De gamin perdu à phénomène NBA : le parcours fou de Yaxel Lendeborg
Le 02 nov. 2026 à 13:31 par Nicolas Meichel

Entre gros cartons offensifs, grande bouche et personnalité rafraîchissante, le rookie des Warriors Yaxel Lendeborg s’est fait un nom sur la planète basket en ce début de saison NBA. Pourtant, il n’était pas destiné à un succès aussi rapide dans la Ligue. Parce que Yax est parti de loin, très loin…
Il est arrivé en NBA à l’âge de 24 ans.
Dans son tout premier match dans la Grande Ligue, il n’a pas hésité à trashtalker Luka Doncic, ajoutant même en conférence de presse qu’il avait « perdu tout respect pour lui ».
Il tourne à 22,3 points par match depuis la reprise, la troisième plus grosse moyenne dans l’histoire des Warriors pour un rookie sur ses sept premiers matchs en carrière, derrière Rick Barry et Wilt Chamberlain s’il vous plaît. Cerise sur le gâteau : ses 37 points face aux Clippers représentent le plus gros total inscrit par un joueur de première année à Golden State depuis… Stephen Curry en 2010.
Clairement, Yaxel Lendeborg n’est pas un rookie comme les autres.
Yaxel Lendeborg devient le rookie des Warriors avec le plus gros coup de chaud au scoring depuis… Stephen Curry et ses 42 points en 2010.
Yax tourne à 22,3 points de moyenne depuis le début de la saison. Seuls Wilt Chamberlain (37,4 en 1959-60) et Rick Barry (22,9 en 1965-66) dépassaient la barre des 20 pions par soir après 7 matchs en NBA dans l’histoire des rookies de la franchise.
Cela vous place un homme.
— TrashTalk (@TrashTalk_fr) November 2, 2026
« Il y a cinq ans, il était dans une (petite) université à Yuma, en Arizona. Et aujourd’hui, il marque 37 points dans un match NBA. C’est une histoire incroyable. »
En une phrase, le coach des Warriors Steve Kerr a résumé la folle ascension de Yaxel Lendeborg.
Yaxel n’était pas vraiment destiné à devenir un nom qui résonne en NBA, et encore moins le favori pour être Rookie de l’Année en ce début de saison. À la base, Lendeborg préférait jouer au baseball plutôt qu’à la balle orange. Il s’est mis au basket au collège parce que ses copains y jouaient et qu’il ne voulait pas être laissé de côté. Yax s’est pris au jeu et s’est rendu compte qu’il avait quelques qualités pour poursuivre au lycée, du côté de la Pennsauken High School dans le New Jersey. Preuve de son talent, Lendeborg a été sélectionné dans l’équipe en tant que freshman (première année).
Problème : ses notes en cours se rapprochaient plus du 5/20 que du 15. La sanction ? Viré de l’équipe. Au lycée, Yaxel Lendeborg était plutôt du genre à être le rigolo de la classe, ou à pioncer sur la table parce qu’il a joué à Madden, Call of Duty ou d’autres jeux vidéo chez un pote jusqu’à tard le soir. Il s’est fait exclure à plusieurs reprises, et ne se souciait pas vraiment de son avenir. Le genre de comportement qui ne mène nulle part si ce n’est aux mauvais endroits.
Mais avant d’être un « élève à problèmes », Yaxel était surtout un gamin un peu perdu. Sa relation avec son père était « hostile » à la maison, et le décès de son grand-père – son « second papa » – quelques années plus tôt d’une crise cardiaque l’avait profondément marqué. À tel point que Yax a commencé à dérailler.
Le tournant qui lui a permis de se remettre la tête à l’endroit ? Lendeborg s’en souvient comme si c’était hier : une discussion avec sa maman qui lui a passé un GROS SAVON, et au terme de laquelle les larmes ont coulé de part et d’autre.
