One-on-One

Latrell Sprewell : Hall of Fame ou Hall of Shame ?

Latrell Sprewell

Dunks et étranglement.

Source image : Youtube

Séries cultes, joueurs de légende, rivalités exacerbées, parcours atypiques… Régulièrement, une histoire sur la NBA pour briller en société. Alors profitons de cette période creuse et sans match pour nous cultiver un peu.

Latrell Sprewell ne jouait pas au basket. Il était agressif avec lui, à l’image de ses dunks ravageurs. Malheureusement, cette agressivité et son fort caractère ne se voyaient pas uniquement sur le terrain. Capable de squatter la rubrique des faits divers aussi bien que les Top 10 grâce à sa capacité à faire exploser une défense, Spree a été le cauchemar de David Stern. Retour sur la carrière du joueur qui a tenté d’étrangler son coach et failli mener les Knicks d’un Pat Ewing blessé au titre suprême. Son côté sombre et son côté star.

Né le 8 septembre 1970 à Milwaukee, Latrell Fontaine Sprewell connaît une enfance difficile. Un père dealer de marijuana et violent avec sa mère, quelques temps passés avec ses grands parents lors de l’incarcération du paternel… si certains ont connu pire, tout n’est pas rose. Les bases sont alors posées pour son histoire en dehors des terrains de basket. Avance rapide sur la suite de celle-ci. Quand par exemple, en octobre 1994, sa fille de 4 ans est attaquée par un des quatre pitbulls de la famille et est blessée à l’oreille.

« Ce sont des choses qui arrivent. »

Première mésaventure pour Spree dans la rubrique des faits divers, mais qui ne sera pas la dernière. En plus de cela, son attitude auprès de ses coéquipiers est loin d’être irréprochable. En cours de saison, il se bat avec Byron Houston, malgré les 23 kilos de différence en sa défaveur. Don Nelson, leur coach, finira en t-shirt en les séparant. Il remet ça l’année suivante avec Jerome Kersey. Et pour compléter le tableau, il est arrêté pour conduite sans permis et en excès de vitesse. Lors de cette arrestation, il profère des insultes racistes à l’agent de police d’origine asiatique qui le verbalise. Les charges seront finalement abandonnées. Par la suite, Latrell vit également très mal le transfert de deux de ses amis des Warriors, Chris Webber et Billy Owens. Lorsqu’ils quittent la Californie, Spree n’apprécie pas et traine son spleen, même si la franchise de Golden State compte sur lui pour porter l’équipe, inscrivant même le numéro de maillot de ses deux potes sur ses chaussures.

Mais tout ceci, c’était avant l’événement qui a fait la – fâcheuse – renommé du #15 des Warriors. Dès le début de la saison 97-98, des signes d’agacement apparaissent entre Sprewell et son nouveau coach, P.J. Carlesimo. Ce dernier est très dur avec ses joueurs, et Latrell ne le supporte pas. Il se retrouve benché lors d’une défaite pour avoir ri au cours d’un temps mort, traitant son coach de blague. Le premier décembre 1997, après 14 matchs et de nombreuses semaines de tension avec son coach, Sprewell dépasse les limites. Alors que P.J. Carlesimo lui demande de mieux appuyer ses passes lors d’un entrainement, Spree refuse les critiques et demande à son coach de garder ses distances avec lui. Ce dernier continue de s’approcher, malgré les menaces de son joueur qui lui dit qu’il va le tuer avant de lui sauter à la gorge et de l’étrangler pendant une bonne dizaine de secondes, stoppé par l’intervention de ses coéquipiers. Il revient 20 minutes plus tard pour en découdre de nouveau avec Carlesimo avant d’être de nouveau écarté.

L’affaire fait grand bruit, Latrell Sprewell est suspendu par les Warriors d’abord 10 jours, puis son contrat est rompu. David Stern prend en main l’affaire. La NBA sait que l’ère Jordan touche à sa fin et ne veut pas prendre le risque de salir son image. L’étrangleur de San Francisco prend 82 matchs (finalement 68 après appel) pour la plus lourde suspension de l’histoire. Malgré tout, Spree ne comprend pas.

« Je n’ai pas étranglé PJ si fort, il pouvait respirer. Je ne veux pas que les gens pensent que je suis un mauvais gars. Je n’ai pas dit que je ne devais pas être puni, j’ai seulement dit que c’était excessif ».

