One-on-One

Minnesota, cette franchise que les stars quittent pour gagner : Kevin Garnett, Kevin Love… Karl-Anthony Towns ?

loup

Il se retourna une dernière fois, et aperçut Andrew Wiggins se féliciter de son nouveau statut de franchise player. C’est là qu’il comprit qu’il avait fait le bon choix.

Source image : YouTube

La journée d’aujourd’hui est l’occasion de le dire, de le redire et de le re-répéter, ce n’est encore pas cette saison que les Wolves tutoieront les sommets de la Ligue. Loin de nous l’idée que tout va mal à Minneapolis hein, il y a même de belles lueurs d’espoirs – enfin quelques unes – mais pas l’ombre de l’ombre d’un Champions Project à la marseillaise à l’horizon. Est-ce problématique ? Plutôt et à un plus d’un titre, notamment parce qu’un jeune intérieur dominant pourrait bien suivre la trace de certains de ses glorieux aînés et… quitter la ville très vite.

Nous sommes le 31 juillet 2007 et le jour est à marquer d’une pierre – tombale – blanche dans l’histoire des Wolves. Après douze saisons de bons et historiques services dans le Minnesota, Kevin Garnett s’en va. Débarqué en juin 95 directement du lycée avec un statut – déjà – de superstar dans une franchise âgée de six ans seulement et qui n’avait alors jamais daigné dépasser les 29 victoires en régulière, KG arrive avec une hype immense, tant au niveau individuel car il est un espèce de cyborg ahurissant, qu’au niveau collectif car sa franchise espère enfin pouvoir exister en NBA grâce à lui. Douze saisons plus tard ? Dire que Da Kid a révolutionné les Wolves est un terme bien faible… A titre personnel ? Dix All-Star Games, plus de 19 000 points, quasiment 11 000 rebonds, 4 000 passes, 1 300 interceptions et 1 600 contres, un trophée de MVP en 2004 après une saison parmi les plus folles de l’histoire (24,2 points, 13,9 rebonds, 5 passes, 1,4 steal et 2,2 blocks), du moins avant que les maîtres de la statistique prennent possession de la NBA depuis quelques années. Un monstre sur le terrain mais également, et surtout, l’identité d’une franchise toute entière changée en un froncement de sourcil. Car Kevin Garnett n’est pas simplement un pourvoyeur de stats, il est l’âme de toute une région. Son trashtalking, sa férocité et son amour pour les Wolves font de lui un intouchable, et on n’imagine alors pas une seconde KG jouer sous un autre maillot que celui floqué d’une tête de loup. Surtout pas en 2004 d’ailleurs, pic de forme all-time de la franchise de Minneapolis puisque les Wolves iront cette année-là jusqu’en Finale de Conférence face à des Lakers malheureusement un level au-dessus. Ce que ne sait alors pas Kevinou ? C’est que cette saison 2004 (la plus belle de l’histoire de Minny avec 58 wins) ne connaîtra jamais de bis repetita, c’est que cette FDC l’aura vu jouer ses derniers matchs de Playoffs avec les Wolves… Tensions au sein de la franchise, départs de Sam Cassell et Latrell Sprewell, licenciement de Flip Sauders… la transition est foirée dans les grandes largeurs et c’est donc le 31 juillet 2007 que le couperet tombe, emportant avec lui des milliers de fans noyés dans des litres et des litres de larmes. Kevin Garnett part pour Boston, les Wolves récupèrent Ryan Gomes, Theo Ratliff, Al Jefferson, Gerald Green, Sebastian Telfair et deux premiers tours de Draft. Un mur porteur écroulé et cinq cartons de polystyrène pour rebâtir, bon chance. Une décision qui ne fera malheureusement pas décoller Minnesota (voir paragraphe suivant) mais qui aura pour effet immédiat de faire passer la carrière de Kevin Garnett à un niveau Hall of Fame puisqu’à peine un an plus tard le filou emportera le trophée de meilleur défenseur de l’année avant de devenir champion NBA dès sa première saison avec Boston. Un peu facile me direz-vous lorsque l’on passe de Ricky Davis, Mark Blount, Mike James et Randy Foye (les quatre meilleurs marqueurs des Wolves 2007 hors-Garnett…) à Ray Allen, Paul Pierce et Rajon Rondo, mais c’est bien pour cela que KG avait fait ce dur choix un an auparavant, pas dur sportivement non (lol), mais peu évident psychologiquement, après voir donné douze ans de sa vie à la franchise… de sa vie jusque-là. C’est en tout cas par là que devait passer KG pour gagner, quitter sa tanière, une tanière qu’il retrouvera au crépuscule de sa carrière pour une quarantaine de matchs insignifiants, mis à part peut-être ce soir béni où il offrit à son public une dernière danse en postérisant salement Blake Griffin. Le retour de la momie version NBA.

