One-on-One

Rouge, impair, passe et gagne, le pari gagnant de Jimmy Butler

Si les Bulls pensaient pouvoir prolonger Jimmy Butler à un prix d’ami, ils doivent se mordre les doigts. Alors qu’ils n’auraient pas proposé que 40 millions de dollars sur 4 ans à leur arrière cet été (selon Joe Cowley du Chicago Sun-Times), ils risquent désormais de voir sa valeur s’envoler. « Buckets » a misé sur une grosse saison, et il a pour l’instant raison. Si les Bulls espèrent conserver Butler, il faudra mettre le prix.

Pourtant, les discussions estivales se sont déroulées dans une atmosphère cordiale, mais les 10 millions par an offerts par Chicago n’ont pas convaincu Jimmy et son agent. Un pari osé, car même si le marché est peu chargé en arrière de qualité des deux côtés du parquet et que les nouveaux droits TV vont faire exploser le salary cap, Butler sortait d’une saison très difficile d’un point de vue offensif (39% aux tirs, 28% de loin). Pas de quoi faire la malin, même si ses qualités défensives lui permettaient de finir dans la All Defensive Second Team.

J’en suis arrivé à décider que je voulais parier sur moi. C’était à moi de croire que le travail que j’ai mis en oeuvre cet été pour devenir un meilleur joueur avec l’espérance que ma progression donne aux Bulls plus de chance de gagner le titre. – Jimmy Butler.

Il y a sérieusement cru, au point de remettre à l’été prochain une éventuelle prolongation.

J’aime mes chances. Je pense que cette équipe est très forte, d’un calibre de champion. Je vais produire. Je vais juste rester moi-même. – Jimmy Butler.

Jimmy Butler

Oui j’ai une coupe ridicule, mais j’ai toujours l’air classe à côté d’Evan Fournier.
Source : https://www.tumblr.com

Cela résume bien l’état d’esprit de Butler, avec ce ton assuré. Il croit en lui et il considère que l’offre n’était pas à la hauteur de sa contribution, et il compte le prouver. Il est en mission pour cela, même s’il n’en veut pas au front office et qu’il pense toujours rester dans l’Illinois.

Aujourd’hui, l’arrière des Bulls joue le meilleur basket de sa vie, au moment où Chicago a besoin d’une star pour suppléer un Derrick Rose toujours en délicatesse avec son corps. Alors que certains auraient pu être affectés négativement par le manque de confiance du front office, lui ne se laisse pas influencer. Il est aujourd’hui le seul joueur de la ligue avec Steph Curry à tourner à plus de 20 points (21,9), 5 rebonds (5,7), 3 passes (3,1), 1,5 interception (1,5) tout en shootant à plus de 45% (49,8% dont 30,8% de loin).

Sa force ? Sa confiance qui lui permet d’attaquer le cercle et de provoquer de nombreuses fautes. Il se retrouve presque 9 fois par match (8,8) sur la ligne des lancers francs, soit le quatrième bilan de la ligue (derrière D12, Harden et Kobe). Si on savait que Jimmy Butler pouvait défendre, on ne l’imaginait pas aussi fort offensivement. En atteignant ou dépassant 11 fois les 20 points cette saison, il fait déjà mieux qu’au cours du reste de sa carrière où il n’avait touché cette marque que 9 fois. De tels progrès font de lui un candidat légitime au titre de Most Improved Player. Il est sur le chemin de la gloire, même s’il ne faut pas lui dire.

Je ne suis pas une star. Je suis un bon role player dans une très, très bonne équipe, une équipe avec beaucoup, beaucoup de profondeur. J’aime être un role player. Star n’a jamais été écrit à côté du nom de Jimmy Butler. Et ça ne le sera jamais. J’ai toujours été le mec sous le radar. – Jimmy Butler.

Jimmy Butler

Et ça, rester assis dans les airs, ça vaut bien $1 million en plus par an, non ?
Source : http://ourbklyn.com

Il est vrai que Jimmy Butler ne devait pas être en NBA. Il ne devait pas être un membre essentiel des Bulls. Il ne devait pas être au milieu d’une saison de niveau All-Star. SDF à 13 ans, il pouvait tout juste espérer trouver un taf, un toit et s’en sortir. Mais il a dépassé les préjugés et attentes pour réussir. À l’époque, les chances étaient contre lui, et il a prouvé qu’il avait eu raison de miser sur sa personne. Aujourd’hui encore, il confirme qu’il ne faut pas parier contre lui. Car peu importe le niveau qu’il peut atteindre, il aura toujours l’impression de devoir faire plus pour prouver que les gens se trompent à son sujet. C’est pour cela que lorsque les Bulls lui ont proposé moins que ce qu’il espérait avant le 31 octobre dernier, il a fait comme d’habitude. Pas de plainte, pas de rancoeur, juste des efforts et du travail. Pour essayer de progresser et montrer au monde entier qu’il vaut plus que ce que les gens pensent. Et c’est pour cela qu’aujourd’hui, il est en train de franchir un nouveau palier. Alors que Alec Burks (42 millions de dollars sur 4 ans), Kyrie Irving (90 millions sur 5 ans), Ricky Rubio (55 millions sur 4 ans), Klay Thompson (70 millions sur 4 ans) et Kemba Walker (48 millions sur 4 ans) ont tous signé avant la deadline, où situer Jimmy Butler ?