Si la rupture de contrat avec les Warriors ne sera jamais effective puisqu’il sera tradé à New York, son deal avec Converse tombe quant à lui à l’eau. Un moindre mal, surtout que cela ne semble pas lui servir de leçon. Durant sa suspension, Sprewell se retrouve impliqué dans un accident de la route et est accusé de conduite dangereuse. Il échappe à la prison ferme, mais doit passer trois mois assigné à résidence. Il ne rejouera plus jamais pour les Warriors. Commence alors sa période chez les Knicks, chez qui il se tiendra à carreaux quelques temps. Jusqu’en 2002. Cette année-là, il se pointe au camp d’entrainement avec une main cassée sans avoir prévenue la franchise. Les Knicks le mettent à l’amende et lui interdisent l’accès aux installations de l’équipe. Il poursuit le New York Post  suite à un article qui annonce que cette blessure est due à une bagarre. Il sera échangé quelques temps après à Minnesota. Après une belle saison bouclée à la tête de la conférence Ouest, Spree fait encore parler de lui en mal. Les Wolves lui proposent un contrat de 21 millions sur 3 ans. Qu’il refuse.

 « J’ai une famille à nourrir »

Suite à ce refus, il réalise la pire saison de sa carrière et n’accède même pas aux Playoffs.

Depuis 2005, et malgré quelques rumeurs de retour, Latrell Sprewell n’est jamais réapparu sur un parquet NBA. Par contre, il continue d’être présent dans la rubrique des faits divers. Citons comme exemples sa dette (plus de 3 millions) envers le Trésor Public du Wisconsin, une accusation de tentative d’étranglement lors d’une relation sexuelle, un procès de la part de sa compagne…

Mais le côté obscur de la force ne définit pas entièrement Latrell Sprewell. Car sur un terrain de basket, il savait se montrer sous son meilleur profil. Athlétique, explosif, racé… Pourtant, il n’a commencé que très tard à s’y intéresser. Lors de son année de terminale pour être précis. L’entraineur du lycée le croise dans le hall et lui propose de venir jouer. Spree est déjà grand et athlétique. Avant cela, en tant que fan des Cowboys de Dallas, il rêve de devenir wide receiver. Le foot US ne nous privera finalement pas de son talent.

« J’ai cru que c’était un don du ciel. Grand (ndlr : 1,92 m à l’époque), longiligne, des bras interminables, des muscles fins mais très denses, une véritable allure d’athlète… Et pourtant, Latrell n’avait jamais participé à la moindre compétition. »

Mais son manque d’expérience lui ferme les portes des universités les plus prestigieuses. Il se retrouve donc dans une fac de deuxième troisième… quinzième zone dans le Missouri.

« J’étais ravi… On m’offrait une bourse, ce que je n’aurais jamais imaginé un an plus tôt. »

C’est là-bas qu’il commencera à porter le numéro 15 (qu’il ne quittera qu’en arrivant à New York des années plus tard), en hommage à sa fille née le 15 mai 1988. Après deux saisons de progression, il est enfin prêt pour jouer avec les meilleurs universitaires du pays. Dans la fac d’Alabama aux côtés de Robert Horry. C’est là qu’il découvre le poste de shooting guard et surtout ce qui fera son point fort, la défense. Durant sa deuxième saison, un recruteur des Warriors le repère.

« Je me suis imaginé son incroyable marge de progression et j’en ai aussitôt parlé à Don Nelson. »

S’en suivra un grand jeu de bluff. Les Warriors n’ayant que le vingt-quatrième choix, ils craignent de le voir filer. Ils ne montrent officiellement aucun intérêt pour Latrell Sprewell, allant jusqu’à squeezer l’entretien et la visite médicale. Ils n’inviteront que des intérieurs à leur camp de pré-draft.

« On ne risque pas de trouver un joueur de qualité avec notre vingt-quatrième place… En plus, on recherche un pivot. »

Stratégie payante, puisqu’à la surprise générale Sprewell atterrit à Golden State.

« Qui c’est, celui-là ? »

« C’est une blague ? »

Dès sa saison rookie, Sprewell fait taire les sceptiques. 15,4 points de moyenne et une aptitude exceptionnelle en défense, il fait partie du All Rookie Second Team. Il est également le premier rookie dans l’histoire des Warriors à compiler 1000 points, 250 rebonds, 250 passes, 100 interceptions et 50 contres.

