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Bulls in progress : Fred Hoiberg dessine le nouveau visage des Taureaux

Chicago Bulls

On vous rassure, c’est un peu mieux réussi que ça.

Source image : Wikipedia

Jouer vite, faire tourner la gonfle, défendre de manière agressive. Voilà les trois concepts qui régissent le début de saison des Bulls, insufflés par Fred Hoiberg et ses nouvelles recrues Rajon Rondo et Dwyane Wade, mais aussi Robin Lopez. Avec un bon début de saison d’un point de vue comptable, il y a bien évidemment des motifs de satisfactions. Et même si les doutes sur le spacing ne sont toujours pas levés, ce départ est encourageant.

Abandonner le style Thibodeau ne signifie pas oublier de défendre

Changement de style. Après les années barbelés des débuts de Tom Thibodeau sur les rives du Lac Michigan qui avaient fait des Bulls une armée redoutable, on avait un peu perdu de vue les concepts défensifs lors des deux dernières années (104,3 puis 106,5 points encaissés pour 100 possessions, contre 102,6 sur ce début d’exercice). Et cela aussi bien sous les ordres de Thibs que pour les débuts de Fred Hoiberg. Question de schémas ? De joueurs ? D’envie ? Probablement un peu des trois, mais surtout d’inadéquation entre ces différentes composantes qui rendent difficiles l’accès à un panier.  Alors qu’il avait dû composer avec l’héritage de son prédécesseur – sans grand succès – l’ancien coach d’Iowa State semble avoir trouvé une formule de meilleure qualité. Ou du moins les joueurs qui collent et acceptent de mettre en place ses idées de ce côté du parquet. On est plus dans l’agressivité pour couper les lignes de passes, autour de Robin Lopez – ou Cristiano Felicio pour la second unit. Du pain béni pour Dwyane Wade, Rajon Rondo, Jimmy Butler et même Michael Carter-Williams dont les qualités d’intercepteurs sont mises en avant, pendant que les intérieurs bouchent les trous derrière en cas de pari manqué. Alors oui, ce style de défense peut être risqué – surtout quand Nikola Mirotic doit assurer le deuxième rideau – et demande une grosse communication. Des lacunes qui existent encore, RoLo n’étant pas non plus un patron de défense du calibre de Jooks, mais les prémisses proposées laissent présager une base de construction pour cette saison.

Rebond et box out

Pour autant, on n’a pas oublié tout ce qui faisait la force des Bovins drivés par Thibodeau. Quel est le point commun à toutes les victoires des Bulls ? Une grosse présence aux rebonds (52,3 par match, contre 38,3 laissés aux adversaires). Alors que les Taureaux ont laissé filer Pau Gasol et Joakim Noah, ils ont prouvé qu’ils pouvaient toujours dominer dans ce secteur. Comment ? Par une grosse activité, là aussi liée à l’agressivité de l’équipe, mais aussi parce que le taf est fait lorsqu’il s’agit de box out. Tout joueur d’exception qu’il est, Pau n’a jamais été brillant pour bloquer son adversaire. Alors si Robin Lopez ne prend pas autant de boards que lui, il met bien mieux son corps en opposition. Tout comme Taj Gibson (parti sur les bases de sa meilleure saison en carrière avec 13 pions à 53,3% et 9,3 prises en 25,8 minutes), bien plus présent que Mirotic quand il faut mettre son boule et ses bras dans la gueule de l’adversaire. Derrière, la diminution en contribution numérique issue de la perte de Gasol et Noah est largement compensée par une base arrière qui fait les efforts pour gober les prises (14,5 pour le trio Rondo-Wade-Butler, plus 3 pour MCW).

