One-on-One

LeBron James et Cleveland, une relation à jamais unique

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On pourrait en faire un film !

Source image : YouTube

Cette fois-ci, ça semble définitivement terminé. En acceptant de signer aux Los Angeles Lakers le 2 juillet dernier, LeBron James a quitté les Cavaliers pour la seconde fois de sa carrière. Si ce départ n’a évidemment rien à voir avec celui de 2010, il marque tout de même la fin d’une ère dans l’Ohio. L’occasion pour TrashTalk de revenir sur cette relation unique entre le King et Cleveland. Un conseil, sortez les mouchoirs.

Onze saisons NBA, neuf campagnes de Playoffs, cinq Finales, une bannière de champion. Si on veut comprendre l’impact de LeBron James sur les Cleveland Cavaliers, jeter un œil au palmarès de la franchise avant et après son passage est un excellent début. C’est simple, au cours des trois décennies qui ont précédé l’arrivée du King lors de la Draft 2003, les Cavs n’avaient jamais rien gagné mis à part un pauvre titre de division en 1976. Le désert en quelque sorte. Aujourd’hui, la salle des trophées est bien remplie. Mais pour vraiment saisir la relation entre LeBron et Cleveland, il faut aller plus loin que les résultats sportifs. Evidemment, ces derniers comptent énormément dans l’héritage laissé par James. C’est là-dessus qu’il est jugé en permanence. Cependant, l’impact d’un joueur dépend aussi des émotions qu’il procure au sein de son public et de ses fans. Cela est encore plus véridique lorsque le joueur en question est un enfant du pays, comme c’est le cas avec le Chosen One, originaire d’Akron. Tous les sentiments sont amplifiés, qu’ils soient positifs ou négatifs. L’histoire commune entre LeBron James et Cleveland, caractérisée par de nombreux hauts mais aussi des vrais bas, en est l’exemple absolu.

A travers le King, les témoins basés dans l’Ohio ont tout connu d’un point de vue émotionnel. Il y a d’abord eu ce mélange d’espoir et d’excitation quand il a commencé à défendre les couleurs des Cavaliers. Dès ses premières années chez les professionnels, LBJ a bousculé la ligue avec son énorme talent et des performances hors norme pour un joueur de son âge. Il a battu les records de précocité les uns après les autres tout en plaçant véritablement Cleveland sur la carte NBA. En d’autres termes, James a gravi les échelons sur le plan individuel et collectif de façon assez impressionnante. Rookie of the Year, All-Star lors de sa saison sophomore, MVP du All-Star Game puis membre de la All-NBA First Team au cours de sa troisième campagne, et surtout vainqueur de la Conférence Est avec son équipe en 2007. On se rappelle encore de cette performance de légende face aux Pistons en Playoffs, quand il a planté 48 points au Palace d’Auburn Hills pour remporter la victoire et ainsi mettre les siens sur le chemin des Finales contre San Antonio. Alors forcément, au vu des exploits du prodige, l’espoir et l’excitation ont laissé place aux attentes. C’est humain. Mais qui dit attentes dit parfois déception.

Après la défaite logique face aux Spurs, les Cavs n’ont jamais réussi à retrouver leur statut de meilleure équipe de l’Est. Pourtant, entre 2007 et 2010, LeBron et ses potes ont souvent dominé la saison régulière. La franchise de l’Ohio a notamment terminé à deux reprises en tête du classement, et le King a raflé deux titres de MVP de la ligue durant cette période. A l’époque, on pensait que l’heure du Chosen One avait sonné, en particulier à Cleveland. On pensait que le moment du couronnement était venu. Mais en Playoffs, les Cavaliers sont toujours tombés sur un os. Le Big Three de Boston, composé de Paul Pierce, Kevin Garnett et Ray Allen, et le Magic de Dwight Howard se sont mis en travers de leur route. La suite, on la connaît. Ces déceptions répétées ont provoqué le départ de James vers le soleil de la Floride, où il a rejoint les stars Dwyane Wade et Chris Bosh dans le but de remporter son premier titre NBA. C’était le 8 juillet 2010, en direct sur ESPN dans un show baptisé « The Decision ». Ce jour-là, LBJ a prononcé ces mots qui resteront à jamais gravés dans l’esprit des fans locaux : « In this fall, this is very tough, in this fall I’m going to take my talents to South Beach and join the Miami Heat. » 

