Dossiers NBA

De la caverne à la lumière : Phil Jackson, flambeau de la rennaissance annoncée de Gotham City ?

Au sortir d’une nouvelle saison 2013/2014 peu glorieuse et décevante, les New York Knicks n’ont plus grand chose à espérer cette année si ce n’est la venue d’un ancien de la maison « Orange and Blue », Phil Jackson, au poste de président de leur franchise, battant critiquement de l’aile. De l’espoir, une silhouette empirique dévouée au service de l’exigence, un pas rassuré vers la victoire : tel serait le visage platonique à affirmer par le coach légendaire des Lakers et des Bulls, onze fois titré champion NBA…

Nouvelle officialisée sur NBA TV par l’ancien Knick Greg Anthony mercredi dernier, Phil Jackson détient désormais les rennes présidentielles de la franchise phare de Gotham City et donnera une conférence de presse en grandes pompes mardi après-midi, à 16h heure française, au Madison Square Garden. Adoubé et plus que jamais attendu, le « Zen Master » nourrit de grandes attentes autour de sa personne, lui, cette grande figure du coaching professionnel NBA avec onze titres de champion à son actif dont deux en tant que joueur avec ces mêmes Knicks au début des années 70. De par cette prise de pouvoir, cette signature laisse présager un retour de la franchise au premier plan, primée et respectée pour l’excellence et l’intensité de son jeu que pour son manque de discipline chronique et ses frasques répétées. Ainsi, Phil Jackson symboliserait-il cet instinct retrouvé pour le succès, cette voix éclairée qui extirperait New York de l’oubli abyssal, instauré par James Dolan ? Plusieurs raisons de le croire…

Ayant ardemment dominé l’actualité de ces derniers jours, cette venue ou ce retour à la maison de Jackson inspire un profond réconfort moral, un surplus de considération perdue, de sérieux renouvelé pour une franchise moquée et véritablement déstructurée cette saison, passant le plus clair de son temps à se cacher derrière la devanture prestigieuse de sa renommée mondiale et des apparences innommables pour leurs fans qui ne trompent plus, au final, que les joueurs eux-mêmes. Or, bien que relancés dans le dernier sprint pour les Playoffs, cinq victoires consécutives à la clef, cette intronisation exécutive de Phil Jackson ne saurait sauver les Knicks de l’échec évident à venir. Une déconvenue façonnée depuis le début de la saison qui, à l’inverse, ferait la liaison et mettrait un point définitif à toute une période dénuée de véritable sens, dénuée d’élan salvateur pour toute une nation qui se montre plus que jamais lassée des profits et des manigances pécuniaires de sa hiérarchie. Si ce changement communicationnel en coulisses s’apprête à redonner du crédit et à insuffler une dose de motivation élémentaire au groupe, il ouvre la porte à de nouvelles interrogations structurales auxquelles des réponses probantes et rapides devront être exposées et appliquées. Dès lors, dans l’élaboration de cette esquisse rayonnante du futur, d’une résurrection de l’esprit pugnace des années 90, les choix pris par Jackson auront bien évidemment une incidence fondamentale dans cette reconstruction, à la fois picturale et systémique pour les Knicks.

En premier lieu, tout partira de la sélection de l’entraîneur promu à driver cette idéologie, à revenir à ce qui se tramerait en toute logique, à savoir une attaque en triangle polyvalente, adaptée aux besoins de l’escouade. Bien que Mike Woodson quémande d’ores et déjà une prolongation et tente bravement de sauver sa tête, peu de disciples du « Zen Master » se distinguent sur ses tablettes. Le nom de l’ancien general manager des Phoenix Suns et analyste chez TNT, ayant servi pour Jackson avec les Chicago Bulls, Steve Kerr, a été fortement appuyé la semaine passée et semblerait être le choix numéro 1 du nouvel architecte des Knicks. Également, Jim Cleamons, assistant chez les Milwaukee Bucks et ayant travaillé sous les ordres du « Grand Phil », serait pressenti, de même que Nate McMillan et Brian Shaw, actuellement en galère avec les Denver Nuggets, ces-derniers demeurant tous deux des pistes chaudes pour mettre en forme le futur plan de leur mentor. En somme, un retour au top qui irait de soi avec le renouveau d’une culture de jeu dynamique, éclipsant pas à pas l’irrégularité outrancière et aveugle de l’isolation.

