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Kevin Love s’exprime à son tour sur ses troubles : les langues de la NBA se délient sur des sujets sensibles

Kevin Love

Des blessures mentales peuvent être aussi lourdes que les heurts physiques. Kevin Love partage son expérience.

Source image : NBA League Pass

Kevin Love est actuellement dans sa dixième saison en NBA. Une belle performance, pour celui qui est actuellement blessé à la main, et qui pourrait effectuer son retour avant la fin du mois. Kéké l’Amour n’est plus un gamin, à 29 ans, c’est un homme, avec sa personnalité, ses tracas, ses faiblesses. Pendant sa période de convalescence, il a pris son courage à deux mains, et s’est confié sur les troubles auxquels il est confronté, au niveau mental.

Dans le sport professionnel, il faut toujours montrer un visage fort, imperturbable, inatteignable par quoi que ce soit. Une grande partie des matchs, championnats que les athlètes pros disputent, se jouent sur un aspect mental, moral. La « guerre » psychologique fait partie du sport, et il faut pouvoir dominer son adversaire. Ainsi, montrer un moindre signe de faiblesse, sur ou en dehors des terrains, peut desservir, pénaliser, et faire d’une star mondiale la risée du public et de certains de ses pairs. On a malheureusement vu ces dérives dans le football, avec Thiago Silva. Dans le basket, peu se confient sur leurs troubles, leurs peurs, les problèmes qu’ils rencontrent. Dans l’idée générale, les joueurs sont bien, gagnent de l’argent, font ce qu’ils aiment, et n’ont aucune raison d’être malheureux. Cependant, le mental compte pour tout le monde. Il n’y a pas besoin d’être un joueur professionnel pour être tourmenté, et pour se soucier de sa santé mentale. Tout homme, toute femme passe des moments compliqués dans sa vie. Et ce n’est pas ni l’argent, ni la célébrité qui va empêcher cela, bien au contraire. Sujet sensible s’il en est, personne dans la Ligue ne veut avouer ses problèmes au plus grand monde. Paradoxalement, personne sauf un joueur d’un naturel timide, DeMar DeRozan, qui s’est confié et dévoilé à la fin du mois de février. En parlant de ses problèmes de dépression, DMDR a brisé la glace. Il a reçu du soutien, et a aidé d’autres personnes en s’ouvrant. Tous ces retours positifs ont dû rassurer le joueur des Raptors, mais aussi les autres basketteurs de la Ligue. DeRozan a permis de libérer la parole, ce qui profite à un autre joueur discret, Kevin Love, qui prend lui aussi son courage à deux mains pour parler des soucis qui le hantent. L’intérieur des Cavaliers s’est fendu d’un long texte, publié sur The Players Tribune, pour exprimer les moments de panique, d’angoisse par lesquels il est passé, mais aussi pour faire passer des messages.

L’ancien de UCLA remercie bien DeMar DeRozan d’avoir parlé, ce qui lui a permis de se libérer :

« Une des raisons qui m’a poussé à écrire ce texte provient du fait que j’ai lu les propos de DeMar la semaine dernière à propos de la dépression. J’ai joué contre lui pendant des années, mais je n’aurais jamais pu deviner qu’il était touché par de tels problèmes. Cela fait vraiment réfléchir sur la manière dont nous nous baladons, avec nos expériences, nos problèmes, et arrivons à penser quelquefois que nous sommes seuls à traverser cela, sans rien dire. Alors que nous avons probablement beaucoup en commun avec nos amis, collègues et voisins, qui sont confrontés aux mêmes choses que nous. Juste en partageant ce qu’il ressentait, DeMar a probablement aidé des gens – peut-être plus que ce que nous pensons – à se rendre compte qu’ils ne sont pas fous, ou bizarres d’être aux prises avec la dépression. Ses commentaires ont restreint la force de la stigmatisation des troubles mentaux, et je pense qu’on peut trouver de l’espoir là-dedans. »

Le joueur des Raptors a aidé des gens à se sentir mieux, mais aussi à s’exprimer. C’est le cas pour Kevin Love, qui s’est livré à son tour, dans des mots simples, alors qu’il pensait être la dernière personne confrontée à ce type de troubles à son arrivée en NBA :

« Cela s’est passé pendant un match. Le 5 novembre, juste après la mi-temps du match contre les Hawks. J’ai eu une crise de panique. C’était deux mois et trois jours après mon 29ème anniversaire. On était à la maison contre les Hawks, lors du dixième match de la saison. Un nuage de choses allaient entrer en collision. J’étais stressé par rapport à des problèmes familiaux. Je ne dormais pas bien. Sur le terrain, je pense que les attentes pour cette saison, combinées à notre mauvais départ (4 victoires pour 5 défaites), cela pesait sur moi. »

Dans un contexte compliqué en début de saison, une crise de panique s’est emparée de l’intérieur des Cavaliers. Il décrit précisément comment il s’est senti à ce moment-là, comparant la douleur à celle d’une main cassée, ou d’une entorse à la cheville :

