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Les Denver Nuggets sont sur la défensive : une forteresse s’est finalement construite au beau milieu des Rocheuses

Denver Nuggets
Source Image : NBA LEAGUE PASS

C’est toujours comme ça : on se dit que cette nuit on va observer la défense des Denver Nuggets et ils s’en vont finir leur série de sept victoires consécutives chez des Hornets pourtant en difficulté ces derniers temps, portés par un Tony Parker retrouvant soudainement ses gambettes de vingt ans pour planter 19 points en 22 minutes. Sérieux Tony, on te kiffe mais t’as déconné ! Quoi qu’il en soit, on va quand même prendre quelques minutes pour parler de l’une des transformations les plus impressionnantes de cette saison, celle de la défense des Nuggets. Parce que c’est bien sympa de se casser la gueule à quelques wins des Playoffs depuis deux ans, mais il fallait passer un step pour éviter de repartir en vacances dès avril. 

Avant de partir dans une analyse de la défense des Denver Nuggets cette saison, on aimerait prendre le temps de rendre un hommage, un moment de tendresse, un moment Nutella quoi. Dans une NBA peu patiente qui peut parfois virer du coach à tours de bras lorsque les objectifs attendus ne sont pas atteints, le front office de Denver a résisté : oui, Mike Malone n’est pas parvenu à qualifier son équipe pour les Playoffs et a échoué au bord de la huitième place par deux fois. Et il y avait du monde qui, à la fin de la saison dernière, regardait d’un air inquiet sa montre, puis le coach, puis la sortie, et encore le coach. Il ne te reste plus beaucoup de temps Mike. Mais du temps, la franchise a finalement décidé de lui en donner. Mieux encore, elle a pris le parti d’en donner à tout un effectif puisque les Nuggets n’ont pas connu de moves massifs cet été. Wilson Chandler et Kenneth Faried évacués contre deux Têtes Brûlées de la boulangerie du coin, on s’est même permis un pari sur l’avenir en récupérant Michael Porter Jr., indisponible cette année, et, dans le doute, on a chopé un Isaiah Thomas blessé en attendant son retour. Pour le reste, des re-signatures importantes entre Torrey Craig, Will Barton et, surtout, Nikola Jokic. Stabilité à tous les étages. Comment alors ne pas attribuer ce changement défensif radical à Mike Malone, son coaching staff (dont Wes Unseld Jr., chargé de la défense) et à ceux qui les ont maintenus ? En tout cas, la question de l’efficacité défensive des Nuggets a semble-t-il bien trotté dans la tête du coach, qui en avait un peu marre de passer pour un con chaque saison et prônait une réaction d’orgueil aux micros des reporters du Denver Post après la victoire face aux Lakers :

« C’est notre identité. Soyons francs, être dans les cinq dernières défenses de la Ligue chaque saison lors de nos trois premières années, pour moi, c’est embarrassant. Quand vous êtes connu comme un coach défensif et que vous êtes trois fois d’affilées dans les cinq pires défenses… J’ai une fierté. Nous avons tous une fierté. »

Vous avez vu la dégaine de Mike Malone ? Est-ce vraiment un gars que vous avez envie de heurter dans sa fierté ? Non, c’est bien ce qu’on pensait. Peu importent les ressorts utilisés pour réveiller son équipe défensivement, Malone a en tout cas réussi à véritablement transformer tout son collectif, car de telles différences statistiques ne peuvent s’obtenir en s’appuyant sur les progrès d’un seul élément.

Allez, on s’installe tranquillement pour rentrer, en chiffres et en stats, dans le cœur du sujet. Non non non, lâchez cette calculette, ne vous prenez pas la tête à deux mains en fronçant les sourcils et attrapez donc une tasse de votre café le plus doux : on s’occupe de tout. Puisqu’il faut bien commencer quelque part, jetons d’abord un œil aux statistiques les plus observées quand on parle de défense : les points encaissés par match et le defensive rating. On ne va pas se mentir, ce n’était pas vraiment la joie l’année dernière : entre le 25ème rating et les 108,5 points encaissés en moyenne (22ème), on comprend que Mike Malone ait fait la gueule. Mais la progression est phénoménale cette saison puisque les Denver Nuggets sont rentrés dans le Top 5 de ces deux catégories statistiques avec environ 5 points de moins à chaque fois. De quoi se faire une place tout en haut d’une Conférence Ouest pourtant bien embouteillée.

Car les Nuggets gagnent des matchs, beaucoup de matchs même, avec 17 victoires sur les 25 premiers. Mais le plus intéressant reste qu’ils les gagnent surtout quand ils maintiennent leurs adversaires sous la barre des 103 points (leur moyenne encaissée). Sur les douze rencontres où l’adversaire n’a pas dépassé cette limite, ce sont onze victoires et il n’y guère que le Grit and Grind de Memphis qui a pu rivaliser. Au contraire, au-dessus des 103 points dans le museau, ce sont sept défaites en treize matchs. Alors on n’est pas coach, prof d’EPS ou pseudo-philosophes du jeu : bien sûr que prendre moins de points augmente les chances de victoire. Mais le fait est que certaines équipes, comme Milwaukee ou Golden State, sont à l’aise avec les scores élevés puisqu’elles mettront de toute façon la misère aux défenses adverses. Denver ne peut pas non plus se permettre ces largesses et l’a bien compris.