Et ce n’est qu’un début. En 1993-94, Golden State est décimé par les blessures. Bien aidé par Chris Webber, Latrell Sprewell porte l’équipe sur ses épaules. Et malgré son absence dans la liste des votes pour le All-Star Game, il sera de la partie, choisi par les coachs. Son jeu se développe et il devient de plus en plus complet. Les Warriors sont en Playoffs, Latrell Sprewell dans le premier 5 NBA. Ses stats ? 21 points, 4,9 rebonds, 4,7 assists et 2,2 interceptions.

« Je cours, je joue, je ne suis jamais fatigué et je ne me pose pas de questions. Je suis bon et je le sais ! »

Comme évoqué plus haut, la saison 1994-95 est un tournant pour Spree. Le départ de ses amis Billy Owens et Chris Webber, ses premiers déboires extra sportifs… Malgré cela, il continue de briller sur le parquet et est cette année encore All-Star. L’année suivante, il semble avoir mis de côté ses états d’âme. Mais Golden State n’ira pas en Playoffs, et lui ne participera pas au All-Star Game. Pourtant les Warriors croient en lui et lui offrent une extension de 32 millions sur 4 ans. Deal qui semble gagnant, car en 1996-97, Sprewell finit cinquième meilleur marqueur de la ligue avec plus de 24 pions par match. Il fera également son retour au All-Star Game (toujours par décision des coachs) où il finira meilleur marqueur de l’Ouest avec 19 points. Il repart sur les mêmes bases en 1997-98. Du moins sur les 14 premiers matchs, avant son agression sur Carlesimo… Transféré aux Knicks en janvier 1999 à la fin du lock out, il va vite remplacer John Starks dans le cœur des fans de Big Apple. Sa saison est correcte, dans un rôle de sixième homme. Les Knicks se qualifient in extremis pour la post season, à la huitième position à l’Est. Grâce à un cœur énorme, un Latrell Sprewell au sommet de sa carrière et malgré les blessures (dont Pat Ewing), les Knicks vont réaliser un parcours d’anthologie en devenant la première équipe à atteindre la finale NBA en se pointant en Playoffs en tant que dernier spot de leur Conférence. Si les Spurs du duo Duncan-Robinson sont trop forts pour Big Apple, l’équipe refuse de baisser les bras. Menés 3-1, les Knicks ne veulent pas que San Antonio gagne le titre au Madison Square Garden. Latrell Sprewell prend feu, enchaine panier sur panier pour finir à 35 points et 10 rebonds. Assez pour rentrer dans la légende du Garden, trop peu pour battre les Spurs.

Après ces Playoffs, Sprewell va rester chez les Knicks 4 ans de plus, avec une sélection au All-Star Game en 2001. Mais, New York ne reviendra jamais en Finales NBA. Malgré quelques coups d’éclats (49 points face à Boston, 9/9 à 3 points face aux Clippers), il n’ira pas au bout de son contrat. Il est transféré à Minnesota pendant l’été 2003 pour former avec Kevin Garnett et Sam Cassel, un Big Three qui remporte 58 matchs mais qui perd 4-2 en finale de Conférence face aux Lakers. Cette année-là, Spree tourne à 16.8pts par matches. La suite, nous l’avons évoquée. Le contrat refusé et la fin de carrière qui laisse un goût amer.

Que retenir alors de ce joueur fantasque ? Bien entendu, il est hors de question de passer sous silence ses frasques extra sportives et surtout l’agression de son coach qui a fait sa renommée. Cependant, Sprewell était aussi un de ces joueurs avec une vraie rage de vaincre et qui faisait passer beaucoup d’émotion dans son jeu, jouant avec son cœur et ses tripes. Et ça, on aime chez Trashtalk. À l’heure d’une NBA de plus en plus aseptisée, ces joueurs nous manquent. Alors si je devais retenir une image, ça serait la libération de toute son agressivité à la conclusion de ses dunks.

1 Comment

1 Comment

  1. Massilla

    18 juillet 2013 à 9 h 57 min at 9 h 57 min

    Vraiment un très bon article sur un de mes joueurs préférés ! Super taf comme d'habitude !

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


To Top