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Communication, leadership, alchimie : Quand il ne reste plus que le rire à New York

Que le mensonge cesse : Carmelo Anthony peut mettre 100 points sur un sublime coup de chaud et ainsi faire rugir le Madison Square Garden mais ce ne serait qu’une vulgaire illusion qui dissimulerait le véritable trauma de son équipe, dépourvue à l’heure actuelle de toute promesse future à un avenir florissant. En effet, les Knicks réalisent une première partie de saison 2013/2014 calamiteuse pour de supposés prétendants au titre suprême, affichant 16 maigres victoires pour 27 revers qui les classent à la onzième place d’une conférence Est dérisoire où seulement cinq équipes arborent un bilan positif. Entre frasques enfantines et des résultats décevants qui s’enchaînent irrémédiablement, un fossé béant se creuse entre Mike Woodson et ses joueurs tournés en ridicule, laissant jusqu’à entrevoir, en arrière plan, une fracture encore plus grave et plus inquiétante envers leurs fans qui se sentent de plus en plus oubliés dans ce marasme ambiant de la Big Apple. Et tout indique que cela n’est prêt de s’arrêter…

Une communication vouée à l’échec

Plus qu’une mauvaise prémonition, la maladresse de Carmelo Anthony lancée dans la mare avant même le début de la saison a été vraisemblablement le premier échec communicationnel qui s’est intensifié pour les Knicks quelques mois plus tard. Surement sans le vouloir, le « leader attitré » de l’escouade new-yorkaise a, de ce fait, entaché la construction d’une confiance solide pour les siens dont les répercussions éclosent au grand jour. Un malheur n’arrivant jamais seul, la blessure de Tyson Chandler, un autre supposé lieutenant de la franchise perdant pied, se blesse pendant plus d’un mois et les certitudes établies de l’an passé passent à la trappe aussi sec, matérialisant ainsi la première descente aux enfers pour « Gotham City ». Devenu expert dans l’exercice de se mutiler, l’entraîneur critiqué de tout part cette saison, Mike Woodson, devient l’épouvantail d’une idéologie inamovible qui a pour objet de se contenter, de se complaire dans l’erreur et d’attendre patiemment que la folie victorieuse de la saison régulière précédente refasse surface, relançant la machine tout entière vers le haut du classement avec panache et impétuosité. « Tout va bien, nous allons rebondir », évoque-t-il dans de multiples interviews d’après-match qui ne servent qu’à attiser le sentiment maladif d’une écurie en berne, passant le plus clair de son temps à se détourner de la réalité véridique des terrains et des états d’âme de ses fans délaissés, presque complices de ce complot organisé à grande échelle qui défie tout sens moral du sport pratiqué. Plus profondément, le dégoût qui en découle provient de plus haut, du propriétaire impassible James Dolan qui orchestre et travaille, depuis sa tour en diamant, au bon déroulement de cette situation déplorable. En effet, la valeur de la franchise serait estimée à plus de 1,4 milliards de dollars. Ainsi, pourquoi tant d’inquiétude ? Le Madison Square Garden est toujours bien rempli, des stars telles que Woody Allen, Michael J. Fox ou encore Spike Lee se rendent régulièrement au match pour assister, souriants et bouffis, aux débâcles répétées de leurs coqueluches. Dès lors, le numéro macabre de ventriloque entre Dolan et son pantin Woodson, plus que jamais sur la même longueur d’ondes, dirait-il vrai ? Tout irait pour le mieux à NYC et la prééminence du jeu ne serait que secondaire, illusoire ? C’est bien là tout le problème…