Fred Hoiberg fait enfin courir ses gars

On le savait, Fred Hoiberg était venu pour permettre de jouer aux Bulls uptempo, tout l’inverse de Tom Thibodeau. Après avoir passé une saison à chercher un sprint de la part de ses joueurs, il est aujourd’hui servi avec des courses multiples, des ailiers aux intérieurs. Une vitesse (96,3 possessions par match contre 92,8 lors de la dernière saison de Thibs) qui trouve justement son origine sur l’agressivité défensive. En poussant l’adversaire à des pertes de balles et en étant présent au rebond, les Bulls tentent de repartir au plus vite s’en laisser le temps à l’équipe d’en face de se replacer. Tout n’est pas parfait avec seulement 14,3% des points chicagoans marqués suite à une perte de balle (22ème position), mais les Taureaux décollent de leur dernière place dans la Ligue lors de l’ultime saison de Thibodeau sur le banc. Conclusion, Rajon Rondo enchaîne les passes de quarterback à destination de Jimmy Butler et compagnie pour des paniers faciles. Et forcément, le score en faveur des Bulls gonfle avec ce type d’action, qui peuvent rapidement apporter 3 points car régulièrement accompagnées d’une faute. Pas besoin de spacing donc pour envoyer plus de 100 pions par rencontre, même si les contributions de Doug McDermott, Isaiah Canaan voire de Nikola Mirotic s’il enlève la barbe devant ses yeux seront fortement appréciées. Alors oui, tout ne sera pas toujours aussi facile et il faudra trouver des solutions longues distance, le 4/6 de D-Wade lors de l’ouverture relevant plus de l’exploit que d’une valeur sûre, mais tant que les Taureaux cavalent, l’essentiel sera-là. Pourront-ils tenir à ce rythme toute la saison ? On connait les habitudes questions infirmerie de la franchise de l’Illinois, et les genoux de « Flash » n’ont pas grand-chose à envier à ceux de Derrick Rose en termes d’arthrose et autres douleurs lancinantes. La preuve, c’est que MCW, déjà plutôt bien adapté à son rôle de doublure dans le backcourt, a fini de trouver ses marques aux Bulls en s’offrant un séjour de plusieurs semaines dans les bras de l’infirmière qui se désespérait de la perte de Jooks et Rose.

Le basket est un sport collectif

Si les gars n’ont pas peur de courir, c’est parce qu’ils savent qu’ils seront servis en cas de possibilité. L’un des gros changements sur ce début de saison, c’est l’aspect collectif. En défense, par une solidarité de retour, mais surtout en attaque où la gonfle circule bien mieux. Et donc quand il s’agit de faire des efforts, chacun met la main à la pâte, sachant qu’il sera couvert à son tour en cas de besoin, mais également fourni en ballon s’il est disponible. On a même vu Butler ne pas hésiter à faire l’extra-passe pour continuer de déstabiliser la défense. Des attitudes bien différentes de ce qu’on voyait les derniers mois à Chicago. Une dynamique insufflée par Rajon Rondo qui a quartier libre au moment de mettre en place les systèmes de Fred Hoiberg. Devant la générosité et l’altruisme du meneur – parfois un peu forcé lorsqu’il cherche l’alley-oop pour “Buckets” au lieu de calmer le jeu – c’est toute l’attaque des Bulls qui se retrouve fluidifiée. Un constat confirmé par des points marqués à 65,8% après assists (quatrièmes de la Ligue) contre 59,1% (quatorzièmes) l’an dernier.

Un état d’esprit retrouvé

Un dernier point doit être mentionné, c’est le sérieux enfin aperçu au moment d’aborder les matchs. Parce que si les saisons passées il y avait du monde pour taper les Cavs, les Raptors ou tous les autres cadors, on cherchait les mecs motivés au moment de jouer les Nets ou les Sixers, avec de nombreuses défaites face aux équipes présentant un bilan négatif mais aussi à la maison. Les premières rencontres avec deux succès validés au United Center et une branlée collée à Brooklyn sont donc des signes positifs, même si on a vu un excès de facilité lors du troisième quart au Barclays Center. Sans conséquence vu l’écart. Il faudra maintenir cet état d’esprit pour engranger les W faciles qui pèseront lourd dans la balance au moment d’aller chercher les Playoffs : du sérieux, de l’engagement et un sens du sacrifice collectif. Des valeurs connues dans les travées de la Madhouse on Madison, mais qu’on avait mis de côté ces derniers mois, pour laisser place à une guerre d’égos malsaine, où chacun cherchait plus des excuses que des réponses pour les problèmes rencontrés. Même Jimmy Butler reconnait ses torts vis à vis de Fred Hoiberg, c’est dire. Tout va donc dans le bon sens à Windy City.

On ne va pas s’enflammer non plus dans l’Illinois, tant la régularité est une notion inconnue du côté du United Center depuis deux saisons et qu’en cas de revers face aux Knicks, le bilan comptable n’aurait rien d’exceptionnel. On ne va pas non plus tirer un trait définitif sur les doutes soulevés par le recrutement après seulement une dizaine de jours de compétitions. Mais le pessimisme est revu à la baisse, car on sent une idée directrice dans ce que les Taureaux ont proposé jusqu’à présent. Et ça, c’est déjà une victoire. Qu’il faudra confirmer au cours des prochaines semaines, lorsque les défaites ou les coups durs pourront troubler l’harmonie apparente. C’est à ce moment-là qu’on sera si les choix faits ont été judicieux. Pour l’instant, un seul constat s’impose : le changement de cap est réel, et la rupture est présente. Enfin.

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