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Back 2 the Roots : Damian Lillard, le dernier représentant des meneurs made in Oakland

Damian Lillard

Gary Payton, Jason Kidd, et maintenant Damian Lillard. Rien à dire, Oakland envoie du lourd niveau meneurs de jeu.

Source image : Adidas

Bien avant la NBA, bien avant la draft et même l’université, les grands noms du basket ont tous une histoire, souvent méconnue du grand public qui reste habituellement limité à leurs exploits sur les différents parquets US. Du coup, TrashTalk a décidé de revenir sur les origines des stars actuelles, afin de vous faire découvrir leur parcours à un moment où leur blaze n’était encore connu de personne. Au programme aujourd’hui, le meneur et sniper des Portland Trail Blazers Damian Lillard, également appelé Dame D.O.L.L.A. lorsqu’il enchaîne les punchlines avec un micro en main durant ses heures perdues.

Si on vous dit Gary Payton et Jason Kidd, vous pensez à quoi ? Sans doute au trashtalking, à votre papa ou votre chien de garde, voire aux passes dans le dos. C’est bien, ça montre que votre culture basket est relativement au point. Mais ce n’est pas la réponse attendue ici. Non, si on met ces deux anciens meneurs NBA l’un à côté de l’autre, c’est tout simplement parce qu’ils sont issus du même coin, à savoir Oakland en Californie. Avec ses quelques 400 000 habitants, cette ville est bien loin des grandes métropoles américaines mais elle tient aujourd’hui une place importante sur la carte de la balle orange, grâce évidemment à ses Warriors mais aussi aux exploits réalisés par ses ambassadeurs. Il faut quand même savoir que Payton et Kidd combinent à eux deux 36 saisons au plus haut niveau, deux titres NBA et 19 sélections au All-Star Game. Alors, quel rapport avec Damian Lillard ? Easy, ce dernier est également un produit « d’Oaktown » depuis le 15 juillet 1990. Actuellement considéré comme l’un des meilleurs point guards au monde, Lillard a repris le flambeau laissé par « J-Kidd » il y a quatre ans, lorsque ce dernier a effectué son baroud d’honneur durant l’année rookie de « Dame » en 2012-2013. Mais pour en arriver à ce niveau-là et pouvoir représenter ses origines de la meilleure des manières, le joueur des Blazers est passé par de nombreuses galères et a connu un parcours atypique.

Damian Lillard

Source image : Yahoo Sports

Sans vouloir tomber dans le cliché bien connu et redondant du magnifique rêve américain, l’histoire de Damian Lillard est une vraie source d’inspiration, lui qui a grandi dans une ville réputée pour ses problèmes de violence, de gangs et de drogues. Si Oakland est aujourd’hui en mutation et connaît un vrai redressement économique grâce notamment à un gros boom technologique, la cité voisine de San Francisco n’était pas vraiment l’endroit idéal pour permettre à un minot comme « Dame » de se développer sereinement. Comme d’autres avant lui, Lillard choisit le basket comme échappatoire et peut compter sur une famille solide pour le garder sur le droit chemin et lui montrer quelles sont les priorités. Apprenant à shooter en tirant sur une caisse de lait vide accrochée à un poteau téléphonique, Damian était le genre de gamin à débarquer au centre récréatif du quartier bien avant son ouverture, juste pour tâter le ballon le plus longtemps possible. Cependant, il n’a pas connu une ascension fulgurante à l’image d’autres joueurs peut-être plus talentueux que lui. Au contraire, il en a bien bavé puisqu’il a joué dans trois lycées différents. Il est d’abord passé par la Arroyo High School, qu’il quitte après seulement un an suite au départ de son coach de l’époque. Ensuite, il rejoint la St. Joseph of Notre Dame High School, école privée où a notamment évolué Jason Kidd au début des années 1990, mais cela ne se déroule pas vraiment comme prévu puisque son rôle est avant tout de tourner des serviettes sur le banc plutôt que de marquer des paniers. Frustré par son manque de temps de jeu, il parvient à se faire transférer à l’âge de 16 ans du côté d’Oakland High School, où il explose enfin en réalisant deux saisons pleines (19,4 points de moyenne lors de sa saison junior et 22,4 points lors de sa saison senior) sous les ordres de l’entraîneur Orlando Watkins.

Néanmoins, ses bonnes performances n’impressionnent pas tout le monde et surtout pas une personne du nom de Raymond Young, qui recadre Damian Lillard à un moment où il commençait pourtant à se démarquer des autres. Ce Young, c’était le coach des Oakland Rebels, l’une des équipes AAU (American Athletic Union) de la ville dans laquelle évoluait « Dame » durant ses jeunes années. Adepte des entraînements à la dure, il n’était pas du genre à faire des cadeaux à ses joueurs et surtout pas à Damian, qu’il connaissait depuis que ce dernier avait 14 ans. Pour lui, Lillard était certes un bon scoreur mais également un plot en défense. De plus, il n’hésitait pas à dire à son poulain que malgré son potentiel, il était trop paresseux pour espérer devenir ne serait-ce qu’un grand joueur universitaire. Bref, il ne maniait pas la langue de bois, ce qui a eu le mérite de piquer Lillard au vif jusqu’à le rendre meilleur. Mais malgré les progrès effectués, Damian n’avait pas vraiment la cote auprès des scouts à sa sortie du lycée, eux qui voyaient en lui qu’un prospect deux étoiles sur une échelle de cinq (si l’on se base sur le site Rivals.com, considéré comme une référence dans l’évaluation des jeunes talents). Du coup, aucun poids lourd NCAA ne tenait à s’attacher ses services et le jeune meneur a finalement rejoint la petite université de Weber State dans l’Utah.

