, souhaitant être le boss des Rockets sans faire les efforts inhérents à une telle fonction.

Si le cas D12 pourrait bien être réglé cet été, il faudra maintenant que James Harden ne se contente pas seulement d’être le joueur le plus talentueux de sa franchise. Les mois à venir sont une opportunité pour lui de prendre enfin du plomb dans le crâne et de grandir. Au risque de devenir le Melo de sa génération, en version insupportable.

Source image : Sports Illustrated

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