One-on-One

Derrick Rose, from the Hood of Englewood

Pour l’anniversaire de Derrick Rose, TrashTalk vous propose un voyage flippant au cœur d’Englewood, son quartier d’enfance réputé pour sa violence extrême. L’occasion parfaite pour mieux comprendre la personnalité de l’icône de Chicago.

Comme de nombreux sportifs professionnels afro-américains, Derrick Rose a lui aussi grandi dans un quartier difficile, où la violence et la criminalité sont quotidiennes. Né à Chicago, le MVP 2011 a passé les premières années de sa vie à Englewood, l’un des endroits les plus dangereux de la ville, voir même des États-Unis. Pour l’anniversaire du meneur des Bulls, TrashTalk vous propose un voyage au cœur de ce ghetto, caractérisé par les coups de feu sans fin et le trafic de drogue régulier. L’occasion parfaite pour mieux comprendre la personnalité de Derrick Rose.   

Pour la plupart des fans de la balle orange, Chicago se résume le plus souvent au United Center, au taureau, à Michael Jordan ou Joakim Noah. Mais le fait est que cette ville possède depuis plusieurs décennies un véritable problème de société, dépassant largement le cadre du sport. Selon un sondage réalisé par Yougov datant du 18 septembre dernier, Chicago est considéré par les Américains comme étant la ville plus dangereuse des États-Unis. Cette réputation s’explique notamment par les chiffres affligeants qui sont publiés régulièrement par la presse US. En 2012 par exemple, la « Windy City » était la ville ayant connu le plus de meurtres sur l’année, avec pas moins de 500 homicides selon le FBI. Cela fait 81 victimes de plus qu’à New York, qui possède pourtant une population trois fois plus élevée.

Englewood, symbole de la violence à Chicago depuis de nombreuses années

C’est dans ce contexte de violence extrême qu’a grandi Derrick Rose deux décennies plus tôt. C’est précisément à Englewood, un quartier du South Side de Chicago, que l’actuel meneur des Bulls a passé sa jeunesse. Considéré comme l’un des coins les plus dangereux de la ville, Englewood est le genre d’endroit où les coups de feu sont presque devenus une normalité, et le trafic de drogue une habitude. C’est le quotidien de ce quartier, aussi difficile que cela puisse paraître.

« Ce n’est pas une question de vivre à Englewood, mais de survivre à Englewood. »  

Reggie Rose, grand frère de Derrick Rose

Difficile de mieux résumer la situation. Entre gangs et sirènes d’ambulance, Englewood est un quartier où tout peut dégénérer très vite. Le moindre regard de travers, la moindre provocation peut être fatale. On ne compte plus les adolescents qui ont perdu la vie, et les familles qui souffrent. De jour comme de nuit, la violence ne semble jamais s’arrêter. Et il n’y a pas mieux placé qu’un policier local pour témoigner de cela :

« C’est la folie dès que je travaille. Que ce soit à 4h du matin ou en journée, vous trouverez toujours autant de personnes dans les rues. Il y a des jeunes de 12-13 ans qui sont dehors en pleine nuit, et on ne sait même pas si leurs parents sont au courant. C’est un monde à part. Il y a de la prostitution, des coups de feu, des vols…Même s’il reste des secteurs de ce quartier qui sont très biens, il y en a d’autres où vous ne voulez même pas mettre les pieds. »

Sergent Sebastian, travaillant dans le secteur d’Englewood District 7

Évidemment, cette violence constante empêche toute sorte de développement. Contrairement à un quartier comme Harlem qui a su se réinventer jusqu’à devenir attractif, Englewood est enfermé dans sa misère depuis des années. Les commerces ferment les uns après et les autres, et logiquement, les investissements sont minimes. Bref, on se trouve dans un véritable cercle vicieux. Les problèmes sociaux sont tellement ancrés qu’ils sont devenus la norme. A partir de là, difficile de faire changer les choses.

Le profil sociodémographique d’Englewood, illustré par les chiffres

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Voici quelques chiffres permettant de mieux vous représenter le profil sociodémographique de ce quartier (encadré en rouge sur la carte des secteurs communautaires). Les données proviennent du Chicago Tribune (gauche) et du Chicago Reader (droite). Comme vous pouvez le constater :

– le per capita income, c’est-à-dire le revenu par tête, n’est que de 11 993 $ en moyenne sur l’année à Englewood, soit environ 2,5 fois moins que l’ensemble de la ville de Chicago (27 148 $).

