Draft NBA

La réflexion du mercredi : pourquoi Yoan Makoundou mérite-t-il d’aller en NBA ?

Yoan Makoundou

250 millions sur cinq ans, ou rien.

Source image : YouTube

La réflexion du mercredi, une rubrique ouverte aux esprits ouverts à cette rubrique. Ce qui veut dire ? Ce qui veut dire que peu importe l’absurdité ou le non sens qu’évoque pour vous cette réflexion, la discussion prime sur la cohérence. L’actualité nourrira un débat totalement partial, duquel notre déontologie journalistique se désolidarise de bout en bout.

La Meilleraie. Cette antre culte du championnat de France, surnommée « le hangar » pour sa rusticité, respire le basket-ball plaisir. L’odeur de bière y accentue le caractère festif des matchs. Dans l’air, l’alcool, la chaleur et la passion forment un drôle de mélange. Une atmosphère que l’on regrettera probablement dans quelques années, quand la droiture des fonds d’investissement se sera emparée du championnat de France. Là n’est pas le sujet. Dans le ciel de la Meilleraie, entre les maillots de Rudy Gobert et Nando De Colo, Yoan Makoundou pose avec les étoiles. Les trombones de la fanfare bégrollaise accompagnent son envolée. Il est l’un des neufs Français candidats à la Draft 2022. Il y a encore quelques mois, c’était peine perdue. Ses 21 printemps – 22 en août – l’obligeaient, par rapport aux prospects plus jeunes, à compenser. Il lui fallait dissimuler un basket commencé sur le tard – à quinze ans – pour chasser les mauvaises expressions des scouting reports à son nom. Sa lecture du jeu, son dribble et ses hésitations balle en main, à deux ou trois mètres du cercle, alimentaient l’argumentaire d’observateurs sceptiques. Mais voilà. À force de classements pré-draft et de statistiques, l’on a tendance à « mercenariser » les joueurs. Comme si Yoan n’était qu’un poste 4/5 de 2m07 qui devait bosser sa technique : « Rah, il n’est pas super grand, il va galérer contre Youssoupha Fall et Victor Wembanyama ». Et la flamme ? Et l’amour du maillot ? En dépit de toutes les analyses donc, la force de caractère a permis à ce jeune de 21 balais, de se payer les meilleures écuries du championnat de France.

« On est très excités à l’idée d’aller en Playoffs et je ne m’avouerai jamais vaincu : on va essayer de jouer contre l’ASVEL les yeux dans les yeux. Le taff n’est pas encore fini ! ». Le 17 mai dernier, après la victoire contre Monaco – synonyme de qualification en Playoffs – Yoan Makoundou fait passer l’enjeu individuel au second plan. En cette période, rares sont les candidats à la Draft 2022 qui discutent encore des ambitions avec leur club. On se souvient de l’épopée de Frank Ntilikina en 2017 avec Strasbourg, arrêtée en finale face à l’Élan Chalon. Désolé pour les supporters alsaciens qui – au beau milieu d’un papier sur Makoundou – ne s’attendaient pas à repenser au buzzer de Jérémy Nzeulie. Mais les Playoffs sont une belle scène d’exposition pour le talent d’un jeune. Une petite March Madness à la française, qui permet aux scouts d’évaluer les capacités du joueur sous la pression. Cela faisait dix ans que Cholet Basket n’était pas retourné en Playoffs. Avec 27 points et 7 rebonds pour la réception de Monaco, Yoan Makoundou a prouvé qu’il savait performer dans les très grands moments, et ce avant même le début des festivités. Ce mardi 24 mai 2022, le cauchemar de Luke Fischer a ajouté un nouveau mastodonte à son tableau de chasse. À l’occasion du match 1 du premier tour des Playoffs, Cholet Basket s’en est allé braquer l’ASVEL. Les stats de Yoan ? 10 points à 4/6 au tir dont 1/1 du parking, 1 assist, 3 rebonds, 2 contres et 1 interception, en « seulement » 17 minutes de jeu. Un block sur Victor Wembanyama, transparent dans cette rencontre, et un second au meilleur des moments, à huit secondes du terme. Entre tabasser deux équipes d’EuroLeague en une semaine ou faire mumuse au Draft Combine, Yoan Makoundou a choisi sa publicité.

« League him ! ». Une seule expression en bouche, qu’il ne s’autorise pas encore. En l’espace de dix jours, le Mak a fait plier Monaco, peut sortir le leader de saison régulière et a validé… sa première sélection en Équipe de France. Vous avez bien lu. Ce mercredi, au lendemain de l’exploit choletais en terre villeurbannaise, Vincent Collet a appelé Yoan avec les Bleus. Tout ce qu’il touche se transforme en or. La cerise sur la cerise qui elle-même était déjà posée sur la cerise du gâteau. On n’a pas les bouquins statistiques sous les yeux, mais il faudra vérifier combien de joueur de 21 ans sélectionnés en Équipe de France, ont été draftés. S’il est encore tôt pour contempler l’évidente remontée de Makoundou dans les mocks draft, le match le plus important de sa jeune carrière est devant lui. Ce vendredi, l’ASVEL – en mission survie – se déplace dans l’enfer de la Meilleraie. Là-bas, tout peut arriver. Les supporters soufflent sur la nuque de l’adversaire. Si, dans cette fournaise annoncée, Yoan lâche 20 points et 10 rebonds, comment les scouts pourraient-ils fermer les yeux ? Le 15 janvier 2022, Cholet Basket était relégable et Gilles Bourdouleix menaçait de couper les subventions. Quatre mois plus tard, le club des Mauges est tout en haut et monsieur le maire fait comme tout le monde : il applaudit. Puisse-t-il – sourire forcé ou non – féliciter l’envolée de Yoan Makoundou outre-Atlantique, le 23 juin prochain.

Au dernier moment, Yoan Makoundou passe la tête. En cas de victoire choletaise ce vendredi, la reconsidération amerloque vis-à-vis du Français serait totale. Il sait tirer, sauter et progresse dans bien d’autres secteurs. Mais son appétit de la gagne, moins souligné dans les scouting reports, reste sa plus grande force.

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