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Javaris Crittenton, des parquets NBA à la prison : une carrière brisée avant de décoller

Javaris Crittenton

Un destin gâché qui soufflera ses 30 bougies dans une prison en Géorgie.

Source image : Keith Allison via Flickr

Son nom sera désormais toujours associé à des histoires sordides mais avant d’être un criminel, Javaris Crittenton était surtout l’un des meilleurs espoirs d’Atlanta en NBA. À l’occasion de ses 30 ans, revenons sur l’un des destins les plus tragiques qui ait foulé les parquets de la Grande Ligue ces dernière années.

Si vous avez une vingtaine d’années au moins, son nom vous dit forcément quelque chose. Fils d’un père malade, souvent absent pour soigner un foie fatigué, Javaris est majoritairement élevé par sa très jeune mère, dans le sud-est d’Atlanta. Le quotidien n’est pas facile pour Sonya Dixon qui confie sa progéniture à Tommy Slaughter (surnommé PJ) dès ses huit ans pour intégrer son mini-camp de basket réservé aux meilleurs jeunes de la ville. Très vite, la discipline de PJ plaît à Crittenton qui développe des liens étroits avec son coach qui l’appelle régulièrement son « fils ». Le talent du jeune homme est criant et lui permet d’intégrer la fameuse équipe des Atlanta Celtics montée par Wallace Prather Jr., la personnalité la plus influente de la région dès qu’il s’agit de balle orange. Il fait alors la connaissance de Dwight Howard et Josh Smith, les deux prodiges de A-Town, avec qui il affronte les meilleurs jeunes du pays à l’instar de LeBron James qu’il arrivera à driver sous les yeux de nombreux scouts. A l’époque, tous les lycées de la ville le réclament. Mais le père de Superman parvient à le convaincre de venir à la Southwest Atlanta Christian Academy pour former un duo de stars avec Dwight. Pour leur première année de collaboration, ils remportent le titre de champion de Géorgie. Javaris doublera la mise lors de sa senior year et deviendra même McDonald’s All-American et Mr. Georgia Basketball selon The Atlanta Journal-Constitution. Tout se déroule au mieux pour ce shooting guard talentueux et extrêmement polyvalent du haut de son mètre 96. A l’école aussi, il est un excellent élève mais le chant des sirènes n’a aucune influence sur lui et il décide de rejoindre Georgia Tech pour rester auprès de ses proches le plus longtemps possible avant de rejoindre la NBA. Le jeune Javaris mène les Yellow Jackets jusqu’à la March Madness cette année-là et il engage le fils de Wallace Prather Jr. récemment décédé pour devenir son agent quelques mois avant de se présenter à la Draft. Les picks se succèdent mais le clan Crittenton s’impatiente. A deux reprises, les Hawks ont l’occasion de sélectionner l’enfant du pays mais ils préfèrent prendre Al Horford et Acie Law en troisième et onzième position et il atterri finalement chez les Lakers de Kobe Bryant avec le dix-neuvième choix. La déception laisse rapidement place à l’excitation de rejoindre l’une des franchises les plus mythiques de NBA et le Black Mamba au milieu de son prime.

Pour la première fois de sa vie, cette graine de champion quitte sa Géorgie natale pour s’installer à Hollywood. Le dépaysement est réel mais son expérience à Los Angeles ne commence pas exactement comme il s’y attendait. Alors que la saison n’a pas encore débuté, il est menacé par deux hommes armés qui s’empareront de sa chaine alors qu’il rentre de soirée. L’incident est vite oublié alors que Javaris se dédie intégralement à sa carrière professionnelle. Mais la concurrence est plus forte qu’elle ne l’était au lycée ou à la fac et il est frustré de son manque de temps de jeu derrière un Kobe Bryant qui sera élu MVP en fin de saison. Phil Jackson le considère davantage comme un pari sur le long terme mais le rookie ne perd pas espoir et réalise un match à 19 points quelques jours seulement après son vingtième anniversaire. Pourtant, les Lakers n’hésitent pas à l’inclure dans un trade pour récupérer Pau Gasol moins d’un mois plus tard et il se retrouve à Memphis avant d’avoir eu le temps de réaliser ce qu’il se passait. Au terme d’une année rookie compliquée, il retourne à Los Angeles pour s’entraîner et retrouver sa compagne. Il fait alors la rencontre de Dolla, un rappeur originaire d’Atlanta appartenant accessoirement au groupe des Mansfields, lui-même dépendant du gang influent des Crips. Les deux hommes accrochent immédiatement et il fait alors la rencontre d’Asfaw Abebe aka K-Swiss et de son meilleur ami Flaco, dealer à ses heures perdues. Puis vient l’heure de retourner en NBA, à Washington exactement où il est rapidement envoyé par les Grizzlies lors de sa saison sophomore. Les premiers mois ne sont pas plus faciles mais Crittenton parvient finalement à se faire une place dans la rotation, obtenant une vingtaine de minutes de temps de jeu en fin de saison. Sa carrière est enfin prête à décoller mais il est victime d’une rupture des ligaments de sa cheville gauche juste avant le début de sa troisième saison chez les pros. La guigne ultime et le début des véritables ennuis pour le jeune homme qui n’a pas encore 22 ans.