On va se répéter, mais défensivement, il est parmi les meilleurs à son poste. À Chicago, c’est lui qui se coltine les LeBron James, Carmelo Anthony ou Kevin Durant (pour en citer qu’eux). Lors du premier match face aux Cavs, son absence s’est d’ailleurs sentie. Forcément, Mike Dunleavy, Kirk Hinrich, Tony Snell ou Doug McDermott qui ont alternativement été en face de « King James » n’ont pas fait le poids. Personne dans l’effectif de Thibodeau ne peut concurrencer Butler (2m01, 100 kilos) dans le combo taille-qualité athlétique qui lui permet de lutter face aux meilleurs joueurs offensifs extérieurs adverses.

Comme maintenant il est efficace en attaque, en pouvant scorer de différentes façons, son statut change. S’il n’est peut être pas le meilleur joueur des Bulls, il est probablement devenu le plus important. Comme Luol Deng avant lui, il est devenu le ciment de cette équipe, celui qui défend sur le meilleur joueur adverse et qui apporte une aide précieuse aux rebonds et en attaque. Celui qui aujourd’hui permet à Chicago de rester au top malgré les nombreuses absences de Derrick Rose – entre autres. Celui qui est peut-être même en train de lui prendre sa place dans l’esprit des gens. Si Joakim Noah s’est mêlé à la discussion pour le titre de MVP la saison dernière malgré un bilan de seulement 48-34 pour Chi-town, qu’en sera-t-il si la franchise de l’Illinois et Jimmy Butler continuent sur le même rythme ?

Bon Derrick, tu es gentil mais tu vas me filer la gonfle, sinon je te fais un genou. Source : http://www.gettyimages.co.uk

Bon Derrick, tu es gentil mais tu vas me filer la gonfle, sinon je te fais un genou.
Source : http://www.gettyimages.co.uk

Cela ne fait qu’augmenter la valeur de Butler sur le marché, et les dirigeants des Bulls peuvent se mordre les doigts de ne pas avoir fait un petit effort avant la reprise. Maintenant, c’est un gros qu’ils doivent fournir s’ils veulent conserver leur arrière. Bien sûr, ils gardent la main puisqu’ils pourront s’aligner sur toute offre faite à Jimmy « Buckets« , mais si une franchise veut vraiment le récupérer, elle peut mener la vie dure à Chicago.

On en revient encore au nouveau deal pour les droits TV. Si l’accord ne prend effet qu’en 2016, la NBA et le syndicat des joueurs réfléchissent à une première augmentation du salary cap dès l’été prochain pour éviter une explosion totale entre 2015 et 2016. Si rien n’est sûr, une telle hausse pourrait permettre à Butler de toucher encore plus, alors que Chicago aurait pu le prolonger pour un montant certes élevé cette saison, mais qui serait vite rentré dans la norme ensuite. Lorsque les Bulls avaient fait les paris sur Noah en 2010 (60 millions de dollars sur 5 ans) ou Taj Gibson en 2012 (33 millions sur 4 ans), ils avaient eu le nez creux. Un peu moins avec Omer Asik qu’ils avaient laissé tester le marché et qu’ils n’avaient pas pu retenir. Perdre Jimmy Butler de la même façon que le Turque ferait très mal à la franchise et les fans auraient beaucoup de mal à le digérer. Parions aussi que Tom Thibodeau pourrait également péter un câble si une telle situation se produisait.

Au final, si le marché dicte la valeur max pour Butler, les Bulls peuvent s’aligner. Facile ? Pas tant que ça. Car une offre max pour leur arrière les rapprocherait dangereusement de l’Apron, une limite du salary cap qui lorsqu’elle est dépassée bloque de nombreuses exceptions salariales. Quand on sait que Chicago n’aime déjà pas forcément se trouver au niveau de la luxury tax, pas sûr que le front office soit prêt à atteindre cette limite de dépenses qui en plus pourrait bloquer leur flexibilité.

Jimmy Butler

Jimmy Butler contemple l’offre des Bulls. Trop basse pour lui.
Source : NBC Sports

Les Bulls vont-ils trouver un moyen pour conserver Jimmy Butler ? Ils en ont la possibilité en s’alignant sur toute offre qui lui sera faite, et il est trop important dans l’équipe pour qu’ils le perdent. Mais le pari de l’été dernier va leur revenir en pleine poire dans quelques mois. La cote était en leur faveur, mais leur arrière déjoue les pronostiques et cela est dangereux.

Il est aujourd’hui devenu le joueur qu’ils espéraient avoir l’an dernier alors que Derrick Rose était sur le flanc, en prenant le relai de Luol Deng. L’Anglais était aussi apprécié de Thibodeau et des fans, ce n’a pas empêché Gar Forman de l’envoyer à Cleveland contre des cacahuètes et un joueur de bowling en pré-retraite. Qu’en sera-t-il pour Butler ? Mettra-t-il le prix pour conserver celui qui aujourd’hui montre le niveau d’un All-Star et qui, comme son prédécesseur, cimente l’effectif des Bulls ? Une chose est sûre, Jimmy Butler sera bien payé l’an prochain pour jouer au basket. Et il le mérite.

Source image : AMANN pour TrashTalk

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