Art

« Dunk or die » : le docu inratable sur l’itinéraire de Kadour Ziani, aka l’homme qui volait au-dessus des problèmes

Dunk or die 4 mars 2022

« Quand t’as des ailes tu peux pas avoir de problème. Tu voles au dessus du problème. » Dunk or die c’est du show, mais c’est surtout une leçon de vie.

Source image : Dunk or die

On nous avait dit de ne rater ça sous aucun prétexte, alors on a attendu sagement d’avoir deux heures devant nous et on a sauté sur la première occasion. « Dunk or die » est sorti le samedi 19 février sur Canal +, il nous aura donc fallu deux semaine pour le déguster, et le terme « déguster » n’est pas choisi au hasard. Allez, débrief, sans trop en dire même si on en meurt d’envie.

« Dunk or die ». Ce titre non plus n’est pas choisi au hasard. Non, car Kadour Ziani est le genre de mec qui ne prend pas de détour. Il fait ce qu’il veut, il dit ce qu’il veut. Pour ceux qui connaissent le phénomène on parle de l’un des dunkeurs les plus incroyables de l’histoire, aucune exagération, adoubé par les plus grands, aucune exagération, et ce docu retraçant son histoire nous a laissé bouche bée, aucune exagération. Difficile exercice que de vous donner envie de le regarder sans vous en conter l’essentiel mais allons y, et sachez en tout cas que c’est le genre d’histoire qui marque.

Quand t’as des ailes tu peux pas avoir de problème. Y’a un problème ? Tu voles au dessus du problème.

L’histoire prend place en bas de l’immeuble 36 du quartier du Vert-Bois, à Saint-Dizier, département 52. Le genre de quartier dont on ne parle pas vraiment pour ses ronds-points fleuris, le genre de quartier dont les habitants vous diront qu’il est une immense famille, mais le genre de quartier, aussi, duquel il est difficile de sortir, difficile de ne pas céder à ses tentations. Kadour Ziani y a cédé, un peu, nous sommes dans les années 80 et on est encore loin de la belle histoire. Un docu en noir et blanc, déjà parce qu’on y retrouve son lot d’images d’archive, mais aussi parce que l’histoire de Kadour n’est pas rose. Kadour, l’enfant d’origine algérienne, issu d’une famille de treize gosses dont Nordine, le petit frère, et Laouaria, la petite sœur, intervenants essentiels du docu, intervenants essentiels dans la construction de l’homme-oiseau.

Lui voudrait être cascadeur, lui est fasciné par tout ce qui vole, et lorsqu’il découvre Michael Jordan son idée pour sortir des emmerdes devient un vrai objectif de vie, porté par des aptitudes physiques qu’il découvre et qu’il travaille déjà. Kadour veut dunker, coûte que coûte.

J’ai commencé à devenir fou, un malade mental du dunk, dans ma tête ça y ‘est, c’était dunk or die.

A l’époque on est encore loin du Slam Dunk Contest, Kadour reste un gamin électrique qui s’éclaire aux feux de poubelle et qui déglingue des planches au fusil à pompe pour faire taire les voisins. Ah bon. Ecorché est l’acrobate en train de naître, écorchées sont ses mains pleines d’ampoule mais l’exutoire est trouvé, c’est « déjà ça ».

Moment parfait pour opérer un énorme jump dans le temps histoire donc de ne rien vous dévoiler de plus, mais sachez qu’au final les feux de poubelle laisseront place aux lumières du Madison Square Garden ou du United Center, que le fusil à pompe sera rangé pour des paires de Jordan, que les voisins mécontents se transformeront en Vince Carter, Kobe Bryant ou Kareem Abdul-Jabbar, et que les gamins curieux du City Stade se mueront au final en salle bondée dans un All-Star Game à Bercy.

La Slam Nation et ses phénomènes, La Slam Nation et la création d’une famille, l’avènement du dunk en France, voyager partout dans le monde, donner le sourire à des gamins de Manille bousillés par la famine, parcourir les plateaux TV, rendre fier la famille, rendre fier le Vert-Bois. Des sourires, des délires, réussir au final à vivre d’une passion et faire frissonner la planète basket grâce à ses 1m45 de détente sèche, mais l’histoire n’est pas rose on vous dit, et tout au long de ce doc c’est un Kadour en permanence en proie à ses démons qui nous accompagne, comme pour nous rappeler sans cesse d’où il vient, que rien ne lui a jamais été offert.

Quand on est dunkeur on est drogué à la sensation.

Les Philippines seront une révélation pour le dunkeur, qui repousse sans arrêt ses limites jusqu’à mettre en danger son corps meurtri, et on vous recommande d’ailleurs chaudement cette anecdote concernant son index, parce qu’on l’a dit : Kadour veut dunker, coûte que coûte. Dunker et ne pas dépérir, dunker pour ne pas mourir, quitte à bouffer des docus animaliers pour observer les postures idéales afin de gagner en vitesse et en détente car cet homme-là est aussi un travailleur acharné, un mec qui réfléchit. Beaucoup, beaucoup beaucoup.

Nicolas De Virieu nous offre ici une plongée sans détour dans l’esprit génial et torturé d’un homme qui n’avait qu’une issue pour s’en sortir, celle de fracasser des arceaux par centaines. Du sport, évidemment, mais surtout l’histoire touchante d’un mec qui ne voulait pas mourir et qui, au final, a fait de sa passion un art, un art qu’il enseigne et qu’il promeut encore aujourd’hui, comme pour rendre à cet art ce qu’il lui a donné.

Documentaire disponible dès à présent, en replay sur MyCanal !

Cliquez pour commenter

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



To Top