One-on-One

[Bilan] 30 ans de règne pour David Stern

Arrivé à la tête de la ligue en 1984 après quatre ans en tant que vice-président au côté de Larry O’Brien, David Stern a radicalement changé la NBA en trente ans. Retour sur son règne, pour le meilleur et pour le pire.

Lorsque David Stern prend la tête de la ligue, la NBA souffre d’une image plus que négative. Les enceintes sont vides (moins de 60% de taux de remplissage en 1981), les franchises en déficit, les joueurs peu valorisables du fait de leur comportement et réputation… Le chantier est immense, mais n’effraie pas le nouveau patron de la ligue. Stern sait ce qu’il veut et où il va. Il instaure un système d’amendes et de suspensions (déjà) pour changer cette image négative et chasser les brebis galeuses. Mais surtout, il va bénéficier d’un énorme coup de pouce du destin avec la draft de 1984, la meilleure de l’histoire (j’assume cette affirmation). Surfant sur cette opportunité ainsi que sur le talent et le charisme des joueurs qui arrivent en NBA cette année là (et les suivantes), la qualité de son travail consiste dans l’accompagnement de ces générations dans leur médiatisation et leur apprentissage  (Il aura d’ailleurs su évoluer pour former les joueurs à tout ce qui entoure le métier de basketteur en NBA :  les prévenir des dangers de la médiatisation, leur apprendre à gérer au mieux leur argent et leur après-carrière… ). Il noue des partenariats avec des grandes entreprises (McDonald’s…) qu’il met en avant, développe les produits dérivés et met en place des œuvres caritatives. Tout cela va permettre alors à la NBA de se démarquer de cette image négative sur la scène nationale. La première étape est franchie, place à sa plus grande réussite : conquérir le Monde.

Cela passe par des rencontres entre franchise NBA et équipes étrangères (Trophée McDonald’s par exemple), puis des rencontres de championnat à l’étranger (en 1992, le premier match de saison régulière en Europe, à Londres) avec en point d’orgue la Dream Team aux JO de Barcelone en 1992. Les stars de la ligue deviennent alors des icônes sportives reconnues et intemporelles : Jordan, Johnson, Bird, Barkley pour ne citer qu’eux, permettent à la ligue de toucher le Monde entier. Dans les années 2000, les franchises NBA vont également s’ouvrir à l’international en intégrant dans leurs effectifs de plus en plus de joueurs non américains, ce qui permet aux équipes (de manière individuelle) mais aussi à la NBA de sensibiliser toujours plus de personnes via ses nouvelles stars internationales. Steve Nash, Tony Parker, Yao Ming, Dirk Nowitzki, Pau Gasol, Manu Ginobili…  s’engouffrent dans la brèche ouverte par les précurseurs qu’étaient les Olajuwon, Mutombo ou Kukoc. Toujours repousser plus loin les frontières de la ligue…

Luol Deng, Steve Nash, Tony Parker, Dirk Nowitzki et Yao Ming : les étrangers en NBA

… mais avec comme objectif de faire toujours plus d’argent. Le but de Stern : toucher le plus de fans, pour vendre plus cher les droits TV des matchs et dégager de plus en plus de bénéfices via les produits dérivés. Dans cette optique, sept franchises sont créées sous son impulsion (Heat, Raptors, Grizzlies, Hornets, Magic, Timberwolves et Bobcats), d’autres déménagent (Hornets, Grizzlies, Thunder –ex Sonics). Pour accentuer la médiatisation de la ligue, il crée en 1999 NBA TV, qui diffuse des rencontres en direct, des grands matchs du passé, des informations quotidiennes… La NBA doit être visible pour vendre !

Pour cela, l’image de la ligue doit être lisse. Stern dégaine à tout va, ne tolérant pas le moindre écart de la part des joueurs. Il impose un dress code, cherche à bannir toute forme d’émotion sur le terrain. La moindre réaction trop virulente ou visible : amende. Un mot déplacé : amende. Sûrement un autre moyen d’enrichir la ligue. Mais surtout de rendre le produit NBA plus propre.

L’obsession du commisioner, mais aussi des propriétaires des franchises, à vouloir faire toujours plus de bénéfices aboutira à d’énormes couacs. Comment parler du bilan de Stern sans aborder les lock-out de 1998 et 2011 (Laissons volontairement de côté celui de 1995 qui n’a eu aucune incidence sur le déroulement de la saison)? Lors de ces deux grèves, la nature obstinée et conflictuelle de Stern est exposée au grand public. Ce qui prime pour lui : la rentabilité de sa ligue (qui pèse aujourd’hui 5 milliards de dollars). Et il obtiendra finalement gain de cause les deux fois, les accords étant conclus sur des termes proches de ses conditions.

D’autres accrocs ont jalonné le règne de Stern. Par exemple, le changement de ballon en 2006, qui finalement sera abandonné suite aux trop nombreuses plaintes et blessures des joueurs, le transfert avorté de CP3 aux Lakers… mais ce genre de décisions n’ont pas eu autant d’incidence que celles présentées avant. Reste aussi la future arrivée de la publicité sur les parquets (avant les maillots?), dont nous ne pouvons pas encore mesurer l’impact. Sans oublier, pour nous Européens, l’Arlésienne de l’extension de la ligue au vieux continent, qui ne reste que des paroles en l’air.

Cependant, d’autres combats ne sont pas encore arrivés à leur terme. Ces derniers temps, David Stern a dû s’atteler au fléau du flopping. Sans grand succès pour l’instant, les sanctions étant bien trop légères pour dissuader les joueurs. Un dernier point reste aussi en suspens : le dopage en NBA. Sujet toujours tabou dans la grande ligue. Même si Stern a renforcé les contrôles et la prévention, cela reste très léger. Et quand on voit que le nouveau président du syndicat des joueurs CP3 veut s’opposer à la mise en place de contrôles anti dopage pour déceler les hormones de croissances, on se rend compte que le chemin est encore long. Bonne chance à Adam Silver sur ces dossiers.

Paul Pierce en train de flopper

Au final, Stern a fait de la NBA la plus grande ligue de sport au Monde, en tout cas la plus rentable. Il a su tirer profit de joueurs d’exception pour la développer à l’international. Et même si sa manie à vouloir tout contrôler a sûrement fait perdre de la spontanéité aux joueurs en terme de réaction et d’émotion sur le terrain, force est de constater que sans lui, nous ne regarderions peut être même pas la NBA.

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