Nous sommes le 23 août 2014, et une nouvelle ère, une de plus, s’ouvre dans le Minnesota. Kevin Love s’en va à son tour vers d’autres cieux, et le public du Target Center peut regarder avec mélancolie six années de boucheries inutiles de la part de leur bûcheron aux mains d’orfèvre. Car en effet, si l’ère post-Garnett a été « assurée » par un Al Jefferson dominant car l’époque permettait alors aux grosses fesses de se sentir bien en NBA, c’est un autre intérieur qui va rapidement hériter du costume du super-héros, ou plutôt de l’homme à tout faire. Ce joueur c’est Kevin Love, drafté en 2008 par… Memphis, mais envoyé dans la foulée chez les Wolves en compagnie de Brian Cardinal (futur champion NBA t’as vu), Jason Collins et Mike Miller contre Greg Buckner, Marko Jaric, O.J. Mayo et Antoine Walker, quatre sacrés spécimens. Lors de ses deux premières saisons Kevin Love progresse lentement, déjà proche d’un double-double de moyenne en tant que rookie, mais c’est lors de sa troisième saison chez les Loups qu’il va réellement devenir un joueur qui compte. Intronisé dans le starting five par le vénérable (non) Kurt Rambis, Keke L’Amour devient alors un véritable monstre statistique, le Bertrand Renart américain qu’on l’appelle, et sera d’ailleurs invité dès 2010 pour le premier de ses trois All-Star Games dans la peau d’un Loup. Les spécialités de Kev ? Elles sont au nombre de deux : scorer, et prendre des rebonds. Beaucoup scorer, et prendre beaucoup de rebonds. Spécialiste des débuts de match de fou malade, Love peut alors se retrouver à 16 points et 8 rebonds en fin de premier quart que ça ne choque personne, pas même les adversaires d’ailleurs puisque si Love domine, on ne peut malheureusement pas en dire autant de son équipe. 22, 24, 15, 17, 26, 31 et 40, ceci n’est pas le tirage du loto mais plutôt du quine-loto le plus rincé qui soit, puisque ce sont le nombre de matchs remportés chaque saison par les Wolves durant le règne en mousse de Lovinho. Et malgré un trophée de MIP en 2011, de meilleur rebondeur de la Ligue la même année et au total plus de… 7 000 points marqués et 4 400 rebonds amassés avec Minny, jamais Kevin Love n’apercevra ne serait-ce que l’ombre d’une postseason. Rude comme un hiver (et un été ?) dans le Minnesota, et ce qui devait arriver arriva finalement à l’été 2014, pas le préféré des supporters de foot au Brésil. 23 juillet, direction… l’Ohio pour Kevin Love, qui rejoint LeBron James et Kyrie Irving pour tenter de gagner – enfin – deux matchs de suite de temps en temps et plus si affinités. En échange du meilleur farmer du pays ? Les Loups récupèrent Thaddeus Young, Anthony MdrBennett et surtout Andrew Wiggins, tout récent n°1 de Draft mais qui n’a semble-t-il jamais vraiment été dans les plans du nouveau proprio des Cavs : LeBron James. On connaît la suite, Kevin Love disputera quatre Finales NBA consécutives et sera champion en 2016, alors qu’Anthony Bennett galère aujourd’hui dans le championnat de Laponie et qu’Andrew Wiggins mériterait de l’y rejoindre à grands coups de pompes dans le derche.