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Source image : notey.com

La suite, on la connaît. Quatre ans de NCAA, sixième choix de la draft 2012, rookie de l’année en 2013, All-Star à deux reprises (2014, 2015) et membre de la All-NBA Second Team en 2016. Pour atteindre un tel niveau de succès à seulement 27 ans, le talent ne suffit pas, il faut bien plus que ça. Si Damian Lillard en est là aujourd’hui, c’est également grâce à un mélange de confiance en soi, de fierté et de ténacité. Bref, des qualités qui correspondaient plutôt bien à des mecs comme Payton ou Kidd lorsqu’ils évoluaient encore en NBA.

Il joue comme nous avons tous joué, c’est-à-dire avec un peu de swag et de façon très calme. Il est imperturbable. Cette qualité vient d’Oakland, de ses quartiers et de l’adversité.

Gary Payton, à propos de Damian Lillard (via Sports Illustrated en 2014).

En voyant Lillard exploser les compteurs soir après soir, « Papa » et « J-Kidd » sont probablement d’accord sur le fait que le basket made in Oakland est entre de bonnes mains actuellement. Alors évidemment, au niveau du style de jeu pur, les similitudes sont assez rares. On peut même dire que les points forts et les points faibles de « Dame » sont diamétralement opposés à ceux de ses prédécesseurs. En effet, quand on pense à Gary Payton, c’est évidemment sa défense intraitable, ses alley-oops avec Shawn Kemp et sa grande gueule qui nous viennent directement à l’esprit. Quand on pense à Jason Kidd, on retient surtout sa capacité à diriger parfaitement une attaque et à noircir toutes les catégories statistiques, tout en étant un bon défenseur. Ces caractéristiques-là, on ne les retrouve pas vraiment dans la boîte à outils de Lillard, lui qui est avant tout un meneur scoreur pas vraiment réputé pour la solidité de ses cadenas. Symbole parfait de la nouvelle génération de point guards NBA où le tir extérieur, les pénétrations violentes et les cassages de chevilles sont plus que jamais à la mode, Lillard est plutôt du genre à prendre feu en plantant des gros shoots du parking, ce qui n’était pas la grande spécialité de Payton ou de Kidd. Ces derniers n’étaient pas capables non plus de postériser les intérieurs adverses à la manière du joueur des Blazers, malgré un très léger avantage de taille sur ce dernier. Autrement dit, les profils ne sont pas du tout les mêmes mais au milieu de toutes ces différences, il y a un point commun qui les rassemble dans leur approche du jeu :

Tu apprends l’histoire d’Oakland, et tu te rends compte que cette ville pèse lourd. Cela signifie que tu ne peux pas avoir peur. Tu veux faire un un-contre-un ? On peut le faire. Tu veux te battre après un match dans le parc avec tes cousins ? J’imagine qu’on peut le faire aussi.

Damian Lillard, via Sports Illustrated en 2014.

Ces paroles, elles auraient très bien pu sortir de la bouche légendaire de Gary Payton. C’est dans ce sens-là que Damian Lillard représente Oakland aujourd’hui, à travers son côté compétitif et son envie de détruire l’adversaire. Si son style de jeu est clairement le reflet du basket moderne, sa mentalité reste old school au possible. Dans une NBA où certains grands joueurs préfèrent faire copain-copain plutôt que de se rentrer dedans (hello Mr. Zone de confort), « Dame » fait partie de ceux qui se disent incapables de rejoindre une superteam afin d’augmenter drastiquement leurs chances de gagner une bagouze. Bref, le rassemblement de stars, ce n’est pas vraiment son kiff à Lillard, lui qui a toujours déclaré vouloir réaliser sa carrière dans une seule et même franchise à la manière d’un Kobe Bryant (sniff) ou d’un Tim Duncan (re-sniff). De plus, le meneur des Blazers n’est pas non plus du genre à avoir la langue dans sa poche et à se la jouer politiquement correct. Quand il est injustement laissé de côté au moment des sélections pour le All-Star Game 2015, il n’hésite pas à remercier sur son compte Instagram tous ceux qui l’ont oublié afin de se donner une source de motivation supplémentaire. Les fans y passent, les coachs aussi, et même le boss de la NBA Adam Silver a droit à sa petite mention. Lorsqu’il se sent snobé par Team USA concernant la participation à la Coupe du monde 2014, il décide tout simplement de couper les ponts avec l’équipe nationale pour exprimer sa frustration (avant de revenir sur cette décision). Tout ça, c’est Oakland tout craché.

Portant fièrement le numéro 0 chaque soir pour rendre hommage à « Oaktown », Damian Lillard est le dernier représentant de cette lignée exceptionnelle de meneurs composée de Jason Kidd, Gary Payton, et à un degré moindre Brian Shaw. Que ce soit sur les parquets avec ses cartons offensifs ou en dehors à travers ses rimes, « Dame » est devenu l’un des principaux porte-drapeaux d’une ville qui regorge d’une multitude de talents dans de nombreux domaines différents.

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