Un leadership quasi inexistant

Question pertinente : oui, dites-nous quels sombres personnages influents laisseraient cette farce prendre tant d’ampleur et se développer semaine après semaine, déception après déception ? Le coach selon Chandler et Anthony, la direction pour « Gérard » Smith, ce-dernier moqué de toute part et encore blessé par l’éviction de son frère Chris du groupe professionnel. En d’autres termes, en parallèle d’une communication dramatique aux lourdes conséquences, le groupe se lance dans une chasse aux sorcières, un maccarthysme déplacé qui renforce l’idée d’une cylindrée lucrative sans cerveau, se frappant la tête violemment contre les murs de leur antre légendaire du MSG. Comme souvent, lorsqu’il n’est pas lui aussi hué au même titre que ses petits camarades, « Melo » prend les choses en main en faisant feu de tout bois; lorsqu’il score, le ciel est d’un bleu si clair qu’il éclipse toutes les déconvenues passées en une fraction de seconde. Dans le cas contraire, la pluie d’indignation retombe de plus belle et les Knicks ne trouvent aucune autre solution offensive sérieuse, relâchant instantanément leurs efforts. Aucune résolution de rechange n’est alors prise sous l’impulsion du « prétendu franchise player polyvalent » et l’hémorragie chronique démarre. Dans cette ambiance nauséabonde, on perçoit des joueurs mal à l’aise, balbutiant leur jeu les uns les autres, pointés du doigt, se sentant dénigrés copieusement à chaque fois qu’il touche le ballon et qu’il s’apprête à driver ou à shooter (Iman Shumpert en tête de gondole). Hormis un road-trip texan qui entrevoyait un élan positif, solidaire de la part de toute une équipe revitalisée et appliquée, les oublis défensifs, une timidité dans l’initiative et une maladresse criante aux tirs déclenchés sont réapparus comme par magie, pareils à un écran de fumée éphémère qui devait s’estomper et réaffirmer, encore plus fort, les lacunes préjudiciables de toute une saison. Semblables à des brebis égarées, libres de gambader sur un parquet luxueux sans le moindre souci d’autorité exprimé par un berger au crane luisant tout aussi perdu, ces New York Knicks version 2013/2014 remplissent malgré tout l’une de leurs missions premières, à savoir d’amuser la galerie NBA de par leurs difficultés répétitives à remporter une rencontre largement à leur portée mais aussi de faire resplendir, aux yeux de tous, leur fierté orgueilleuse à demeurer improductifs sur les parquets, leur médaille scintillante de la « loose », leur diplôme obtenu avec mention de l’escouade dont on peut se moquer sans concession.

Une alchimie semblable à un sketch à succès

« Nous sommes la risée de la ligue », déclarait il y a peu Carmelo Anthony à la suite d’une énième défaite concédée par les siens. Une parole qui prend aujourd’hui tout son sens et qui souligne on ne peut mieux l’accalmie qualitative proposée par les Knicks en 48 minutes. Plus grave encore, à défaut de se souvenir de performances remarquées (sauf dorénavant celle d’Anthony face à Charlotte) ou d’alley-oops enflammés entre Raymond Felton et Amar’e Stoudemire par exemple, les fans ont pris l’habitude de rire à gorge déployée des déboires successifs de joueurs confinés dans une spirale affreuse du ridicule qui montre ouvertement qu’ils ne savent plus où ils doivent aller. Entre autres, Andrea Bargnani remixe « I Believe I Can Fly » de R. Kelly et se blesse à l’atterrissage, « Gérard » Smith combat à sa manière la discrimination intellectuelle dont il est victime en délaçant les chaussures de ses adversaires, etc. En somme, tout semble réuni pour passer un bon moment en famille lorsqu’on s’engage à regarder et donc à s’extasier devant un match des Knicks : de l’humour, des cascades exceptionnelles, une défense-gruyère aux abonnés absents, un arrosage automatique aux tirs quand il y a le feu à la maison, des actions collectives devenues des instants cultes du Shaqtin’ A Fool

Celebrities Attend The Detroit Pistons Vs New York Knicks Game

Michelle Rodriguez et Cara Delevingne en pleine extase devant le jeu des Knicks (Source : blaknblutv.com/blog)

En définitive, il faut rappeler, pour leur défense, que les Knicks n’ont certes pas été épargné par l’épidémie cinglante de blessures qui s’abat toujours sur l’ensemble de la ligue, celles-ci survenues à des moments clés. Les absences de Tyson Chandler pour le secteur intérieur, de Raymond Felton qui ne semble pas s’être totalement réparée, ayant laissée un vide à la mène, de Kenyon Martin et du « Stoud » pour encore plus d’une semaine dans la profondeur toujours activement recherchée du banc, ont enraillé toute élaboration d’une possible et attendue alchimie de groupe. En manque de repères et d’un leadership prédominant, ce paramètre ne saurait à lui seul masquer la tristesse partagée par cet effectif déstructuré qui creuse sa propre tombe à mesure que les critiques se font de plus en plus insistantes et méprisantes.

En un mot, la manipulation vient bien d’en haut, des sphères dirigeantes de cet illustre cirque faisant salle comble où qu’il aille, dont les joueurs et leurs fans deviennent les victimes collatérales. Dans l’immédiat, un trade salvateur permettant de casser les fondations ballantes afin de repartir sur de bases saines, un changement vital est plus que jamais espéré mais semble futile dans sa réalisation, au regard de l’entêtement absurde cultivé par la hiérarchie de la franchise. Celle-ci nageant dans l’opulence et la satisfaction la plus hypocrite, ce n’est donc pas une performance personnelle isolée, aussi resplendissante soit-elle, de Carmelo Anthony face à des Bobcats de Charlotte, orphelins de Kemba Walker, qui viendra résoudre quoique ce soit. Alors oui, rions car la dérision s’avère être le meilleur des vaccins aux maux des soldats de la Big Apple en ces temps peu glorieux. Ah si, point éminemment positif : « les Knicks sont toujours dans la course aux PlayOffs », dixit Woodson…

Source photo : rantsports.com

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