« J’ai su que quelque chose n’allait pas dès l’entre-deux, le coup d’envoi. J’étais essoufflé pendant les premières possessions. C’était bizarre. Mon jeu n’était pas là. J’ai joué 15 minutes en première mi-temps, et j’ai seulement mis un panier et deux lancers francs. Après la mi-temps, tout est parti en vrille. Coach Lue a demandé un temps-mort dans le troisième quart-temps. Quand je suis allé vers le banc, j’ai senti mon cœur battre plus vite que d’habitude. Puis j’ai eu du mal à reprendre ma respiration. C’est dur à décrire, mais tout tournait autour de moi, comme si mon cerveau essayait de sortir de ma tête. L’atmosphère était épaisse et lourde. Ma bouche était pâteuse. Je me rappelle que notre assistant coach criait quelque chose à propos d’un placement défensif. J’ai acquiescé, mais je n’ai pas entendu ce qu’il a dit. À ce moment-là, j’étais paniqué. En me levant pour aller au huddle, j’ai su que je ne pourrais retourner sur le terrain – littéralement, je n’en avais physiquement pas les moyens. […] Coach Lue est venu vers moi. Je pense qu’il sentait que quelque chose n’allait pas. J’ai lâché quelque chose comme ‘Je reviens tout de suite’, et j’ai couru vers le vestiaire. Je courrais de salle en salle, comme si je cherchais quelque chose que je ne pouvais pas trouver. J’espérais juste que mon cœur arrête de palpiter. C’était comme si mon corps était en train d’essayer de me dire ‘Tu es sur le point de mourir.’ J’ai terminé sur le sol de la salle d’entraînement, allongé sur le dos, essayant de trouver assez d’air pour respirer. »

Kéké l’Amour est allé passer des tests, qui n’ont rien révélé. Il est revenu sur le terrain le lendemain, a fait un bon match contre les Bucks et s’est senti soulagé. Mais ce dont il avait peur, était que cela s’ébruite. Cela n’a pas été le cas. Sa situation physique s’améliorant, un poids pesait toujours sur lui. Lui qui pensait avoir fait le plus dur en passant cette crise d’angoisse, de panique, était confronté à un défi plus dur encore, celui de cacher tout cela à tout prix. Par peur, crainte, insécurité ou quoi que ce soit, Kevin Love voulait garder ça pour lui, de peur du jugement des autres, ou de la perte de confiance de ses coéquipiers. Cela a été un déclic pour l’ancien de UCLA. Le fait qu’il n’arrive pas à parler de cela à ses proches était dérangeant, il est donc allé voir un psychiatre, à l’aide des Cavaliers. Lui qui à l’âge de 20 ou 21 ans, ne pensait jamais avoir à consulter quelqu’un pour des problèmes de santé mentale. À 29 ans, toujours sceptique, il s’y est finalement rendu. Cette expérience avec un spécialiste lui a été bénéfique, puisque cela lui a permis de partager ses troubles, même les plus intimes. Le but n’est pas ici de faire l’apologie de la thérapie mentale et médicale, mais de montrer que la démarche de Love est courageuse. Il s’est rendu compte qu’il avait besoin d’aide, et que le simple fait d’en parler, à un spécialiste ou non, peut absolument aider. L’ancien des Timberwolves a donc fait tout un travail sur lui, et l’a rendu public. Sans doute dans le but d’aider, et d’éveiller les consciences aux problèmes de santé mentale, et au besoin d’écoute, de partage :

« Je ne dis pas que tout le monde doit partager tous ses secrets les plus profonds, tout ne doit pas être public et un choix propre à chaque personne. Mais créer un meilleur environnement pour parler de santé mentale… c’est en ce sens que nous devons travailler. […] Tout le monde traverse quelque chose que les autres ne peuvent pas voir. […] La santé mentale n’est pas juste un truc d’athlètes. Ce que vous faites dans la vie ne définit pas qui vous êtes. C’est valable pour tout le monde. Peu importe notre situation, nous portons tous notre fardeau, ces choses qui blessent si on les garde enfouies à l’intérieur. Ne pas parler de nos propres vies nous empêche de vraiment nous connaître nous-mêmes, et nous prive de la chance d’atteindre les autres dans le besoin. Donc si vous lisez cela et que vous traversez un moment difficile, peu importe quelle importance ce dernier a pour vous, je veux vous rappeler que vous n’êtes pas bizarres ou différents parce que vous partagez ce que vous traversez. C’est l’inverse. Cela pourrait être la chose la plus importante à faire. C’était le cas pour moi. »

Kevin Love s’est donc confié sur ce qu’il a vécu, en tant que joueur de basket, mais surtout en tant qu’être humain. Le partage de ses troubles l’a aidé, et lui permet de se sentir un peu mieux aujourd’hui. À sa manière, il essaye maintenant d’aider ceux qui sont dans sa situation d’il y a quelques mois, et tente de déstigmatiser le fait de se livrer, de se confier sur ses problèmes. Un texte plein de confessions, dans l’intimité de Love, qui à travers les lignes qu’il a écrit, transmet tout son désir d’entraide, et tout son amour pour les gens.

Source texte : The Players Tribune

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