Comment la NFL peut s’inspirer de la NBA pour s’implanter en France
Le 26 oct. 2026 à 17:43 par Nicolas Meichel

Presque sept ans après le premier match de saison régulière NBA disputé en France, c’est la NFL qui a planté son drapeau à Paris ce dimanche avec la rencontre New Orleans Saints – Pittsburgh Steelers. Prochaine étape pour la ligue de football américain : s’implanter durablement dans l’Hexagone, et ainsi marcher sur les traces de la NBA.
24 janvier 2020.
Pour les fans français de NBA, cette date aura pour toujours une saveur particulière. C’est ce jour-là que le public tricolore a pu assister au premier match de saison régulière organisé dans l’Hexagone, à l’AccorHotelsArena de Paris, entre les Milwaukee Bucks de la superstar Giannis Antetokounmpo et les Charlotte Hornets du Français Nicolas Batum. On s’en souvient très bien, on y était, et on savait – peu importe le scénario du match – que c’était un instant historique.
Hier après-midi, 25 octobre 2026, ce sont les fans français de football américain qui ont eu droit à ce moment unique.
Au Stade de France, près de 80 000 personnes étaient réunies pour assister au tout premier match NFL organisé sur le sol français, entre les New Orleans Saints et les Pittsburgh Steelers. Si la rencontre en elle-même n’a fait que peu d’étincelles (16-10 pour les Steelers), l’essentiel est ailleurs : la surpuissante ligue de football américain a posé ses valises à Paris dans un événement qui marque forcément un tournant.
J’ai commencé à suivre la NFL en 2007, seul dans mon coin.
Aujourd’hui, 25 octobre 2026, un match de saison régulière se joue pour la première fois en France, et est diffusé sur une chaîne du service public.
Que vous soyez sur place ou derrière votre écran, kiffez à fond ! ❤️🏈 https://t.co/i0r402gEU6
— Nico TrashTalk 🏀 (@nicolasmeichel) October 25, 2026
Si ces deux événements XXL sont similaires dans leur nature, la NFL a débarqué en France dans un contexte bien différent de celui de la NBA en 2020.
Il y a sept ans, l’organisation du match Bucks – Hornets à Paris ressemblait à un aboutissement. La balle orange possédait déjà une vraie place dans le paysage sportif français, de nombreux joueurs tricolores avaient foulé les parquets NBA (Tony Parker, Nico Batum, Boris Diaw, Joakim Noah, Rudy Gobert…) et pas pour y faire de la figuration, tandis que la grande ligue de basket US voulait surtout conforter sa stratégie d’internationalisation démarrée trois décennies plus tôt.
Petit cours d’histoire : dès 1994, un match de présaison NBA avait été organisé à Bercy, puis trois autres entre 2003 et 2010, sans oublier l’Open McDonald’s dans les nineties (avec les Bulls de Michael Jordan et les Lakers de Magic Johnson) et la petite tournée des Spurs de TP en 2006.
La NBA à Paris, l’historique complet
Hier, l’organisation du match NFL Saints – Steelers ressemblait surtout à un commencement, un point de départ, une amorce pour quelque chose de plus grand. Certes, comme on a pu le voir ce dimanche avec la belle ambiance qui parcourait le Stade de France, il existe une réelle fanbase NFL dans l’Hexagone (1,4 million de suiveurs selon RMC Sport) et le foot US grandit chaque jour un peu plus (33 500 licenciés en comptant le flag et le cheerleading, hausse de 12% par rapport à l’an passé). On rappelle aussi que la ville de Paris possède une équipe dans l’EFL (la ligue professionnelle européenne de football américain) avec les Mousquetaires, fondés en 2023. Mais au final, ça reste un sport de niche qui n’a pas encore percé en France, où le rugby tient une place importante.
L’organisation et la diffusion d’un match sur une chaîne du service public (France 2), en plein dimanche après-midi, représentaient ainsi une magnifique porte d’entrée pour les curieux (environ 700 000 téléspectateurs devant le match sur la 2), une superbe occasion de découvrir le fonctionnement même de ce sport encore assez confidentiel en France, en plus du « show à l’américaine » qui va avec.
C’était Heinz Field ou le Stade de France ?! https://t.co/673zj2gBOm
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La NBA comme modèle pour s’implanter en France ?
Après avoir posé ses valises sur le sol français, la prochaine étape pour la NFL est de s’implanter durablement à l’intérieur du marché tricolore. Et pour ça, elle peut s’inspirer de la NBA.
Depuis le premier NBA Paris Game en 2020, la Grande Ligue est revenue à trois reprises dans la capitale : en 2023 avec Bulls – Pistons, en 2024 avec Nets – Cavaliers, et en 2025 avec deux matchs opposant les Pacers aux Spurs du phénomène français Victor Wembanyama. En 2027, Wemby et les Spurs reviendront une seconde fois pour affronter les New Orleans Pelicans.
Organiser un match tous les ans à Paris, c’est l’un des meilleurs moyens pour élargir une fanbase, la fidéliser, et ainsi faire grandir l’engouement pour le sport sur le territoire. En marge du NFL Paris Game hier, le boss de la ligue Roger Goodell a d’ores et déjà assuré que la NFL reviendra en France lors des années à venir : « Ce n’est que le début », a-t-il déclaré via L’Équipe.