Tout ça c’est bien beau mais ça parait encore peu concret, nous on veut du jeu. Qu’ont vraiment changé les Denver Nuggets ? Déjà, la base : plus d’intensité, plus d’efforts. Parce qu’avec une raquette Millsap – Jokic, même si Niko n’est pas un spécialiste défensif, les Nuggets ont une peinture bien pleine qui dissuade efficacement, et encore faut-il cavaler pour sortir sur les shooteurs qui se retrouvent ouverts. C’est d’ailleurs ce que confessait Wes Unseld Jr., coach défensif de Denver, à Paolo Uggetti pour The Ringer :

« Théoriquement, nous devrions concéder plus de 3-points, et c’est là que les multiples efforts et la combativité entrent en jeu. Nous allons concéder plus de 3-points, mais ils doivent être contestés ou contraints. »

Eh bah Monsieur Unseld fait plutôt bien son boulot puisque le plan fonctionne à merveille. Les joueurs de Denver offrent en moyenne quatre tentatives par match de plus que l’année dernière (de 28,8 à 32,2)… mais ils en encaissent autant, voire moins ! Ce qui fait de la franchise du Colorado un enfer pour les équipes basant leur jeu sur le tir extérieur (coucou les Warriors) avec seulement 31,6% de réussite autorisé, soit le deuxième plus bas de la Ligue. Ah bah ça, quand on formate un Gary Harris pour défendre, il fait pas semblant et il est difficile de le convaincre de lâcher le short du meilleur extérieur adverse à la fin du match…

Si le plan est si bien suivi, c’est aussi parce que les Nuggets allient désormais l’intensité à la concentration. La saison de la maturité, comme dirait un critique Télérama d’une série télé obscure. En même temps, après une année minée par les blessures, le vétéran et taiseux Paul Millsap réintègre et déteint sur cet effectif encore jeune. Pas un grand parleur, certes, mais un leader par l’exemple, par le travail. Sans dire que son retour a transformé à lui seul le jeu de la franchise, il a eu le mérite d’y apporter un peu de calme. Car les Nuggets ne sont pas des grands sprinteurs (27ème pace cette saison) et ont décidé de cajoler la balle orange : en perdant moins de ballons, Denver offre largement moins de points sur ses turnovers (pire équipe l’année dernière, treizième désormais) et en transition. Il est là aussi le secret de Mike Malone, s’appuyer sur ce que Denver fait de mieux pour combler ce qu’ils font moins bien : s’appliquer et temporiser en attaque pour se renforcer en défense. Puisque Paul Millsap et Nikola Jokic  ne terminent toujours pas le 100 mètres en moins d’une heure, ce n’est pas avec des briques que les Nuggets doivent construire leur forteresse.

Comme toujours, on a envie de se rapprocher encore, d’ajuster le focus sur le ou les joueurs qui ressortent de cette progression collective. On a déjà mentionné Paul Millsap et son retour en mode daron, mais dans ces cas-là, on se tourne forcément en premier lieu vers la superstar de l’équipe. Et difficile de rater ce grand serbe de 2m13 pour 113kg qu’est Nikola Jokic. Le problème, c’est que ce beau bébé avait pris l’habitude de se tenir comme un plot dans la raquette, comme un gilet jaune sur un rond-point. Cette année, les stats ont peu changé : 16,5 points, 9,6 rebonds, 7,8 assists et même pas un petit contre de moyenne, du grand classique. Mais au-delà des chiffres, son attitude défensive, notamment sur pick-and-roll, s’est améliorée. Ça sort bien, ça suit l’extérieur adverse et ça oblige à prendre des décisions difficiles, quitte à ce que les copains viennent en aide derrière. Alors bien évidemment, il va se faire dépasser souvent de temps en temps, mais au moins il fait sa part du boulot et, encore une fois, il y a du monde pour venir le soutenir. Parmi eux, il y a un petit nouveau qui fait doucement son nid à l’aile avec 19 apparitions dont 13 en tant que titulaire. Aperçu à quelques reprises l’année dernière, Torrey Craig n’est pas un grand shooteur, n’est pas un immense talent non plus, encore moins un esthète. Par contre, le pépère descend sur les jambes et se pose comme un défenseur très sérieux. D’ailleurs, sur ses 8 matchs à plus de 20 minutes, ce sont sept victoires dont celles contre les Lakers, le Thunder ou encore les Warriors. Avoir ce genre de profil défensif au poste 3 dans une ligue dominée par des ailiers mutants, ça peut toujours aider…

Au final, on aurait pu citer un par un les joueurs du roster puisque chacun est bien calé dans son rôle, et sans doute avez-vous votre petit préféré. Généralement, c’est plutôt bon signe, d’autant plus lorsque l’on sait qu’un Will Barton devrait bientôt revenir sur les parquets. Mais vous nous connaissez, on ne donne pas dans les conclusions hâtives et les Denver Nuggets devront encore prouver que cette transformation défensive n’est pas qu’un sursaut d’orgueil. Surtout qu’un véritable test semble se profiler avec la blessure de Paul Millsap à l’orteil. Il fallait néanmoins s’attarder sur le changement le plus radical chez une équipe NBA en ce début de saison. Enfin, on parle de changement positif hein, sinon les Cavs seraient évidemment les grands leaders. Et Cleveland leader c’est comme Denver passant un tour de Playoffs : on a presque oublié ce que ça fait…

Allez, sans rancune T.P., on s’est débrouillé. Surprenant boss de la Conférence Ouest après 25 matchs, on ne sait pas ce que se sont dits les Denver Nuggets pendant le training camp mais le résultat est spectaculaire. Passer de la 25ème à la 4ème place au rating défensif tout en conservant une top attaque de la Ligue ? Le front office du Colorado ne doit pas regretter d’avoir laissé sa chance à Mike Malone. Plus d’excuse désormais, ce sont les Playoffs ou rien.

 Source : Denver Post, The Ringer

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