Il se sépare alors de son agent et de sa petite amie pour faire table rase du passé et ouvrir un nouveau chapitre de sa vie. Mais la première ligne de celui-ci ne commence pas vraiment comme prévu et Javaris Crittenton est suspendu pour le reste de la saison par la NBA suite à une embrouille avec son coéquipier Gilbert Arenas. A l’origine ? Une simple partie de carte qui dégénère entre les deux joueurs des Wizards alors qu’ils reviennent de road-trip. Le surlendemain, l’Agent Zéro a ramené trois flingues au vestiaire et demande à Javaris de choisir le sien. Manque de chance, ce dernier a aussi ramené son propre gun qu’il a acheté peu après son attaque à L.A. Il menace directement Arenas et provoque la panique générale. Même s’il ne le sait pas encore, c’est la fin de son expérience en NBA. De retour à Atlanta, il se sent jugé et décide de retourner vivre à Los Angeles où il peut profiter d’un relatif anonymat. En Californie, il retrouve K-Swiss et ses connaissances qui ne lui parlent jamais de cet incident. Javaris a trouvé de vrais amis et se fait même tatouer le logo des Crips, une main en forme de C, sur l’abdomen. L’été suivant, la LAPD l’interroge à propos d’un double homicide qui aurait été perpétré par K-Swiss et Flaco. S’il n’a rien à voir dans l’histoire, il vient d’acheter un billet simple pour Atlanta au second qui invoquait des problèmes familiaux pour justifier ce voyage en urgence. Crittenton décide alors de quitter la Cité des Anges et de se recentrer sur le basket pour rester éloigné des problèmes. Il réalise un essai chez les Bobcats sans succès et choisit alors de partir en Chine en compagnie de son cousin, Scooter. Mais après un rapide contrat à Hangzhou en CBA, il fait machine arrière et retourne chez l’Oncle Sam avec l’intention de se faire une vraie place en NBA maintenant qu’il a purgé sa suspension. Il rejoint ainsi les Dakota Wizards, l’équipe de D-League affiliée à Memphis et Washington pour ce qui semble déjà être sa dernière chance. Raté, le basket semble loin de ses préoccupations désormais et il ne sort pas du lot malgré un talent évidement supérieur à une large majorité des joueurs de la ligue de développement.

Perdu dans sa vie personnelle et professionnelle, il décide de retourner à Atlanta pour se ressourcer auprès de ses proches. Un soir, alors qu’il sort du barbier en compagnie de son cousin, ils sont menacés par deux hommes pointant un pistolet en leur direction. L’histoire se répète et JC doit cette fois-ci faire don de 55 000 dollars de bijoux à ses agresseurs. S’il ne révèlera jamais l’identité des assaillants, son entourage explique que Javaris pensait avoir affaire à Lil Tic, un jeune membre du gang des ROC âgé d’à peine 17 ans. Déjà victime d’un vol de voiture deux semaines auparavant, il explique à la police qu’il va régler ça à sa façon. Mais malgré une volonté de se réconcilier avec son père et des journées en famille où il accompagne sa mère et ses deux sœurs à l’église, l’aîné de la famille arrive à court d’argent et souhaite absolument récupérer ses bijoux. Une tentative en vain qui ne fait que le pousser au bord du précipice alors que des membres des ROC publient des photos des pierres précieuses sur les réseaux en se moquant de l’ancien joueur NBA. Au mois de juillet 2011, il est de nouveau menacé dans la rue. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Le 14 août, la police est prévenue que Javaris Crittenton a essayé de tirer sur le frère de Lil Tic au volant de sa Porsche. Mais alors qu’une enquête est en cours, l’irréparable se produit le 19 août. A bord d’un 4×4 noir, Javaris et Scooter passent devant la demeure de Julian Jones, une jeune femme de 22 ans et mère de quatre enfants, sur la route d’un tournoi auquel il doit participer le lendemain. Alors qu’elle s’assoit dehors en compagnie de Lil Tic en attendant un autre ami, le véhicule apparait en haut de la colline et quatre coups de feu détonnent. Lil Tic tombe au sol mais c’est bien Julian Jones qui décèdera de deux balles dans la cuisse et le bassin. Présent à Buckhead le lendemain matin, Javaris Crittenton permet à son équipe de se qualifier en finale du King of Hoops grâce à un jeu enfin retrouvé selon un de ses anciens coéquipiers de lycée. Mais l’ancien joueur des Lakers ne disputera jamais le dernier match du tournoi. Mis en examen, il est d’abord libéré contre une caution de 230 000 dollars moins d’un mois après son arrestation. L’enquête avance doucement et il est reconnu coupable de douze chefs d’accusation comprenant une tentative de meurtre, un meurtre et la participation à des activités criminelles de gangs le 2 avril 2013. Pour ne rien arranger, il est finalement arrêté le 10 janvier 2014 en compagnie de treize autres personnes pour la vente de plusieurs kilos de cocaïne et de cannabis. Peu avant son procès, le 29 avril 2015, il plaidera coupable pour le meurtre de Julian Jones et sera condamné à 23 ans de prison, soit encore un peu plus de 20 piges à tirer aujourd’hui.

Javaris Crittenton, c’est donc l’histoire d’un jeune joueur d’Atlanta que peu de monde voyait réussir et qui a caressé son rêve du doigt pendant quelques années avant de sombrer dans la réalité des gangs américains malgré sa position privilégiée de joueur NBA. Il ne laissera malheureusement pas une trace indélébile pour ses exploits sur les parquets mais davantage pour ses nombreuses apparitions dans la catégorie des faits divers, servant de contre-exemple à tous les jeunes rookies qui ont un jour la chance d’atteindre la Grande Ligue.

Source texte : Fox Sports

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