One-on-One

Giannis Antetokounmpo, MVP à 25 piges mais bloqué en Playoffs : d’autres sont passés par là, alors doucement sur les conclusions hâtives

Jordan 1988, LeBron 2010, y’a quelques similitudes avec le Giannis de 2020.

Source image : Montage YouTube

Ça devait être la saison des Bucks. Derrière un Giannis Antetokounmpo énormissime, Milwaukee avait réalisé une régulière sensationnelle, qui devrait permettre au Freak de décrocher un second titre de MVP consécutif en plus de celui de Défenseur de l’Année. Malheureusement, Giannis et les siens sont une nouvelle fois tombés prématurément en Playoffs. Un scénario qui rappelle celui vécu par LeBron James et les Cavaliers en 2010, et à un degré moindre celui impliquant Michael Jordan et les Bulls en 1988.

C’est le genre d’exercice qu’on aime bien. Faire un petit tour dans le passé pour mieux cerner le présent. Faire des comparaisons, établir des liens pour essayer de prédire le futur. Après l’élimination surprise des Bucks de Giannis Antetokounmpo face au Heat, on n’a pas pu s’empêcher de regarder dans le rétro, histoire de revenir sur des situations ressemblant plus ou moins à celle du Greek Freak aujourd’hui.

Michael Jordan, 1988

Le plus gros point commun entre Giannis Antetokounmpo et Michael Jordan, c’est que le Freak est sur le point de rejoindre MJ dans le cercle très fermé des joueurs ayant remporté le titre de MVP et de Défenseur de l’Année la même saison (ils seront trois quand le MVP du Freak sera officiel, Hakeem Olajuwon étant le troisième). Jojo a réussi cet exploit en 1988, à l’âge de 25 ans… comme Giannis. Grosse domination des deux côtés du terrain, saison statistique énorme, mais même coup d’arrêt en Playoffs. Jordan et Antetokounmpo prennent la porte lors des demi-finales de Conférence Est, les Bulls et les Bucks s’inclinant sèchement sur le même score de 4-1, respectivement contre les Pistons et le Heat, deux équipes qu’on pourrait qualifier de bête noire pour Chicago et Milwaukee.

Ça fait quand même pas mal de similitudes, même si le contexte global est différent d’un point de vue collectif. Les Bucks possédaient de grosses ambitions de titre cette année, eux qui ont terminé avec le meilleur bilan en régulière ces deux dernières saisons. Giannis est accompagné d’un double All-Star en la personne de Khris Middleton, et évolue au centre d’un gros collectif, dominateur des deux côtés du terrain depuis l’arrivée de Mike Budenholzer en 2018. Ce statut de favori et de rouleau compresseur, les Bulls de l’époque ne l’avaient pas. Car Chicago était une équipe en pleine ascension sous l’impulsion de Jordan, et les Taureaux ressemblaient bien plus à un one-man show. En 1987-88, Jojo et les siens ont remporté 50 matchs en régulière, dix de plus que la saison précédente, pour terminer troisièmes de l’Est. Leur défaite contre les Bad Boys de Detroit en demi-finale de conf’ était donc plutôt logique, les Pistons parvenant à bien limiter MJ sur la série. Autrement dit, le sentiment d’inachevé est aujourd’hui beaucoup plus grand à Milwaukee que chez les Bulls de 1988.

