Old-School

Dale Ellis : l’homme qui valait 69 minutes en… un seul match

Dale Ellis

Il avait la Dale, Ellis.

Source image : Youtube

En entrant dans la saison 1989-90, Dale Ellis est au top. Il fait partie des meilleurs shooteurs et des meilleurs extérieurs du moment. Il va démarrer son quatrième exercice du côté de la Key Arena de Seattle. Gary Payton n’est pas encore là, Shawn Kemp est un rookie mais les SuperSonics nourrissent déjà quelques sérieux espoirs de gloire dans le sillage du duo constitué par le très doux Xavier McDaniel et donc l’ami Dale, qui voudrait bien poser sa marque dans les livres de l’histoire NBA…

Après trois premières saisons plutôt discrètes sur le banc des Mavs qui l’ont drafté en 1983, Dale Ellis va être échangé et va débarquer à Seattle pendant l’été 1986. A partir de là, la carrière de ce swingman très smooth, très fluide et doté d’un shoot magnifique va prendre une toute autre tournure. Il a 26 ans et Bernie Bickerstaff – le coach des Sonics à l’époque – fait tout de suite de lui un titulaire au poste 2. Il devient le meilleur scoreur de l’équipe, devant McDaniel et Tom Chambers : 24,9 points par soir à plus de 51% au tir dont 36% de loin. Il sera MIP de la saison sans contestation possible. Smooth on vous dit, et capable de tout avec son bras droit d’une précision diabolique. Pour preuve, la saison suivante – au cours de laquelle il tournera à presque 26 unités par soir (50% au tir, 41% à 3-points) – il sera le premier joueur de l’histoire à rentrer deux paniers à quatre points dans le même match. Ce fut contre les Kings, le 26 janvier 1988 et les Sonics sont repartis de Sacramento avec la victoire, portés par un Dale Ellis en feu : 42 points à 14/22 (5/6 derrière l’arc). Bouillant. Mais malgré ce genre d’exploit et des stats impressionnantes – 4,5 rebonds, 2,6 passes décisives et 1 interception viennent compléter le scoring du garçon – il n’ira encore une fois au All-Star Weekend « que » pour participer au concours de 3-points et regarder Larry Bird l’emporter pour la troisième année consécutive.

L’équipe ira en Playoffs pour se faire sortir dès le premier tour par les Nuggets. Ellis le compétiteur a mal vécu cette saison 1987-88. C’est certainement pour cela qu’il va tout casser à partir du mois de novembre suivant. Le match d’ouverture de la saison des Sonics ? A Salt Lake City, chez le Jazz de John Stockton et Karl Malone. 46 pions pour Ellis, monsieur Ellis, et la victoire pour les siens. Ce match va lancer sur des bases incroyables la saison de l’arrière de Seattle : 27,5 points par soir, 4,2 rebonds, 2 passes décisives et 1,3 interception pour assaisonner. Des stats qui, couplées au bon bilan des Sonics, vont lui permettre d’être All-Star. Enfin ! Titulaire aux côtés de John Stockton, Alex English, Karl Malone et Hakeem Olajuwon (petite équipe sympathique), Dale Ellis va planter la bagatelle de 27 points à 12/16 au tir. Un point de moins seulement que Malone (MVP) et que son adversaire direct sur soir, Michael Jordan. Précisons également que la veille, Dale a profité de son samedi soir pour remporter le concours de 3-points devant des garçons comme Craig Hodges, Reggie Miller ou Danny Ainge. Dans la foulée de ce week-end magnifiquement maîtrisé, il va être l’arme numéro 1 de Sonics qui ne passeront qu’un tour de Playoffs mais ce qui était toujours mieux que la saison précédente.

Voilà. Quand on vous dit que Dale Ellis était au top en entrant dans la saison 1989-90, ce n’est pas une image ou une expression. C’est la réalité. 29 ans, pleine force de l’âge et avec une confiance au plus haut, Ellis avait tout pour marquer l’histoire. D’ailleurs, il va le faire d’entrée, le 9 novembre 1989. Pour leur quatrième match de la saison, les Sonics sont en déplacement chez les Bucks d’Alvin Robertson, Ricky Pierce et consorts. Le match est serré. Ellis est en forme. Seattle réussit un très bon dernier quart pour revenir d’un écart de 6 points et arracher le droit de joueur une prolongation… Mais ce sont pas moins de 5 (CINQ) prolongations qu’il va falloir aux deux équipes pour se départager, d’un seul petit point au final, après 73 minutes de jeu ! Ah oui et si les Sonics ont perdu, Dale Ellis fut clairement l’homme de ce match puisqu’il a planté 53 points et est resté 69 minutes sur le parquet. C’est beaucoup, de quoi filer la nausée aux coachs d’aujourd’hui dont l’un des buts premiers est de gérer les temps de jeu de leurs meilleurs joueurs. Ce soir-là, Bickerstaff voulait gagner même si ce n’était que le match 4 d’une saison qui en comptera 82. Résultat : un record all-time qui tient toujours et qui n’est pas près d’être battu pour Dale Ellis. De quoi lancer une nouvelle saison de feu ?  Pas exactement…

Au mois de janvier suivant, tout part en vrille entre Dale Ellis et Seattle. Le 12 janvier précisément, un vendredi. La veille, Ellis a planté 29 points dans une victoire contre les Mavericks. Mais le lendemain, le joueur va se planter tout seul en voiture. Il a bu. Il est arrêté et se retrouve d’abord à l’hôpital avec deux côtes cassées et un poumon qui doit être drainé pour en sortir du sang. Chaud. D’autant plus que si les nouvelles furent vite rassurantes sur sa santé, il fut aussitôt annoncé que le joueur était suspendu pour une durée indéterminée. Déjà le temps de récupérer, puis le temps que ses dirigeants se remettent de leurs émotions. Et ce n’est pas comme si Ellis avait été condamné six mois plus tôt (en juin 1989) à payer une amende et placé en période de probation pour avoir violenté sa femme et résisté à l’arrestation… Bref, on vous passe tous les détails sordides mais disons que l’histoire d’amour entre les Sonics et Ellis vient de prendre du plomb dans l’aile. Il retrouvera les terrains en tant que Sonic à partir du mois de mars mais le cœur n’y est plus.

Il sera envoyé chez les Bucks à la trade deadline de 1991, puis chez les Spurs et les Nuggets où à 36 ans il proposera encore du scoring sérieux mais plus jamais il ne sera Dale Ellis le All-Star, cet arrière insaisissable et meurtrier dès que vous lui laissiez le moindre espace. Il reviendra quand même à Seattle à l’âge de 37 ans (de 1997 à 1999), pour boucler la boucle et, certainement pour se remémorer ces années magiques qui l’ont vu inscrire son nom dans l’histoire de la NBA. 

53 points, 69 minutes. Smooth.

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