En l’espace de quelques secondes, tout avait changé dans l’Ohio. Considéré comme le messie depuis son arrivée aux Cavaliers, James était immédiatement devenu l’ennemi public numéro un à Cleveland. Entre les insultes, la lettre assassine du propriétaire de la franchise Dan Gilbert, les maillots brûlés et même les menaces, la haine avait officiellement envahi la ville toute entière. Outre sa décision de partir, c’est également la manière qui a eu du mal à passer. Annoncer son départ en live et sur une antenne nationale n’était pas vraiment la meilleure chose à faire par rapport aux supporters, qui ont vécu cet épisode comme une humiliation. Cinq mois plus tard, lors de la venue du Miami Heat à la Quicken Loans Arena, LeBron a pu sentir l’immense animosité qui existait à son encontre. On commençait même à flipper pour la sécurité du King tellement l’environnement était hostile. Preuve du bordel que c’était, les Cavaliers et la NBA avaient décidé de prendre des mesures supplémentaires pour éviter toute émeute. Plus d’officiers de police, à l’intérieur comme à l’extérieur de la salle, interdiction de porter des vêtements insultant James ou sa famille…bref, vous voyez un peu le délire. Au final, il n’y a eu aucun débordement et le Chosen One est reparti avec une large victoire en poche, dans laquelle il a inscrit 38 points sans forcer devant plus de 20 000 personnes unies contre lui.

Ce sentiment de haine, il a progressivement diminué au fur et à mesure que LeBron faisait sa vie du côté de South Beach. On dit souvent que le temps est le meilleur remède contre les blessures. C’est sans doute un peu cliché, mais il y a toujours une grosse part de vérité dans les clichés. Pendant les quatre années passées par James sous les palmiers de Miami, il a mûri sur le plan basket et sur le plan humain. Il a remporté deux titres et n’a jamais fermé la porte à un retour dans l’Ohio. A Cleveland ? Les gens sont passés à autre chose, lentement mais sûrement. L’obsession négative qui existait envers le Roi avait globalement disparu pour laisser place à des émotions plus neutres, voire même positives. Et il y a une scène qui symbolise parfaitement ce changement de perception. Lors d’une rencontre de saison régulière entre le Heat et les Cavaliers en mars 2013, un jeune fan du nom de James Blair est entré sur le terrain pendant le match avec un message très clair sur son tee-shirt. « 2014 come back, we miss you. » En guise de réponse, LBJ lui a serré la main avec une petite tape derrière la tête. La sécurité est rapidement intervenue pour virer l’intrus, mais ce moment a peut-être servi de déclic dans la perspective d’un retour de LeBron à la maison.

Le 11 juillet 2014, ce retour potentiel est devenu réalité. C’est à travers une lettre publiée sur Sports Illustrated, intitulée « I’m Coming Home », que James a annoncé sa volonté de revenir chez lui pour tenir sa promesse et délivrer un titre à une ville considérée comme maudite. Après son départ controversé quatre ans auparavant, personne ne pensait qu’une telle réunion était du domaine du possible. La rupture était trop brutale, le divorce était trop hardcore, le pardon était inimaginable. Et pourtant, c’est bien ce qu’il s’est passé. Le King était revenu dans son royaume, auprès des siens. Ces derniers l’ont accueilli à bras ouverts, comme un sauveur. On avait un peu l’impression d’être de retour en 2003. Il ne faut pas oublier que pendant son absence, les Cavaliers ont enchaîné les saisons en carton. Seulement 97 victoires pour 215 défaites, et aucune participation aux Playoffs. Autrement dit, tout s’est écroulé à la seconde où il est parti. Par contre, grâce à ses mauvais résultats, la franchise a pu récupérer un magicien nommé Kyrie Irving à la Draft, ainsi qu’un joueur précieux comme Tristan Thompson. Ils ont également pu sélectionner Andrew Wiggins avec le premier choix en 2014, ce qui a permis de monter un transfert avec les Minnesota Timberwolves pour acquérir Kevin Love.