LeBron James, 2010

C’est surtout avec LeBron James et les Cavaliers de 2010 qu’on peut établir de grosses comparaisons en matière de contexte. Probable back-to-back MVP pour Giannis, back-to-back MVP pour le King à l’époque, également à 25 ans. Et comme les Bucks, Cleveland était la meilleure équipe de saison régulière sur ces deux campagnes de domination individuelle, les Cavs remportant d’abord 66 puis 61 matchs. Mais ce n’est pas tout, les similitudes vont encore plus loin, à tel point qu’on commence à flipper. La bande à Giannis est tombée en Finales de Conférence Est l’an passé, et en demi cette année. Cleveland ? Idem. Élimination contre Orlando en 2009, puis Boston en 2010, deux équipes solides collectivement qui avaient particulièrement joué sur les faiblesses des Cavaliers. Bonjour la déception en Playoffs. Tiens, ça rappelle le Heat contre les Bucks ça non ? Et à l’image d’Antetokounmpo, LeBron n’était pas à son niveau de MVP lors de la campagne de postseason 2010, lui qui avait galéré face aux Celtics de Kevin Garnett, Paul Pierce, Ray Allen et Rajon Rondo. Les critiques balancées aujourd’hui sur le dos de Giannis pour son manque d’impact en Playoffs et la faiblesse de son shoot extérieur, LeBron connaît, il est aussi passé par là.

Et puis évidemment, en matière de comparaison, impossible de passer à côté du terme Free Agency. Comme LeBron, agent libre en 2010, Giannis devrait bientôt être en fin de contrat, potentiellement en 2021. Alors forcément, pour Milwaukee, qui représente un petit marché comme Cleveland, la pression va être de plus en forte car il faudra convaincre le Freak de rester dans le Wisconsin malgré les nombreuses sollicitations. Il y a certes une supermax extension qui attend Giannis dès l’intersaison, mais ça serait assez surprenant qu’il la signe car il fermerait toutes ses options. À la différence des Cavaliers de 2010, il reste encore un an aux Bucks pour mettre les bonnes pièces autour de leur MVP et tenter de remporter le titre. LeBron n’avait pas un supporting cast digne de ce nom, la preuve c’est Mo Williams qui était son « lieutenant », avec également du Antawn Jamison dans le lot. Antetokounmpo possède un meilleur collectif autour de lui, avec notamment le double All-Star Khris Middleton, mais c’est pour l’instant insuffisant pour vraiment jouer le titre.

Quel scénario pour Giannis ?

Blessé et éliminé dès les demi-finales de conf’, Giannis Antetokounmpo vient de connaître une fin terrible à une saison qui était pourtant partie sur des bases historiques. La défaite des Bucks a mis en avant beaucoup de limites au sein de la franchise du Wisconsin, et l’une des grandes questions qui pourrait se poser concerne l’avenir de Mike Budenholzer. Dans ce genre de situation, quand on ne répond pas aux attentes et qu’il faut faire le max pour conserver une superstar, le coach est souvent sur un siège éjectable. Pour l’instant, on voit mal Milwaukee se séparer de coach Bud. Certes, il montre de grosses limites en Playoffs, notamment en matière d’ajustements ou quand il refuse de faire jouer ses stars plus de 35 minutes, mais il est aussi celui qui a permis aux Bucks de devenir une top team de régulière, avec un système construit autour de Giannis. Il n’est pas double Coach de l’Année pour rien quand même. De plus, le renvoyer maintenant, alors que la fin de contrat du Freak se rapproche dangereusement, ça paraît risqué. On se souvient que le Thunder avait tenté le coup en se séparant de son coach Scott Brooks en 2015 pour le remplacer par Billy Donovan un an avant la Free Agency de Kevin Durant, un move qui n’avait pas empêché KD de se barrer vers Golden State après une défaite en Finales de Conférence Ouest. Donc honnêtement, on devrait retrouver Budenholzer sur le banc la saison prochaine. L’avenir nous dira ensuite si Bud est l’homme de la situation pour aider les Bucks de Giannis à atteindre le Graal, ou s’il suivra le chemin de Doug Collins (viré et remplacé par Phil Jackson en 1989 chez les Bulls) et Mike Brown (viré par les Cavaliers après l’élimination de 2010).