En second lieu, une fois la question de l’entraîneur réglée, reste celle de la star Carmelo Anthony. Pièce maîtresse du plan infructueux de Dolan jusqu’ici, le sort d’Anthony apparaît comme étant un des facteurs prééminents de la réussite future de Phil Jackson durant son mandat de cinq ans et ses 12 millions de dollars annuels. Ne pouvant plus maquiller ses capacités inexistantes à endosser de façon concrète son rôle de leader et, de facto, de franchise player, le fait de le garder et de développer son potentiel au maximum alternera à coup sûr la face de la franchise. Tout comme Michael Jordan et Kobe Bryant auparavant, Jackson possède un joueur flamboyant, un diamant brut au creux de sa main, une merveille offensive qu’il n’est pas prêt de retrouver de sitôt. En d’autres termes, un départ du natif de Red Hook en tant qu’agent libre lors du marché estival des transferts à venir est à proscrire absolument ; « Melo » prendrait le maximum qu’aucune autre cylindrée ne pourrait lui proposer, ce qui éviterait par ailleurs une « The Decision bis » qui plongerait la ville entière dans une colère effroyable, perspective néfaste dont le « Zen Master » ne souhaiterait en personnifier la culpabilité, au vue du chantier monstrueux qui l’attend. Si on voit mal Jackson se séparer de Carmelo et repartir véritablement de zéro, des ruines encore fumantes de ses prédécesseurs à cheval sur les deux dernières décennies (n’est-ce pas, Isiah Thomas ?), un départ de la Big Apple du numéro 7 décrié ne devrait se faire sans imaginer un blockbuster trade à plusieurs équipes afin d’en récupérer une contrepartie importante. De plus, le point sensible demeurera le fait de pouvoir l’entourer efficacement vu la marche de manœuvre extrêmement réduite des Knicks. New York prévoyant de se retrouver au-dessus du salary cap l’an prochain, refourguer à un bon prix Tyson Chandler (14,6 millions), Andrea Bargnani (11,5 millions) ou, pire encore, Amar’e Stoudemire (23,4 millions) paraît inévitable et ne sera pas une mince affaire pour Jackson qui sera amené à trancher, même si cela ne fait pas plaisir ou si cela doit prendre de la maturité.

En définitive, on peut dorénavant spéculer plus que de raison sur le travail titanesque que désire accomplir Phil Jackson avec Gotham City. Si les Knicks semblent alertes et avisés sur les parquets à présent, leur potentielle présence en Playoffs restera purement illusoire, très loin de les imaginer reproduire l’exceptionnelle épopée de 1999 qui les mena jusqu’en Finales NBA. Éphémère et certainement grossier, à l’image de leur saison honteuse en dents de scie, cet ultime mensonge (aux conséquences préjudiciables ?) ne saurait pourtant obscurcir le réel changement éthique qui vient d’être initié avec l’arrivée du « Zen Master ». Tout comme dans la sphère politique, voilà une image rassurante et expérimentée qui animera le train de vie, les réflexions irascibles des supporters des Knicks durant les cinq prochaines années avec son lot de réformes à imposer.

Si physiquement tout reste à faire, une métamorphose consciente et progressive à cette échelle, presque une révolution quand on la confronte à l’isolationnisme nauséabond de James Dolan, se construit en aiguillant avant tout le peuple, un peuple souverain qui a d’ailleurs confirmé la manifestation protestataire du 19 mars. En un mot, encore un signe avant-coureur qui souligne l’entrain décuplé de toute une ville décidée, avide de redorer le blason de son équipe avec, cette fois-ci, méthode, force et dignité. Que la hargne soit avec toi, Phil…

Source texte : NY Post / Source image : ESPN

Cliquez pour commenter

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



To Top