Dossiers NBA

Le « Hack-a-Shaq », stratégie ingénieuse ou totalement antisportive?

Les physiques hors normes, la NBA en a compté plus d’un. De Wilt Chamberlain (2m16, 125 kg) à Dwight Howard (2m11, 120kg), en passant par Shaquille O’Neal (2m16, 147kg), les pivots dominants la ligue ont toujours utilisé leur puissance pour scorer sur des adversaires moins costauds. Il a donc fallu trouver une réponse adaptée à cette domination, en tentant d’exploiter les règles du jeu pour les utiliser à son avantage. C’est de ce constat qu’est née la technique du Hack-a-Shaq, consistant à systématiquement faire faute sur le moins bon tireur de lancers-francs de l’équipe adverse (souvent le pivot), en comptant sur la maladresse quasi-universelle sur la ligne de la plupart des joueurs de ce poste. Contrairement à ce que son nom peut laisser penser, cette stratégie à été utilisée bien avant l’arrivée de Shaquille O’Neal en NBA. Malgré un succès certain, elle a soulevé de nombreuses controverses. Alors, peut-on réellement considérer que cette technique va à l’encontre même de la notion de fair play, ou doit-on penser au contraire qu’exploiter les faiblesses d’un adversaire fait partie du sport ?

Petite histoire du Hack-a-Shaq

C’est à l’époque de Wilt Chamberlain que se devine la genèse de ce qui deviendra plus tard le Hack-a-Shaq. Connu pour ses qualités physiques hors du commun, le pivot de 2m16 avait également la réputation d’être très maladroit aux lancers francs. Assez rapidement, les équipes adverses prirent l’habitude de faire faute sur lui quand le score était serré, même s’il n’avait pas la balle. Conscient de ses difficultés sur la ligne, Chamberlain tentait de les éviter en courant dans tous les sens, afin qu’ils ne puissent pas faire faute sur lui: pas besoin d’un dessin pour se représenter le ridicule de la situation. La NBA prit très rapidement les choses en main en décidant d’instituer une nouvelle règle: désormais, si une équipe faisait faute sur un joueur n’ayant pas le ballon dans les deux dernières minutes du match, les adversaires se voyaient accorder 1 ou 2 lancers francs, et gardaient la possession. Cela mis fin très rapidement à cette situation grotesque.

« La raison pour laquelle cette règle existe est que faire faute sur un joueur sans ballon parait ridicule. L’une des choses les plus drôles que j’ai jamais vu ce sont des joueurs poursuivant Wilt comme s’ils jouaient au loup. Il essayait de les éviter, et la ligue a été obligée de changer la règle tellement c’était risible » -Pat Riley

Mais le véritable père du Hack-a-Shaq n’est autre que Don Nelson, alors coach des Mavs. C’est à la fin des années 90 qu’il va développer cette technique, en ciblant un joueur en particulier: Dennis Rodman. Nelson eut l’idée de développer la stratégie pour la rendre encore plus efficace: il demandait à ses joueurs de faire faute sur Rodman, même si le match n’était pas serré, en considérant que le faible 38% aux lancers francs de ce dernier reviendrait à faire gagner moins de points au Bulls que si la possession avait été jouée de manière classique. Mais cela n’eut pas le succès escompté, et la technique ne se révéla pas aussi efficace que prévu.

Le cas O’Neal

L’année 1999 marqua un véritable tournant: Don Nelson employa à de nombreuses reprises sa stratégie contre Shaquille O’Neal, et elle se démocratisa à tel point que plusieurs coachs commencèrent à l’employer.

Face à ce phénomène, O’Neal répondit par une attitude assez compréhensible de défi mêlé d’agacement:

« Je me fiche de mon pourcentage aux lancers francs. Je ne fais que répéter à tout le monde que je les rentre quand ça compte vraiment. »

La saison 2000-2001 est un véritable cauchemar pour le Big Diesel qui shoote à un abyssal 38% de réussite. C’est en revanche une aubaine pour coach Nelson, qui utilise plus que jamais sa technique. Les esprits commencent à s’échauffer lorsque Shaq traite Don Nelson de clown, et que ce dernier répondra en venant au match suivant affublé d’un nez de clown (on a l’humour qu’on peut…). Les Spurs de Gregg Popovich suivent la voie et se mettent également à envoyer le malheureux pivot à la ligne. Mais O’Neal tient bon, garde sa fierté, et répond avec une pointe d’agacement au coach de San Antonio:

« Ce que j’appelle de la lâcheté, c’est quand ton équipe mène de 10 points et que tu utilise cette stratégie. C’est vraiment lâche et Popovich sait que je vais lui faire payer pour ca. San Antonio a essayé mais sans succès. J’ai juste à aller à la ligne, mettre mes lancers, et les faire payer. C’est ce que je vais continuer à faire. »

En 2008, Coach Pop pousse le vice jusqu’à demander à un de ses joueur de commettre une faute intentionnelle des le début du match. Fort heureusement le Shaq comprendra qu’il s’agissait d’une simple blague.

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Les réactions du Shaq soulèvent effectivement le problème du caractère fairplay de cette technique. De plus, le jeu haché qui en découle est loin d’être esthétique. Alors le Hack-a-Shaq est-il antisportif ?

Critiques et controverses

Tout d’abord, le Hack-a-Shaq peut être vu à bien des égards comme un aveu d’impuissance. Faire faute intentionnellement sur un joueur, c’est aussi parfois reconnaître sa supériorité et admettre qu’on ne peut défendre sur lui de manière classique. C’est ce qu’expliquait le Piston Tayshaun Prince à la suite d’un match durant lequel le coach Mike Dunleavy avait demandé à ses Clippers d’utiliser cette stratégie contre Ben Wallace:

« Je pense que c’est un manque de respect envers ses propres joueurs. En gros, ca revenait à leur dire qu’ils ne pouvaient pas défendre sur nous ».

De plus, sur le plan esthétique, le Hack-a-Shaq crée un jeu haché, peu fluide et donc peu agréable à regarder.

Mais c’est bien sur la question du fair-play qui est centrale. On peut considérer cette stratégie comme anti-sportive, et allant à l’encontre du bon esprit. Elle ne laisse pas le joueur s’exprimer, et exploite les failles de la règlementation dans le but de gagner. On peut au contraire penser qu’il est totalement légitime de profiter des failles de l’adversaire…

La grande interrogation aujourd’hui reste le pourquoi de l’absence totale de décision de la NBA en la matière. Cette technique est presque unanimement critiquée, mise à mal, mais jamais la ligue n’a envisagé une quelconque règle afin de l’enrayer. La stratégie est toujours utilisée aujourd’hui, notamment sur Dwight Howard, avec plus ou moins de réussite. Et si la NBA continue à ne rien faire, elle a encore de beaux jours devant elle…

Crédit photo: Nathaniel S. Butler/NBAE via Getty Images

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