– 42,2 % des ménages vivent en dessous du seuil de pauvreté (households below poverty level) à Englewood, contre 18,7 % pour l’ensemble de la ville de Chicago.

– le taux d’unemployed, autrement dit taux de chômage, est de 21,3 % à Englewood, soit 2 fois plus élevé que celui de la ville de Chicago dans son ensemble (11,1%).

– la population du quartier d’Englewood est presque intégralement afro-américaine, avec un taux compris entre 91 % et 100 % de la population totale.

Au niveau de la criminalité, la ville de Chicago a réalisée une étude toute récente, recensant l’ensemble des crimes et délits ayant eu lieu entre le 23 août 2014 et le 24 septembre 2014 à Englewood. Les résultats sont édifiants :

CHICAGO2Traduction :

– Catégorie « violents » : robbery = braquage, battery = violence physique, assault = aggression, homicide = meurtre, sexual assault = agression sexuelle

– Catégorie « relatif à la propriété » : theft = vol, burglary = cambriolage, motor vehicle theft = vol de véhicule à moteur, arson = incendie criminel

– Catégorie « relatif à la qualité de vie » : criminal damage = dégât criminel, narcotics = narcotiques / drogues, prostitution = prostitution

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Cette étude nous montre que le secteur communautaire d’Englewood est celui qui est le plus touché par les crimes et délits dits violents parmi les 77 de la ville de Chicago. Englewood se retrouve également dans le top 10 des deux autres catégories. Si ces statistiques font évidemment froid dans le dos, elles ne font que confirmer la triste réputation de ce quartier. Quand on vous dit que Derrick Rose vient de très loin, vous comprenez maintenant pourquoi. Car celui qui est aujourd’hui connu dans le monde entier aurait très bien pu être l’un de ces jeunes assassiné en pleine rue par une balle dans le corps, à l’image de ‘Benji’ Wilson en 1984.

Un environnement qui forge un caractère

derrick englewoodQuand vous grandissez dans un contexte aussi difficile que celui dans lequel Derrick Rose a grandi, cela vous forge indiscutablement un caractère. C’est inévitable. On dit souvent que l’on est le produit de son environnement, et on en a un parfait exemple ici. En 2012, Kobe Bryant avait déclaré que Derrick Rose était l’un des seuls joueurs dans la ligue à pouvoir rivaliser avec sa dureté, son esprit de compétition, et cette volonté de progresser qui le caractérise. Si le Black Mamba dit cela, c’est qu’il a vraiment été impressionné par le jeune phénomène de Chicago. Pourtant, cela ne devrait surprendre personne. En effet, sur les playgrounds du South Side, il n’y a qu’une règle qui existe : soit tu es assez fort pour encaisser les coups, soit tu dégages. Les fautes ? Elles ne sont pas sifflées, et personne ne les réclame d’ailleurs. Bref, le basket qui est pratiqué du côté de Murray Park est à l’image même du quartier d’Englewood : violent, hardcore, dur. Alors forcément, cela développe les qualités que l’on reconnait chez Derrick Rose aujourd’hui, au plus haut niveau. Le MVP 2011 est un véritable tueur, doté à la fois d’une très grande humilité et d’une confiance en soi sans faille sur les parquets. Quand on le voit défier de manière agressive les géants des raquettes, c’est Englewood tout craché qui ressort :

« Englewood est la raison pour laquelle je suis ce type de personne et de joueur. Toute ma vie, j’ai appris à jouer en essayant de marquer malgré les fautes. C’était difficile, mais c’est la raison pour laquelle je ne floppe pas quand j’attaque le panier. Flopper n’est pas mon jeu. » 

Derrick Rose

Le basket a sans aucun doute sauvé Derrick Rose. Pour lui comme pour beaucoup d’autres jeunes d’aujourd’hui, le sport est considéré comme une opportunité, une porte de sortie. La balle orange l’a aidé à éviter au maximum les ennuis et les mauvaises fréquentations. Ses trois grands frères, ainsi que sa mère, ont joué un rôle primordial pour le garder sur le droit de chemin. Reggie Rose connaissait d’ailleurs pas mal de membres de gangs locaux, ce qui lui a permis de mieux protéger son frère cadet. En effet,  à un moment où la réputation et le jeu de Derrick commençaient à se développer, Reggie avait demandé à ceux qui approchaient son frère pour de mauvaises raisons de le laisser tranquille. Conscients du potentiel et du talent de Derrick, ces derniers avaient respecté cette demande. La famille Rose, très bien considérée dans le quartier, était même parfois prévenue qu’un carnage allait arriver :