« Je savais que ma mère était à bout. À un moment donné, la situation était devenue tellement insupportable qu’elle est entrée dans ma chambre et a littéralement tout sorti de là-dedans. Tout. Disparu ! Plus de télé. Plus de console de jeux. Plus de lampe. Plus de commode. Plus de vêtements. Plus de photos. Rien sur les murs. Mec…
Pas de porte.
Elle avait littéralement décroché la porte de ses gonds pour la mettre ailleurs. C’est dire à quel point la situation avait dégénéré. » – Yaxel Lendeborg, via The Player’s Tribune
Ça a fait clic. Le bruit d’une véritable prise de conscience : fini les conneries, fini les mauvaises notes à l’école, fini cette attitude « je-m’en-foutisme » qui avait caractérisé ses premières années au lycée. L’heure était venue de retrouver le droit chemin. Il en a même fait la promesse à sa mère.
Et quelque part, c’est à ce moment-là que Yaxel a vraiment entamé sa carrière de basketteur.
Yaxel Lendeborg on how his basketball journey started:
“For me growing up, I was always like a baseball guy. My grandfather introduced me to that. So when he passed away, I kind of like, lost it mentally because he was my father figure pretty much my whole life. I stopped playing sports and was just going down a really bad, dark path. I get to high school, I’m just goofing off. I don’t really care about anything. I’m not playing any sports. I just had nothing. Went back to working at a warehouse job. And then I got forced again by my mom to go play at a camp in New York. It was like, a Dominican camp. And I got recognized there. Got an offer from JUCO in Arizona Western, and that kind of started my basketball journey.”
(via @NBATakeTwo https://t.co/xPaqSGNoNS)
— aly ✶ (@jinthirty) October 30, 2026
Dans sa dernière année de lycée, Lendeborg a intégré un programme de remise à niveau scolaire qui lui a ensuite permis de retrouver l’équipe de basket. Une première victoire pour Yax. Néanmoins, il ne s’imaginait pas encore faire carrière dans le basket. Jouer à l’université ? Lol. Il pensait plutôt aller bosser à l’entrepôt du coin pour gagner sa vie.
Sauf que sa maman, toujours à fond derrière lui, voyait le potentiel de son fils et l’a inscrit à un camp basket à New York réservé à des gamins d’origine dominicaine (Yaxel est né à Porto Rico). Résultat : Lendeborg a cartonné et a été nommé parmi les meilleurs joueurs du stage. Une deuxième victoire pour Yax, peut-être la plus importante de toutes.
« Dès que j’ai commencé à jouer davantage, c’est devenu de plus en plus fun pour moi. J’ai eu la chance de participer à un camp à New York… et après ça, je suis tombé amoureux de ce sport. » – Yaxel Lendeborg, via Maize N Brew
Un amour qui l’a emmené à Yuma, pas plus de 95 000 habitants et considéré comme « la ville la plus ensoleillée sur Terre » selon le livre des records. C’est là-bas qu’il a intégré le Junior College d’Arizona Western. Les recruteurs de l’université avaient en effet repéré le talent de Yaxel dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. La suite ? Trois années durant lesquelles Lendeborg est devenu une machine à rebonds et un scoreur solide (17 points et 13 rebonds dans sa dernière année, avec le record all-time de rebonds sur une carrière en JuCo), jusqu’à taper dans l’œil de plusieurs facs de première division.
C’est ainsi que les portes d’UAB (University of Alabama at Birmingham) se sont ouvertes devant Yaxel. Un gros cap de franchi, mais surtout une grosse opportunité à saisir. Jouer en D1, ce n’est pas seulement un statut, c’est aussi l’opportunité de se confronter à de plus grosses équipes et donc de s’illustrer. Le 8 février 2024, Yaxel Lendeborg a scoré 17 points avec 21 rebonds face à une équipe coachée par Dusty May, futur entraîneur de Michigan (et aujourd’hui coach des Dallas Mavericks). Une année plus tard, il a envoyé – attention, mouillez-vous la nuque – 30 points, 20 rebonds, 8 passes, 5 interceptions et 4 contres dans un match du tournoi AAC. Sacré chantier !