Si on part du principe que Mike Budenholzer est conservé par les Bucks, on peut imaginer des modifs au sein de l’effectif. Les dirigeants de Milwaukee doivent changer quelque chose avant la dernière année contractuelle de Giannis, au moins pour lui montrer leur volonté d’améliorer l’équipe. En 2009, suite à l’échec de Cleveland contre Orlando, la franchise de l’Ohio avait décidé de miser sur un Shaquille O’Neal en pré-retraite, dans le but notamment de limiter l’impact de Dwight Howard dans un potentiel rematch avec le Magic. Que vont tenter les Daims ? Ça serait pas mal d’ajouter du playmaking à cet effectif, le départ de Malcolm Brogdon ayant finalement fait mal à Milwaukee. D’après les derniers bruits de couloir, les Bucks pourraient tenter le coup pour récupérer un certain Chris Paul. À voir, mais faut s’attendre à quelques rumeurs. En parlant de rumeurs, celles concernant Giannis vont forcément devenir de plus en plus nombreuses. Car si Antetokounmpo a d’ores et déjà indiqué qu’il ne demanderait pas de transfert durant l’intersaison, la prochaine fin de contrat du Freak (s’il ne signe pas sa supermax extension évidemment) va forcément alimenter l’actu. Quelques heures après l’élimination de Milwaukee, on a appris par exemple que les Clippers envisageraient un transfert pour le récupérer, Giannis étant soi-disant « admiratif » de Doc Rivers. Préparez-vous, car ça va y aller avec ce genre « d’infos » qui sortent de nulle part. Outre les Clips, les Warriors, le Heat, les Mavericks et les Raptors font aussi partie des candidats potentiels, et on verra quelle route prendra Antetokounmpo pour la suite de sa carrière.

Va-t-il rester dans sa franchise d’origine comme un certain Michael Jordan pour essayer d’atteindre les sommets ? Va-t-il quitter Milwaukee pour former une superteam à l’image de LeBron James en 2010 ? Connaissant le phénomène, Giannis ne semble pas être du genre à faire copain-copain. Compétiteur acharné, le Greek Freak aime Milwaukee, sa ville d’adoption aux States, et a toujours mis en avant son envie de rester chez les Bucks. Si l’on en croit Kevin O’Connor de The Ringer, Milwaukee reste le grand favori pour prolonger le MVP en 2021. Un nouvel échec la saison prochaine pourrait cependant redistribuer les cartes. En attendant, les Bucks de Giannis vont faire au mieux pour progresser afin de franchir ce fameux cap en Playoffs et atteindre au moins les Finales NBA. Aujourd’hui, le goût de l’échec est évidemment très prononcé chez les Daims. Les critiques sont légitimes, et le Freak n’y échappe pas. Logique quand on est bientôt double MVP ainsi que Défenseur de l’Année. Il ne faut juste pas oublier qu’il n’a que 25 ans hein. On a vu Jordan et LeBron se heurter à des murs en Playoffs au même âge, dans des situations plus ou moins similaires. Au moment de la Draft de Giannis en 2013, quasiment personne n’imaginait Antetokounmpo atteindre un tel niveau, sinon il ne serait pas tombé à la 15è place. Donc doucement sur les conclusions hâtives. Les échecs, ça fait partie du processus de maturation d’un joueur, aussi fort soit-il. Oui, le Freak a des lacunes, dont une très grande avec son manque de shoot. Oui, il connaît un blocage en Playoffs, où certaines défenses arrivent à mettre en place un plan de jeu anti-Giannis en se basant sur ses faiblesses. Mais encore une fois, 25 ans le mec. C’est un peu tôt pour l’enterrer non ?

Supérieur à tout le monde en saison régulière, Giannis Antetokounmpo n’a pas encore réussi à porter son équipe de Milwaukee vers les sommets espérés en Playoffs malgré son statut de MVP. La déception est là mais il faut aussi savoir mettre tout cela en perspective. N’oubliez pas que des légendes du jeu sont passées par les mêmes galères. N’oubliez pas non plus que le Greek Freak possède encore une belle marge de progression. Et ça, c’est assez flippant quand on y pense. 

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