« Parfois, certains venaient me voir en disant : ‘Dis à ta mère et à tout le monde de se planquer dans la maison’. Ensuite, on entendait 25 coups de feu. »

Reggie Rose

Malgré ce danger constant et cette atmosphère de Far West, Derrick Rose a réussi à s’en sortir, pour devenir l’icône qu’il est aujourd’hui. A Englewood, il est désormais un modèle, un symbole de réussite, une source d’inspiration. Il a même réussi à remplacer Michael Jordan dans le cœur des jeunes du quartier :

« A l’époque, tout le monde voulait être comme Mike. Aujourd’hui, quand je vais au parc, ils essayent d’imiter les moves de Derrick Rose. C’est incroyable. »

Reggie Rose

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Derrick Rose, lors de l’inauguration du « nouveau » Murray Park, rénové en 2011.

Bref, il vend du rêve, il vend de l’espoir. Désormais, les gamins peuvent se dire qu’un jeune comme eux a réussi, et ça c’est très important. Avec toute cette négativité présente dans le quartier, il y a finalement quelqu’un sur qui ils peuvent se reposer, se baser pour espérer avoir une vie meilleure. Évidemment, peu d’entre eux réussiront à entrer en NBA, mais cela va tellement plus loin que ça. C’est avant tout une question d’inspiration et de prise de conscience. Grâce à Derrick Rose, ils se rendent compte désormais qu’il est possible, en travaillant dur, d’échapper au destin tragique qui leur semble réservé. Symboliquement, le meneur de Chicago apporte donc beaucoup à son quartier. Mais cela ne s’arrête pas là. En 2011 par exemple, Derrick Rose participe avec l’aide de certains de ses sponsors (Powerade, Adidas et McDonald’s) à une grosse rénovation des playgrounds de Murray Park, estimée à 20 000 $. C’est sur ces terrains là qu’il a réussi à se faire un nom, et il voulait donc continuer à donner de l’espoir et des opportunités aux jeunes d’aujourd’hui en les remettant à neuf. Autre exemple, en 2013, après le meurtre d’un bébé de six mois (si ça ce n’est pas une preuve qu’Englewood est l’enfer sur Terre…), Rose propose à la famille de la victime de financer ses obsèques, comme il l’avait d’ailleurs déjà fait pour celles du rappeur Lil’ Jo Jo, tué à Chicago pendant qu’il faisait tranquillement du vélo. Une année plus tard, le plus jeune MVP de l’histoire fait un don de 1 million de $ à After Schools Matters, une association à but non lucratif visant à aider les étudiants dans le besoin à Chicago, et qui organise notamment des activités en dehors des heures de cours. Bref vous aurez compris que Derrick n’est pas le genre de mec à négliger ses origines. En même temps, quand on vient de si loin, difficile d’oublier les cicatrices du passé. Il sait qu’il possède désormais un impact énorme et une grosse responsabilité par rapport à Englewood, et il veut en profiter au maximum pour faire évoluer cet endroit dans le bon sens.

Toujours très proche de son quartier et de sa communauté, Derrick Rose essaye tant bien que mal de faire changer les choses. Conscient de son importance et de son statut de star locale, il veut faire passer un message positif, et être le meilleur exemple possible pour les jeunes d’Englewood. Tout simplement parce qu’il sait qu’à leurs yeux, il représente tellement plus qu’un joueur de basket.