En l’espace de deux saisons à UAB, Yaxel Lendeborg a collectionné les récompenses, les records et les prouesses statistiques : deux fois Défenseur de l’Année dans la AAC, MVP du tournoi AAC en 2024 (champion de la conférence), et seul joueur de l’histoire NCAA avec… Larry Bird à terminer une campagne avec plus de 600 points, 400 rebonds et 150 passes décisives.
Yaxel cartonnait non seulement sur les parquets, mais était surtout pleinement épanoui à UAB. Sauf qu’il était devenu trop dominant pour y rester. Il était devenu trop fort pour ne pas être convoité par les plus grandes universités. Parmi elles ? Les Michigan Wolverines de Dusty May (vous vous souvenez ?).
« Ce qui m’importait le plus, c’était de rejoindre un programme qui pourrait faire de moi un meilleur joueur et m’aider à devenir un meilleur prospect NBA. Ce n’était pas une question d’argent (plusieurs écoles lui avaient proposé de gros chèques à l’ère du NIL, ndlr.), mais plutôt quelle école allait m’aider à grandir en tant que basketteur en tant que personne.
Je me suis posé ces questions et le choix n’a pas été difficile du tout. C’était Michigan depuis le début. » – Yaxel Lendeborg
Séduit par la philosophie de Dusty May ainsi que sa proximité avec les joueurs, et ayant grandi dans l’état voisin de l’Ohio, Yaxel Lendeborg a donc opté pour Michigan. Peut-être le meilleur choix de toute sa vie.
L’année 2026 de Yaxel Lendeborg avec Michigan :
- Meilleur joueur de la Conférence Big Ten
- Dans le meilleur cinq défensif de la Conférence Big Ten
- Dans le meilleur cinq NCAA de la saison (avec notamment Darius Acuff Jr. Cam Boozer et AJ Dybantsa)
- Meilleur joueur NCAA dans la catégorie +/-
- CHAMPION NCAA (Midwest Region MVP)
Individuellement, Yaxel Lendeborg a explosé sur la grande scène à travers sa polyvalence (15 points, 7 rebonds, 3 passes de moyenne, avec plus d’une interception et un contre), son énergie et sa supériorité physique, jusqu’à être surnommé le « LeBron dominicain » et devenir un potentiel lottery-pick à la Draft NBA 2026. Collectivement, il a remporté le titre NCAA – le premier pour Michigan depuis 1989 – avec ses copains Aday Mara, Morez Johnson Jr. et Cie.
Le gamin perdu qui était sur la mauvaise pente au lycée était désormais arrivé au sommet du basket universitaire. Une magnifique revanche pour Yaxel, mais surtout un magnifique hommage pour sa maman, diagnostiquée d’un cancer de l’appendice quelques mois auparavant et raison numéro un de son succès.
Vous connaissez le reste de l’histoire.
Yaxel Lendeborg a été sélectionné en 11e choix par les Warriors à la Draft NBA 2026, avec les larmes aux yeux. Il a remporté la Summer League en étant élu MVP de la finale, il s’est illustré en présaison, et a donc planté deux fois plus de 30 points en NBA pour soulager Stephen Curry lors des deux premières semaines de la saison. En guise de comparaison, Lendeborg n’avait atteint la trentaine qu’une… seule fois en 112 matchs universitaires.
« Il joue aussi bien alors qu’il ne connaît pas encore vraiment le jeu NBA. Le rythme est encore trop rapide pour lui, mais il est tellement doué et talentueux qu’il réussit toutes sortes d’actions. Il va encore beaucoup s’améliorer. » – Steve Kerr, sur Yaxel Lendeborg (via ESPN)
L’avenir nous dira si Yaxel Lendeborg devient le sauveur des Warriors, rendant ainsi son histoire encore plus belle et son ascension encore plus folle. Mais on peut d’ores et déjà affirmer une chose : Golden State a flairé le bon coup en misant sur lui.
Vivement la suite !
Sources : Memphis Commercial Appeal, Andscape, SB Nation, NBC Bay Area