« La France est un marché important et nous espérons accélérer notre développement avec ce match. De nombreux éléments importants sont déjà en place, et il faut désormais progresser.
La question ne se pose pas, nous reviendrons. Notre plan est d’essayer de continuer à nous développer ici. Nous avons désormais un bureau à Paris qui va nous aider à affiner notre stratégie. » – Roger Goodell
Un autre moyen de faire grandir une discipline, c’est d’avoir une figure de proue, un joueur français qui débarque prochainement en NFL pour s’y imposer. On voit l’impact que peut avoir un phénomène comme Wembanyama dans l’augmentation de la visibilité NBA en France, donc le développement de la NFL dans l’Hexagone passe forcément aussi par là. Cela tombe bien, un grand espoir du nom d’Ismaël Camara – 18 ans – pourrait bientôt faire exploser les barrières. Parfois surnommé le « French Freak » ou même le « Wemby du foot US », Camara (1m98, 150 kilos, joueur de ligne offensive) va intégrer la prestigieuse université du Texas en 2027, pour potentiellement se faire drafter très haut en 2030. Pour info : cela fait depuis… 1992 et Richard Tardits qu’un Français n’a pas participé à un match de saison régulière NFL. Ça commence à faire long.
La NFL veut également s’appuyer sur le développement du flag football (en gros, le foot US sans contact), une discipline qui fera son entrée aux Jeux Olympiques en 2028 à Los Angeles. Même si c’est difficilement comparable et qu’on n’est pas du tout sur les mêmes échelles, on sait à quel point la NBA a bénéficié de la vitrine des JO pour s’internationaliser grâce à la mythique Dream Team 1992 à Barcelone. Roger Goodell pense que le flag peut prendre une nouvelle dimension à partir de 2028, mettant ainsi encore plus de lumière sur le football américain à l’international. Ça aussi, ça peut aider le processus d’implantation de la NFL en France, surtout si les Bleu(e)s se qualifient et performent à Los Angeles dans deux ans.
Le premier touchdown inscrit en France dans l’histoire de la NFL : https://t.co/WClsEkC0K2
— Nico TrashTalk 🏀 (@nicolasmeichel) October 25, 2026
Sortir des frontières états-uniennes pour s’implanter dans un nouveau marché, la NFL a montré depuis longtemps qu’elle savait faire. Elle a organisé son premier match de saison régulière à Londres en 2007 et revient chaque année depuis, avec pas moins de trois matchs dans la capitale britannique cette saison. Au total, en 2026, la NFL organise un nombre record de neuf matchs à l’international, dans sept pays différents répartis sur quatre continents.
« Nous avons continué à nous concentrer sur l’expérience des fans, en leur offrant un meilleur accès à qui sont les joueurs. À comment mieux leur faire comprendre le jeu. À comment faire le lien avec le divertissement, la musique, la mode, l’art, toutes ces choses avec lesquelles notre sport se lie (ce que fait très bien la NBA en France, ndlr.). Tout cela a été très important pour notre marketing. » – Roger Goodell, sur la stratégie internationale de la NFL
Les bases sont donc très solides mais le vrai défi avec la France, c’est de réussir à se faire une place dans un paysage sportif nouveau, avec une culture bien spécifique.
Ce n’est pas un hasard si les New Orleans Saints (qui appartiennent à Gayle Benson, également propriétaire des New Orleans Pelicans) ont été choisis comme « l’équipe à domicile » lors du NFL Paris Game : la Louisiane, la fleur de lys, le Quartier Français, l’héritage bleu-blanc-rouge… bref, vous avez compris. La franchise de New Orleans a même obtenu en 2023 les droits marketing de la France via le Global Markets Program de la NFL.
« Ce qui a fonctionné dans un marché ne marchera pas forcément dans un autre, mais il y a des éléments que nous pouvons utiliser. Nous voulons nous intégrer à la culture française, à Paris. » – Roger Goodell
Parmi les « éléments » que la NFL peut utiliser, il y a donc aussi l’expérience acquise par la NBA, première ligue professionnelle américaine à avoir organisé un match de saison régulière sur le sol français. Certes, comme indiqué plus haut, la NFL part de beaucoup plus loin et doit donc adopter une stratégie bien à elle, mais la NBA a montré comment intégrer véritablement le marché tricolore au cours des sept dernières années.
D’abord via les matchs donc, mais aussi dans la manière de toucher les jeunes sur les réseaux sociaux (rôle important joué par les influenceurs) et la façon de mettre en avant les stars. Aussi à travers les nombreuses activations et événements organisés autour des rencontres (fan zone, NBA House…), les multiples partenariats. Et enfin dans la volonté de développer la pratique sportive en mettant en place des initiations et sessions d’entraînement avec la communauté tricolore (notamment via des ambassadeurs NBA). Autant de leviers que la NFL a évidemment tenté d’activer pour sa grande première en France, malgré le contexte social compliqué qui caractérise le pays aujourd’hui.
Comme Adam Silver, Roger Goodell a bien conscience du potentiel qui accompagne l’arrivée de sa ligue dans une ville monde comme Paris, habituée à organiser de grands événements. La NBA a su concrétiser ce potentiel pour agrandir sa place dans le paysage sportif français. La NFL peut-elle en faire de même ?