Source couverture : Hollywotion de TrashTalk

9 Commentaires

9 Comments

  1. saliou

    4 octobre 2014 à 15 h 09 min at 15 h 09 min

    Aussi caricatural qu'un 90' enquête sur la drogue a Nanterre ou l’enquête exclusive a South Chicago.
    L'article donne l'impression qu'il n'y a que le sport comme exutoire a la violence de Chi town!!
    Le caractère de Drose n'est bien évidemment pas uniquement du a l’environnement de son quartier voyons, la dureté des fautes dans les playgrounds c'est partout( même dans la nouvelle Angleterre, oulalala que des blancs sans drogues et armes!!)
    De plus les premières lignes de l'article semblent traduire une méconnaissance sur l'origine sociale de beaucoup de joueurs nba et sportifs nord américains qui viennent en grande partie de milieux(très) aisés(voir http://www.nytimes.com/2013/11/03/opinion/sunday/… )
    On adore trashtalk mais je trouve que l'article hors sujet et cliché

    • NicolasM

      5 octobre 2014 à 11 h 21 min at 11 h 21 min

      Je suis ouvert aux critiques quand elles sont constructives, ce qui ne semble pas être le cas ici :
      – "l'impression qu'il n'y a que le sport comme exutoire a la violence de Chi town!! " : je dis que le sport est un moyen de s'en sortir, comme c'était le cas avec D.Rose. Hors ce dossier parle de D.Rose, donc forcément c'est axé sur le sport
      – "Le caractère de Drose n'est bien évidemment pas uniquement du a l’environnement de son quartier" : non c'est vrai ? je dis que quand on vient d'un environnement difficile, cela développe certaines qualités, c'est tout
      – "De plus les premières lignes de l'article semblent traduire une méconnaissance sur l'origine sociale de beaucoup de joueurs nba et sportifs nord américains qui viennent en grande partie de milieux(très) aisés" : une méconnaissance ? je dis simplement que beaucoup de sports AFRO-américains (ce qui représente une part seulement des sportifs NORD-américains, tu confonds) viennent de milieux difficiles, ce qui est vrai en nombre. Je vois pas de % ici…

    • TrashTalk

      5 octobre 2014 à 11 h 26 min at 11 h 26 min

      Hello saliou !

      Merci pour ton commentaire, je comprends les propos que tu avances et en soi ils montrent une certaine pertinence, seulement je crois que le but du rédacteur n'était pas d'imposer aux lecteurs une définition du basket au sein des quartiers défavorisés, ou de faire la mappe sociale des joueurs NBA. Il était davantage question de mettre le zoom sur un joueur en particulier (puisque c'était son anniversaire) en revenant aux sources pour donner des éléments expliquant son type de jeu et son caractère. Est-ce qu'il définit tous les joueurs de NBA issus des ghettos ? Pas du tout. Mais est-ce qu'il représente un exemple auprès des plus jeunes cherchant un modèle à poursuivre ? Tout à fait.

      L'article a pu te paraitre cliché car soulevant des points très semblables à des sujets grands public, mais nous cherchons aussi à sensibiliser les lecteurs sur des sujets qui des fois vont plus loin que la simple balle orange. Cela passera par des dossiers comme celui-ci, et d'autres qui iront plus loin en faisant de la vraie analyse profonde. Cependant, je ne crois pas qu'on puisse dire "hors-sujet" : c'était justement voulu de la part de l'auteur, de vouloir marcher sur un sentier qu'on emprunte rarement.

  2. cats_power

    4 octobre 2014 à 16 h 48 min at 16 h 48 min

    Excellent article pour connaître là où Rose a grandi, mais la partie chiffre est un peu longuette au début. En tout cas beau travail de documentation!

    • NicolasM

      4 octobre 2014 à 18 h 08 min at 18 h 08 min

      merci à toi. Concernant les chiffres, je voulais illustrer au mieux car il n'y a pas plus parlant que les statistiques…je voulais faire comprendre que c'était vraiment un quarter sensible

  3. Elguaje1

    4 octobre 2014 à 17 h 27 min at 17 h 27 min

    Superbe article

    • NicolasM

      4 octobre 2014 à 18 h 08 min at 18 h 08 min

      Merci Elguaje1 😉

  4. douguy55

    4 octobre 2014 à 18 h 54 min at 18 h 54 min

    Très bon article.Je me suis rendu à Chicago fin février 2013 et suis allé voir Bulls-Nets, c'etait un moment inoubliable je vous l'assure.Et de me retrouver devant la vitrine du united center où sont exposés les 6 titres NBA gagnés par M.Jordan et ses comperes de l'époque.. je vivais un rêve éveillé.Concernant la ville,nous étions dans le quartier du loop (hypercentre) et j'avoue ne pas avoir été tenté d'aller vers les sud de la ville.

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