Deux intérieurs dominants +++ dont le prénom commence par K ? Leaders respectifs d’une franchise qui ne gagne rien ? Vous nous voyez sans doute venir. Alors mettons rapidement les pieds dans le plat et posons-nous cette question : combien de temps va bien pouvoir tenir Karl-Anthony Towns avant de comprendre que l’herbe serait sans doute plus verte ailleurs ? Parce que pour l’instant disons que Charles-Antoine Métropoles marche dans les traces de ses glorieux aînés, à savoir les traces de bêtes de joueurs mais qui ne gagnent pas, la faute à un supporting cast et une concurrence féroce à l’Ouest. Car il y a de ça aussi et si les deux Kevin ont finalement choisi de tourner à droite au feu orange on croit savoir pourquoi. Pour l’instant ? KAT a d’ores et déjà réussi à faire ce que Kéké Love n’a jamais fait : jouer une série de Playoffs avec les Wolves. Youpi. Nikola Jokic est passé par là et on pensait le groupe de Thibodeau prêt à devenir une équipe qui compte, sauf que Jimmy Butler et son énorme égo sont passés par là, sauf que l’ancien coach des Bulls n’a jamais su tirer le meilleur d’un groupe pourtant excitant sur le papier. La faute aux deux zozos sus-cités évidemment, mais la faute également à un Wiggins de plus en plus énervant, à un KAT qui n’arrive pas à passer le cap qui ferait de lui un patron sur et en dehors du terrain, et donc, on y revient, à une Conférence Ouest toujours plus badass. A titre individuel ? Karl-Anthony Towns n’a que peu d’équivalent. 22,3 points et 12 rebonds de moyenne lors de ses quatre premières saisons, des records de précocité à la pelle, des facilités à jouer dessous, dos au panier, face au panier, un tir devenu intéressant du parking, bref un genre de joueur ultime mais qui s’écrase devant le premier binoclard qui veut lui tirer sa meuf, rédhibitoire à un statut de véritable franchise player. Rookie de l’Année en 2016 et déjà deux fois All-Star à seulement 23 ans, KAT possède une marge de progression aussi immense que son potentiel est flippant, mais aujourd’hui la NBA ne s’oblige plus à être aussi patiente qu’avant avec ses héros. Anthony Davis, Derrick Rose, Giannis Antetokounmpo, nombreux sont ces joueurs qui ont su exploser individuellement et/ou collectivement afin de faire partie officiellement du gratin de la Ligue, et si les capacités de Towns à exploser ne sont ici pas remises en cause, celles des Wolves à redevenir rapidement une franchise qui compte s’écrivent – a minima – en pointillé… Un Jeff Teague en contract year ? Un Josh Okogie qui met le nez à la fenêtre ? Un Culver en soutien ? Un Wiggins qui prend enfin conscience de son talent ? Les conditions d’une belle saison à Minneapolis sont aussi nombreuses qu’ornées d’un point d’interrogation, et en cas de nouvelle régulière aux alentours des 35 wins le temps des questions arrivera peut-être plus vite que prévu pour Charlie. Avec 158 millions de biffetons assurés pour les quatre prochaines saisons le bonhomme sait que le marché de l’immobilier lui montrera patte blanche, mais une question subsiste : dans quel coin des États-Unis fera-t-il construire sa prochaine villa ?..

Kevin Garnett, Kevin Love… Karl-Anthony Towns ? La star des Wolves n’a peut-être que 23 ans mais dans un monde où tout va toujours plus vite il faudra peut-être se poser les bonnes questions et ce plus vite que le garçon ne le croit. Point à faire dans six mois quand les Wolves auront bouclé une saison à 25 wins ?

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