LeBron James, Kyrie Irving, Kevin Love. En quelques semaines, l’Etat de l’Ohio avait retrouvé son messie et une équipe de basket prête à lutter pour le titre. Le reste fait partie de l’histoire comme on dit aux Etats-Unis. Un an après la défaite lors des Finales NBA 2015, où le Chosen One a dû combattre les Golden State Warriors sans les deux autres membres du Big Three, la ville de Cleveland a vécu un instant magique qui restera incontestablement dans les annales. Menée 3-1 par les Dubs, auteurs d’une saison régulière record à 73 victoires, la bande à LeBron a réalisé une remontada inédite à ce stade de la compétition, pour finalement l’emporter au cours d’un Game 7 légendaire à l’Oracle Arena. Tout le monde se souvient du contre monstrueux de James sur Andre Iguodala, du game-winner de Kyrie Irving sur la tronche de Stephen Curry, des larmes du King au moment de recevoir le Larry O’Brien Trophy et celui de MVP des Finales. Ces images ont fait le tour du monde. Une franchise basée à Cleveland était enfin arrivée au sommet de son sport après plus d’un demi-siècle d’attente et de frustration. La malédiction était vaincue. LeBron James venait de rentrer dans une nouvelle dimension, celle des légendes.

En délivrant ce titre, avec la manière que l’on connaît, le gamin né à Akron a réalisé le plus grand exploit de sa carrière. Remporter deux bagouzes à Miami n’était pas facile, mais c’était attendu, surtout après le cirque de 2010 et le « Not one, not two, not three… ». Apporter une bannière de champion à la Quicken Loans Arena après tout ce qui est arrivé, ce n’est pas du tout la même histoire. C’est une histoire qui est tellement belle qu’elle semble montée de toute pièce. Personne n’aurait osé écrire un tel scénario. Trop improbable, pas assez réaliste, trop bisounours. Sauf que LeBron l’a fait, avec panache. En six ans, James est passé d’un extrême à l’autre, de la haine à l’admiration. Les deux Finales perdues en 2017 et 2018 face à la machine de guerre made in Golden State n’ont rien changé à cela. Et sa récente signature aux Los Angeles Lakers non plus. Alors oui, il y a forcément une pointe de déception à Cleveland aujourd’hui suite à ce nouveau départ de LBJ. Quand vous perdez le meilleur joueur du monde, vous êtes forcément déçus, peu importe le sport, peu importe le contexte. L’avenir des Cavaliers est flou et une période de vaches maigres s’annonce à l’horizon, comme en 2010. Mais la grande différence, c’est que le Chosen One est parti l’esprit libre, avec le sentiment du travail accompli et surtout le respect éternel de tout l’Ohio.

Espoir, excitation, attentes, déception, haine, pardon, joie, admiration, respect. LeBron James et Cleveland, c’est définitivement une relation à part, une relation qui dépasse le cadre du sport et qui montre à quel point le King est « plus qu’un athlète ». 

2 Commentaires

2 Comments

  1. mick94

    11 juillet 2018 à 17 h 25 min at 17 h 25 min

    Magnifique article! merci Trashtalk

  2. DoHEAT

    16 juillet 2018 à 18 h 40 min at 18 h 40 min

    Très bel article :)

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